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92e année

Investir sur le bonheur

Jean-Paul Julia. Depuis le 1er mai, il est le nouveau directeur général de la Banque Populaire Bourgogne Franche-Comté. Ce membre du comité exécutif de la Bred depuis 2015, succède à Bruno Duchesne qui a fait valoir ses droits à la retraite après neuf ans passés à la direction de la banque mutualiste.

Jean-Paul Julia est le nouveau directeur général de la Banque Populaire Bourgogne Franche-Comté. À 49 ans, il se définit comme un homme passionné par la complexité, toujours en quête d’une meilleure compréhension de l’autre. En plus de son poste de banquier, il est ainsi impliqué au sein d’une association d’éducation : « ce qui me pousse au sein de cet engagement associatif, c’est le bonheur que je ressens à rendre, par la formation, les enfants autonomes et courageux ». JDP

L’argent fait-il le bonheur ? À l’heure où les dernières épreuves de philosophie des différentes filières du baccalauréat 2021, appartiennent déjà au passé pour un bon nombre de lycéens, cette épineuse question trouve, à l’écoute de Jean-Paul Julia, nouveau directeur général de la Banque Populaire Bourgogne Franche-Comté (BPBFC), une réponse tout en pirouette : et si c’était le bonheur qui faisait l’argent ? Derrière cette jonglerie sémantique se cache la question du bien-être au travail et de son impact avéré sur la performance des personnes et des entreprises. Ainsi, on ne compte plus les études prouvant le lien direct entre qualité de vie au travail et performance : moins de stress, moins d’absentéisme, six fois moins d’arrêts maladie, des salariés neuf fois plus loyaux, 31 % plus productifs et 55 % plus créatifs... Le bonheur, c’est rentable : Jean-Paul Julia en est convaincu, au point d’en faire à la fois l’argument final de toutes prises de décisions et le point de départ de toutes stratégies managériales. « L’avenir de notre banque régionale, je le vois axé autour de quatre piliers principaux. D’abord poursuivre avec cette culture de la conquête et de la gagne qui caractérise déjà si profondément toutes les équipes de Bourgogne Franche-Comté. Ensuite mettre les clients et le territoire en première place de toutes nos préoccupations : en faire notre nouvelle grille de lecture. Sur ce point, je pense que nous avons là une vraie zone de progression. Ensuite, vient la question de l’humain, qui se doit d’être au cœur de l’entreprise. De cela découle le dernier axe : celui de faire de la BPBFC un acteur important, utile et nécessaire à la progression de la Responsabilité sociétale des entreprises (RSE) en Bourgogne Franche-Comté », énonce Jean-Paul Julia. Et si par sa composante environnementale la RSE entend protéger la terre, son volet social aspire à respecter l’homme. « C’est assez frappant de voir à quel point, quand vous êtes alignés avec ce que vous désirez, que vous êtes en situation de bonheur au travail, tout ce qui semblait hier insoluble trouve une issue. Tout est alors plus facile, plus fluide, même les problèmes les plus difficiles. Une équipe de collaborateurs épanouis n’est ainsi pas formée uniquement d’employés satisfaits et productifs, mais d’individus qui s’investissent pour façonner l’avenir de leur entreprise et le leur. Dès lors, si l’on veut être un bon chef, on se doit de répondre à la question  : comment je fais pour rendre heureux mes collaborateurs  ? » Pour mener à bien cette quête du Graal, notre banquier n’a qu’une méthodologie, qu’il éprouve depuis de nombreuses années : chercher à comprendre l’autre. « Plus on est chef, plus on doit écouter et œuvrer à comprendre son interlocuteur, ses différences de points de vue, de réalités... Si on écoute sans préjugé, sans jugement, on avance mieux et plus vite. Avec cette approche, même les désaccords deviennent une source de richesse ».

