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93e année

Catherine Guignard-Millet

Humaniste, avant tout.

Portrait - Catherine Guignard-Millet
Dans le jardin du Champ des Possibles qui invite à la méditation, Catherine Guignard-Millet a cessé de « remplir son agenda » et invite les chefs d’entreprise à prendre du recul. (Stéphane Bourdier).

Elle a atteint, selon sa formule, « l’âge de la liberté ». D’aucuns diront de la sérénité ou de la sagesse. À la croisée du Chablisien et du Tonnerrois, Catherine Guignard-Millet a trouvé son point d’équilibre, sur le promontoire où est perchée l’exploitation agricole et viticole de son mari qui domine une campagne s’étendant à perte de vue. En inaugurant, il y a un peu plus d’un an, le Champ des Possibles, celle qui accompagne les entreprises dans leur management a souhaité leur proposer, en effet, de nouvelles inspirations « en prenant du recul et de la hauteur ». Un pari réussi. C’est aussi dans ce lieu épuré et ouvert sur l’horizon qu’elle reçoit les adhérents d’Auxy’Germe Yonne - l’antenne icaunaise du réseau de progrès des managers qu’elle anime depuis sept ans. « L’idée de créer cette annexe remonte à 2016 et nous nous y sommes attelés en 2018 en faisant intervenir des entreprises à 80 % tonnerroises », précise-t-elle. « Le Champ des possibles, c’est à la fois des évènements qui invitent les dirigeants et leurs équipes à faire un pas de côté et aussi des dégustations, en lien avec le domaine. » Ainsi, les hôtes peuvent découvrir à la fois les techniques managériales innovantes et la richesse des vins - le Domaine Baudouin Millet compte 14 hectares en appellation Petit Chablis, Chablis et Chablis Premier cru et commercialise quelque 200.000 bouteilles par an.

«  Ce n’est pas parce que j’ai couru pendant 25 ans que j’étais dans le vrai.  »

Si Catherine Guignard-Millet s’épanouit aujourd’hui dans cette Bourgogne authentique, rien ne prédestinait pourtant cette Parisienne à poser ses valises dans cette région. Après un bac littéraire, l’élève studieuse découvre la sociologie à Versailles où elle y décroche une maîtrise. Son mémoire est consacré au Centre des jeunes détenus de Fleury-Mérogis. « Ce qui m’intéressait, c’était de faire tomber les idées reçues, les a priori et de franchir cette ligne physique derrière laquelle les détenus restent des humains avant tout. » Le hasard veut que le Garde des Sceaux qui lui donne l’autorisation de pénétrer l’univers carcéral s’appelle Henri Nallet, le maire historique de Tonnerre. « Comme un clin d’œil du destin ». En parallèle, la jeune femme qui enchaîne les petits boulots pour financer ses études - elle occupe notamment un poste de répétitrice en français pour les collégiens en difficulté de Guyancourt - se passionne pour le monde de l’entreprise lorsque, standardiste pour Schneider, elle est témoin « des liens interpersonnels, des alliances, des conflits et des succès d’équipe ». Elle emprunte alors la voie du management plutôt que celui de la recherche.

Une femme pressée

Son stage de DESS l’amène, par un concours de circonstances, à atterrir à Flogny-la-Chapelle où le groupe Bongrain, qui vient de faire l’acquisition de la Fromagerie Paul-Renard, lui confie la cellule de reconversion de 23 personnes. Avec énergie et enthousiasme, elle s’emploie à « utiliser toutes les ressources de la sociologie et de l’entrepreneuriat » pour pousser les portes des organismes d’accompagnement et de reclassement d’un département dont elle ignore tout. « J’ai découvert des personnes fidèles et loyales à leur entreprise avec des valeurs profondes, ainsi que des endroits magnifiques comme le canal de Bourgogne. » La mission accomplie, le groupe lui offre de nouvelles responsabilités, comme l’accompagnement des managers dans la montée en compétences de leurs équipes. Une vie de bureau trop éloignée du terrain « et de l’humain » qui ne convient pas vraiment à son tempérament.

En 1998, elle intègre le groupe Crit où elle doit prendre les fonctions de chef d’agence commerciale à Fontainebleau, mais Claude Guedj - le PDG fondateur - a d’autres desseins pour cette jeune femme dynamique : réaliser une étude de marché et ouvrir une agence à Auxerre. Pendant sept ans, elle reçoit les intérimaires, visite les entreprises, explore de nouvelles filières et se confronte à des problématiques différentes. En 2005, l’antenne auxerroise obtient la meilleure rentabilité du réseau dans la région Bourgogne-Franche-Comté. Des bons résultats qui ne passent pas inaperçus. Crit lui propose alors de chapeauter 10 agences réparties dans l’Yonne, l’Aube, la Marne et la Haute-Marne. « Je m’apprêtais à ouvrir une onzième agence à Nogent-sur-Seine, mais l’animation et la gestion d’équipe, le contact avec les clients et les candidats, tout ce qui me plaisait tant, me manquaient. »

Casser les horloges

La Maison de l’entreprise d’Auxerre vient alors la débaucher avec pour mission de transformer l’Ifag d’école privée en centre d’alternance. Organiser la rencontre entre les apprenants et les entreprises formatrices lui sied à merveille et, une fois de plus, elle s’y consacre avec passion. Mais en 2011, elle décide d’enclencher sa propre reconversion en devenant animatrice et formatrice pour l’accompagnement professionnel auprès des entreprises et surtout, de privilégier sa vie personnelle qu’elle avait reléguée au second plan pendant de nombreuses années. Catherine Guignard-Millet a, en effet, un tout autre projet à mener, « une entreprise délicate où l’émotion est au cœur », celui de l’adoption à l’international.

Ce chemin de croix l’amène tout d’abord, à Port-au-Prince en Haïti où elle se rend à trois reprises. « Cela nécessite beaucoup de lâcher prise, d’écoutes, de posture basse. » Puis, quatre ans plus tard, à Porto-Novo au Bénin. Pendant six semaines d’un « voyage initiatique », la chef d’entreprise - et maman de deux enfants - change son rapport au monde et se remet en question. « Ce n’est pas parce que j’ai couru pendant 25 ans que j’étais dans le vrai », résume-t-elle. « Les Béninois m’ont énormément apporté, sur la frugalité et l’essentialité. » Des leçons de vie que l’Icaunaise d’adoption transmet, avec humilité et simplicité, lors de ses séminaires.

Stéphane Bourdier