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Fibre de chanvre : Virgocoop vise le million d’euros de chiffre d’affaires

Textile. La Société coopérative d’intérêt collectif lotoise Virgocoop part en guerre contre la fast fashion. En plus de développer la production de fibres textiles locales écologiques et éthiques, elle vient d’ouvrir un centre de transformation de la fibre de chanvre au Caylus, dans le Tarn-et-Garonne.

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Photo de l'inspection de la paille de chanvre
L’inspection de la paille de chanvre est une étape importante. Ici Julien Bonnet, responsable de la chanvrière (usine de traitement du chanvre), membre du conseil de gestion de la coopérative (© Benjamin Bergnes).

Les chiffres sont sans appel. Selon l’Ademe, la fast fashion produit 10 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre. L’industrie du textile arrive en troisième position des industries les plus polluantes au monde. Face à ce constat, des initiatives émergent un peu partout pour relancer des filières textiles plus responsables sur le plan environnemental.

C’est le cas en Occitanie où Johann Vacandare, cofondateur d’Enercoop, Mathieu Thiberville spécialisé dans l’habitat écologique, Mathieu Ebbesen-Goudin, président de l’atelier Tissages d’Autan et Clémence Urvoy, animatrice socio-culturelle, ont décidé d’unir leurs forces pour créer en 2018 Virgocoop. Basée dans le Lot, cette société coopérative d’intérêt collectif (Scic) s’est donnée pour ambition de « redonner du sens au secteur textile en impliquant citoyens, agriculteurs, entreprises et collectivités autour d’une même mission : développer un secteur textile écologique, éthique et source de dynamisme pour les territoires  ». Elle s’attache notamment à développer une filière chanvre en Occitanie.

L’anti fast fashion

« Aujourd’hui, Virgocoop compte 270 sociétaires, explique Johann Vacandare, le directeur général. L’Atelier Tuffery, Baserange, la marque allemande Wildling Shoes ou encore la créatrice Héloïse Levieux ont déjà rejoint le groupement. L’objectif est d’attirer 100 fois plus de coopérateurs. »

Virgocoop a raison de se montrer ambitieuse : les fondateurs ont choisi un modèle coopératif ouvert aux producteurs, transformateurs de fibres, professionnels du bâtiment, aux marques de mode et aux consommateurs qui veulent agir. « Notre modèle est issu de l’économie sociale et solidaire. Une personne égale une voix, peu importe le montant de votre apport », assure Johann Vacandare.

Valoriser un savoir-faire ancestral

La coopérative lotoise travaille sur la traçabilité des fibres de chanvre, mais aussi sur leur labellisation GOTS (Global Organic Textile Standard). Et le DG d’ajouter :

Notre logique, c’est d’accompagner les agriculteurs vers le bio. Le chanvre est une plante d’avenir. Robuste, elle résiste à la sécheresse et nécessite peu d’intrants. »

200 hectares de chanvre ont été cultivés en 2023, 1500 tonnes de paille transformées, c’est 10 % du chanvre français. Alors que la demande explose sur le textile et sur les matériaux de construction biosourcés, « la marge de progression est énorme » assure Johann Vacandare.

En 2023, Virgocoop, qui est aussi membre du collectif Recycl’Occ, a reçu de la Région un soutien de près de 75 000€ pour créer en Tarn-et-Garonne, au Caylus, une usine de défibrage de paille de chanvre. Les produits obtenus sont valorisés en fil de chanvre, destinés à des entreprises locales de tissage et de confection, tandis que les coproduits seront utilisés pour l’isolation dans la filière du bâtiment.

« Notre usine au Caylus est unique en France, elle dispose de deux lignes et permet de dimensionner les fils de chanvre pour les associer à d’autres matières telles que la laine ou le lin. On travaille en circuits courts, pas question d’envoyer nos fibres en Asie pour les tisser. »

Des tissus made in Occitanie

Photo de l'atelier Tissages d'Autan à Castres
Le chanvre est tissé à l’atelier Tissages d’Autan à Castres, dans le Tarn (© Benjamin Bergnes).

Un bel exemple de cette collaboration entre les différents acteurs locaux, c’est la fabrication d’un tissu 55 % laine et 45 % chanvre, baptisé Mesclat (« mélangé » en occitan) conçu et fabriqué en Occitanie. Le chanvre est produit dans le Lot (46), et défibré à Caylus, la laine dans les Alpes, lavée en Haute-Loire (43), le tout filé en Ariège à la filature de Dreuilhe (09). Le tissage s’effectue dans l’atelier Tissages d’Autan à Castres (81) et la teinture en pièce à Aussillon chez les Établissements Plo (81).

C’est en grande partie grâce à l’atelier Tuffery, installé à Florac en Lozère, que l’aventure Virgocoop a commencé. En 2017, le fabricant s’est lancé dans la fabrication d’un jean en chanvre. « Il a fallu qu’on trouve les artisans maîtrisant cette technique, se souvient Johann Vacandare. On a racheté l’entreprise Tissages d’Autan et préservé cinq emplois à Saint-Affrique-les-Montagnes dans le Tarn. Xavier Pistre, le tisseur est devenu un sociétaire. Il nous a transmis son savoir. »

De nouvelles ressources

Pour produire du tissu à moindre impact écologique, Virgocoop ne manque pas d’idée. Dans l’Aveyron, un agriculteur cultive l’ortie. Des essais sont en cours pour défibrer cette plante aux multiples vertus et en faire des voiles, des cordages… « On cherche aussi à développer la culture du coton dans la région, plusieurs producteurs s’y intéressent », poursuit Johann Vacandare.

L’entreprise, qui a réalisé 300 000 € de CA en 2023, compte atteindre le million d’euros cette année. Dans un monde idéal, Johann Vacandare estime qu’il faudrait quatre unités comme celle du Tarn-et-Garonne et 10 fois plus de surfaces cultivées pour être autonome sur la culture du chanvre en France. « On prend le pari que ce sera fait dans 10 ans », conclut-il.