Du conceptuel au monde réel

Approchant la cinquantaine, titulaire d’une maîtrise de droit public, diplômé de l’Institut régional d’administration (IRA) et de l’École nationale d’administration (Ena), Jean-Paul Julia a consacré la première partie de sa carrière au développement industriel au sein de la Direction régionale de l’industrie, de la recherche et de l’environnement (DRIRE) en région lyonnaise. « J’ai adoré cette période de ma vie qui m’a fait rencontrer ces entrepreneurs, hommes et femmes de fougue et de courage... J’en garde une connaissance accrue du monde de l’entreprise, autant dans ses besoins que dans ses contraintes. » S’en suivent des postes au ministère de l’Économie, à la direction du Budget, à celle du Trésor et au Comité interministériel de restructuration industriel (CIRI). En 2011, Jean-Paul Julia quitte le sol français pour un bureau à Washington au Fonds monétaire international (FMI) qu’il occupera deux ans, avant de rejoindre la Banque Mondiale pour deux autres années américaines. Quand, il revient en France, c’est pour intégrer le cabinet du ministre des Finances et des comptes publics, Michel Sapin. « De mon expérience internationale, je retiens la notion capitale de temps : quand on en dispose, on obtient tout. À Washington, j’ai eu à négocier avec des Chinois. J’ai vu tout le fossé culturel qu’il existait dans la façon de concevoir le temps entre les européens et les asiatiques. En Europe le temps long, c’est dix ans quand en Chine c’est de 50 à 100 ans... Cette capacité à se projeter sur de très longues périodes est fondamentale. Bien que de nature impatient, par mon père - qui est né en Inde dans un comptoir français - j’ai appris à raisonner sur le long terme ». Après ces années de fonctionnaire, très « conceptuelles », Jean-Paul Julia aspire à « basculer dans le monde réel ». « Je voulais travailler dans une banque. Je souhaitais que celle-ci soit en accord avec mes valeurs humanistes et donc qu’elle soit mutualiste. Tout en intégrant une forte dimension de proximité avec les entreprises. En cela la Banque Populaire cochait toutes les cases », raconte le banquier. Ses premières armes, il les fait en 2015, en intégrant le comité exécutif de la Bred, la banque coopérative de la Banque Populaire en charge des grands comptes. « De suite, je me suis senti comme un poisson dans l’eau. » Puis, vient l’annonce de Bruno Duchesne quant à sa volonté de faire valoir ses droits à la retraite. Pour Jean-Paul Julia, c’est l’opportunité de prendre la direction générale d’une banque « exceptionnelle », selon lui, au sein du groupe Banque Populaire. C’est ainsi que le 1er mai 2021, il prend officiellement ses nouvelles fonctions. « Il y a au sein des équipes de cette banque un niveau de fierté et un engagement admirable, comme je n’en ai que rarement, voire jamais, rencontrés. Cela fait maintenant trois mois que je suis arrivé et j’ai visité entre 10 et 12 % de nos agences réparties sur l’ensemble du territoire de Bourgogne Franche-Comté et à chaque rencontre ce que j’ai pu constater c’est qu’il y a dans cette banque énormément d’envie, associée à une culture de la bienveillance, une forme de générosité... Tout est réuni pour que nous devenions une banque emblématique au niveau national ».

« Le talent ne suffit pas. Il permet juste de gagner du temps. En toute chose, le travail est toujours nécessaire ».

Cet amoureux de la complexité mue par le besoin de toujours chercher à connaître l’autre, semble avoir trouvé dans ce nouveau poste une sorte de plénitude, un épanouissement de ses attentes professionnelles. « De mon passage par le monde des entreprises, j’ai souvent eu cette envie de franchir moi-même le pas en devenant entrepreneur. En prenant la direction générale de la BPBFC, je réalise en quelque sorte ce rêve. Il y a ici une complétude extraordinaire dans mes missions. Je me dois ainsi de comprendre le territoire, car le développement de la banque et intimement lié à ce dernier. Ce territoire est multiforme composé de collectivités, d’associations, d’entreprises, de particuliers qui tous, à un moment où un autre, interagissent avec la banque. Et enfin, pour faire tourner ma banque, je dois comprendre le monde... Il est rare d’avoir un métier d’une telle richesse, qui soit la synthèse de plus de 200 métiers, confie Jean-Paul Julia. Bien entendu, cela demande beaucoup de travail et d’investissement. Mais j’ai la chance d’aimer le travail. Du temps où je jouais au tennis, à un plutôt bon niveau, j’ai compris très vite que le travail était toujours nécessaire. J’ai eu un moment l’illusion que le talent pouvait suffire, avant de comprendre qu’il permettait juste de gagner un peu de temps ».

Frédéric Chevalier