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93e année

Julien Behr

Médecin tout terrain.

Ce jeune docteur bisontin allie avec brio sport et médecine. JDP

C’est pour sortir la tête du guidon que Julien Behr choisit, comme palliatif à un internat de médecine quelque peu écrasant, d’enfourcher pour la première fois en 2009 un VTT. Un réflexe sportif qui doit beaucoup à sa mère championne de patinage artistique. « Le sport, je l’ai en héritage, cela fait partie de moi. Ski, escalade, tennis, chaque moment de ma vie est associé à une discipline », affirme Julien Behr. Si au départ le vélo sert de béquille à notre étudiant en médecine pour mieux gérer la pression, très vite le jeune homme se laisse griser par ses échappées en pleine nature. À partir de 2016, pour le licencié au Vélo Club d’Ornans, les entraînements se font de plus réguliers au point que blouses blanches et maillots jouent des coudes dans le tambour de la machine à laver.

Pris dans l’engrenage de la compétition, il enchaîne les marathons grandes distances (80-100 kilomètres) avec fort dénivelé, pour se confronter à lui-même. En novembre 2018, il participe à l’Azores mountain bike marathon, une manche de coupe du monde VTT, réputée pour son exotisme et ses dénivelés compris entre 800 et 900 mètres, qui se dispute sur les îles volcaniques portugaises en plein milieu de l’Atlantique. « Sur place, j’ai réalisé un assez bon résultat et c’est ainsi que je me suis fait repérer et que j’ai été choisi pour intégrer l’équipe de France aux championnats du monde de VTT qui se déroulaient en Suisse l’année suivante. Même si cette fois j’ai fini en queue de peloton, ce fut une vraie fierté de porter pour la première fois le maillot français », se souvient le sportif. Un honneur appelé à se renouveler en 2020 après une course au Chili qui le qualifie de nouveau en équipe de France pour les championnats du monde de VTT cross-country marathon à Sakarya en Turquie.

Julien Behr a intégré cette année la «  Team des Salines », nouvelle structure dynamique localisée à Salins-les-Bains dans le Jura, avec comme objectif : « la reprise des manches de marathons internationales en avril sans pression pour se tester avant des courses plus importantes en mai et juin... ». Côté médecine, Julien n’a pas remisé le stéthoscope bien au contraire : « Sport et médecine sont pour moi très complémentaires. Cela m’offre un bon équilibre. La compétition permet de me vider la tête et, en retour le quotidien à l’hôpital relativise l’importance d’une victoire ou d’une défaite. Par ailleurs, je ne travaille jamais aussi bien qu’après un entraînement  », confie celui qui donne à l’adage « le sport, c’est la santé » une tout autre dimension. « La médecine, j’y suis rentré un peu par hasard. J’aimais les sciences, à la fin du lycée, je me suis dit : “Pourquoi pas médecine ?” », avoue-t-il.

La radiologie, une révélation

Un choix judicieux, puis que dès son arrivée à la fac en 2002, il est immédiatement gagné par le virus. En 2009, vient le temps de l’internat. Il choisit d’abord l’anesthésie comme discipline, mais n’accroche pas. On lui propose alors la radiologie. Une option qui paraît d’abord dissonante à ses oreilles : « Cette branche de la médecine n’était que peu enseignée à l’époque. Nous n’avions eu en tout et pour tout que quatre heures de cours sur le sujet. Autant dire que je n’étais pas très attiré par cette voie... Toutefois, le poste se trouvait dans le tout nouvel hôpital de Vesoul (70), il y avait un côté pionnier qui me séduisait. Ce fut une révélation, un authentique déclic. La radiologie est une discipline qui mêle des connaissances en physique, et un aspect technique lié aux machines d’imagerie, à l’anatomie, une branche médicale que j’apprécie beaucoup. La radiologie se montre aussi très plurielle dans ses applications : pédiatrie, pneumologie, orthopédie... De plus, avec la montée en précision des scanners on a à notre disposition un champ des possibles stimulant dont les limites restent à définir  ».

Depuis deux ans, Julien Behr partage son temps entre l’hôpital (70 %), des cours à la faculté de médecine et à l’école de manipulateurs (DTS Imagerie médicale et radiologie) au Lycée Pergaud qui forme les futurs manipulateurs radio, ses entraînements vélo avec son coach suisse Arnaud Rapillard et des séances hebdomadaires de renforcement et de musculation au centre COPS 25. Le docteur Julien Behr fait partie de l’équipe de radiologie du Centre hospitalier régional universitaire (CHRU) de Besançon dirigée par les professeurs Sébastien Aubry et Éric Delabrousse. Une équipe qui s’est notamment illustrée pendant la crise Covid par une découverte majeure mettant en évidence un lien entre le SARS-CoV-2 et des anomalies de la coagulation avec la présence de nombreux micro-caillots sanguins, dans les poumons, mais également dans le cœur, les reins et le tube digestif...

« Je ne travaille jamais aussi bien qu’après un entraînement »

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Une avancée qui a fait l’objet d’une publication dans la revue de renommée internationale Radiology et s’est assortie d’un changement de paradigme dans la prise en charge des patients. L’équipe bisontine incitait alors le corps médical à procéder à une recherche de caillots dans les artères pulmonaires par angioscanner thoracique en présence de signes cliniques de gravité, en remplacement de l’habituel scanner thoracique qui pouvait donner une image - faussement rassurante - de poumons peu atteints. Une alternative qui peut se révéler capitale pour la survie des personnes atteintes de formes critiques de la maladie.

« En dehors de cette étude que nous avons montée en plein confinement en deux à trois mois au lieu d’un an habituellement, je travaille depuis un an et demi sur un projet innovant pour prévenir le pneumothorax lors d’une biopsie transthoracique à l’aiguille. La société irlandaise Selio Medical qui a développé le dispositif nous a demandé de le tester, de l’améliorer et de le co-développer. Seuls six centres hospitaliers en Europe participent à cette étude. Parallèlement, je m’occupe également de recherches sur l’apport de l’échographie pleuro-pulmonaire dans certaines pathologies pédiatriques... les résultats seront je l’espère très prometteurs ! », développe le docteur.

Frédéric Chevalier