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93e année

Jean-Philippe Schmitt

Défenseur engagé.

Jean-Philippe Schmitt exerce la profession d’avocat depuis 23 ans. Aujourd’hui spécialisé dans le droit du travail, il s’est très tôt engagé au sein du Conseil de l’Ordre des avocats de Dijon, par lequel il a été élu en avril dernier pour prendre la place du bâtonnier sortant dès ce 1er janvier et pour un mandat de deux ans. JDP

En cinquante ans, Jean-Philippe Schmitt n’a jamais quitté Dijon. Sinon pour aller vivre à Magny-sur-Tille avec sa compagne et ses deux filles, une commune du reste partie prenante de la métropole dijonnaise. Il est d’ailleurs de ces derniers avocats à avoir foulé les marches et usé les bancs de l’école d’avocats dijonnaise, avant qu’elle ne ferme ses portes pour rejoindre Strasbourg. « De ma première année de maternelle jusqu’à ma faculté de Droit, je n’ai jamais quitté Dijon jusqu’à enchaîner avec l’école d’avocats après l’obtention de mon DESS (ex-Master 2, Ndlr). Du coup, j’ai vraiment eu un cursus exclusivement dijonnais. Même le premier cabinet à m’avoir recruté était à Dijon », s’amuse-t-il à raconter.

Pour autant, le choix de ses études et de leurs localisations, à la sortie du lycée, n’a rien de romanesque et le jeune dijonnais qu’il était confie aujourd’hui assez aisément ne pas avoir fait partie de ces jeunes qui ont toujours rêvé devenir avocats : « J’ai des confrères qui ont depuis toujours voulu être avocats. Je reçois parfois de jeunes stagiaires qui me disent, dès le collège, vouloir être avocats plus tard. Ce n’était pas mon cas, ni mon souhait ». Issu d’une famille très modeste et totalement étrangère au monde judiciaire, élevé par sa mère célibataire avec ses trois soeurs, Jean-Philippe Schmitt n’a même à aucun moment imaginé pouvoir quitter sa ville de naissance pour faire d’autres études, lui qui devait travailler en dehors de ses heures de cours pour financer ses études.

« Je suis quelqu’un d’assez réfléchi. Je voulais faire des études. Je n’étais pas attiré par la science ni même les mathématiques et encore moins la médecine ou l’économie, donc le choix est vite fait… Nous n’avions pas les forums des métiers ni les salons étudiants. Finalement, avec trois amis, nous nous sommes dit, pourquoi pas la fac de droit ! », se souvient-il. Loin d’être calculateur, le jeune bachelier a ainsi découvert un domaine qu’il ne connaissait pas grâce à une première année « un peu difficile », reconnaît-il. « D’années en années, je me suis vraiment plus dans cette matière et me suis pris de passion pour l’analyse des textes et plus particulièrement la réflexion et la nécessité de décortiquer des dossiers, mais aussi pour la défense, le fait de porter la voix des uns et des autres. Ce sont ces deux critères, une fois réunis, qui m’ont donné envie de poursuivre dans cette voie et de passer le concours d’avocat. »

Indépendance et humanité

À tout juste 27 ans, Jean-Philippe Schmitt prête finalement serment et intègre un cabinet dijonnais dans le cadre d’une collaboration libérale avant de rapidement devenir associé. « Pour moi, la profession d’avocat et c’est d’ailleurs le fondement de notre serment, c’est de l’indépendance et de l’humanité, estime-t-il. L’indépendance, on en prend conscience que plus tard. Mais c’est certain qu’aujourd’hui, après 23 ans d’exercice en toute indépendance, il me serait difficile d’aller travailler ailleurs. En amont, on découvre très vite l’humanité, dans tout ce qu’elle signifie… l’humanité dans toutes les relations avec les gens qu’on côtoie, mais aussi l’humanité dans le sens de défendre les justiciables au mieux et de porter la voix de ceux qui ignorent tout du monde judiciaire et de la façon dont ils peuvent se défendre ».

« Le relationnel avec l’ensemble du monde judiciaire est essentiel dans notre vie professionnelle au quotidien. »

S’il est aujourd’hui à la tête de son propre cabinet d’avocats qu’il a choisi de créer en 2016 pour monter sa structure « ultra-spécialisée dans le droit social » à deux pas de la Cité judiciaire, cette matière n’a pas toujours été sa spécialité. « À l’époque, à la fac de droit, il n’y avait pas de DESS ni de maîtrise de droit du travail, se souvient-il. J’ai découvert cette matière qu’après et je me suis rapidement rendu compte que défendre le salarié correspondait à mes convictions ». Rapidement reconnu pour la qualité de son travail, Jean-Philippe Schmitt choisi rapidement de passer la spécialisation : « Quasiment dès que je l’ai pu, en fonction des textes, six ans après avoir prêté serment ». Une matière qui occupe aujourd’hui plus de 90% de son activité.

Une vie d’engagements

Cette même année, le jeune avocat décide de s’engager collectivement au sein du Conseil de l’Ordre où il assumera quatre mandats de trois ans. « Au bout de ces quatre mandats, des anciens bâtonniers et des confrères ont commencé à évoquer l’hypothèse qu’il pourrait peut-être être bien que je sois un jour bâtonnier. » S’il n’accepte pas tout de suite, c’est qu’il est en plein développement de son nouveau cabinet. Et comme si ses longues journées d’avocat couplées à celles de chef d’entreprise ne suffisaient pas, il s’est en parallèle engagé en 2008 auprès du maire de son village pour devenir son premier adjoint. Deux mandats de six ans pendant lesquels il a notamment pu défendre les intérêts de la petite commune de Magny-sur-Tille et de ses 800 âmes au sein du conseil métropolitain.

« C’était intéressant de nous distinguer comme petit village sur des débats d’agglomération. En apportant notre touche rurale à des débats compliqués. » Un héritage qu’il doit certainement de son père, lui-même engagé de son temps à la mairie de Chenôve. Finalement, lors des élections municipales de 2020, Jean-Philippe Schmitt préfère ne pas repartir pour un nouveau mandat pour se réengager au sein du Conseil de l’Ordre et devenir bâtonnier au 1er janvier dernier, après avoir été élu par ses pairs en avril 2021 : « J’ai senti que c’était le moment, j’avais des idées et envie d’en faire quelque chose ». Si cela demande beaucoup de travail, Jean-Philippe Schmitt reste aujourd’hui avocat à temps plein dans son cabinet et ce mi-temps au Conseil de l’Ordre vient en complément.

« C’est très enrichissant, ça permet aussi de voir certains aspects de notre profession autrement, avec des débats plus nationaux et des interlocuteurs qu’on ne côtoie pas nécessairement au fil de notre carrière », détaille-t-il. Un défi qu’il relève pour tenter, avec ses 18 élus représentatifs des 370 avocats du barreau de Dijon, de faire bouger les choses. « J’ai déjà demandé au maire de Dijon l’autorisation de réactiver notre journée annuelle de consultation à destination des Dijonnais. Le développement du numérique sera aussi un chantier à mener de front avec l’ensemble des professions du monde judiciaire. En interne, nous souhaitons nous moderniser et moderniser l’organisation de l’ordre en nous rendant plus accessible et plus visible, notamment par la digitalisation. Certains services en ligne permettraient aux justiciables de ne serait-ce que passer l’étape un peu difficile de rencontrer un avocat. L’objectif ? Plus d’accessibilité et de proximité », conclue-t-il.

Antonin Tabard