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92e année

Le vin comme une évidence

Arnaud Orsel. Du Beaujolais à la Vallée du Rhône, cet amoureux de gastronomie assure aujourd’hui la promotion des Bourgogne à travers la Confrérie des Chevaliers du Tastevin qu’il dirige en qualité d’intendant général.

Après avoir grandi entre le Beaujolais et la Vallée du Rhône, c’est finalement en Bourgogne qu’Arnaud Orsel a posé bagage pour ne plus quitter ce terroir qui l’a adopté. Formé au commerce international des vins, il a fait ses armes à la Tonnellerie François Frères avant d’intégrer la prestigieuse Confrérie des Chevaliers du Tastevin. JDP

On aurait pu croire l’intendant général de la prestigieuse Confrérie des Chevaliers du Tastevin bourguignon d’origine, loin s’en faut, Arnaud Orsel a adopté la Bourgogne autant qu’elle l’a adopté, même si quelques vestiges de Bourgogne se cachent dans son arbre généalogique. Né à Rouen, dans le sillage de son père muté dans cette région, c’est entre le Beaujolais et la Vallée du Rhône, à Lyon, qu’il a grandi, au sein du berceau familiale. Mais nul besoin de remonter bien loin pour retrouver quelconque allusion à la Bourgogne. Hasard générationnel ou esquisse d’une belle histoire une génération plus tard, ses grands-parents ont baptisé sa tante Marie-Guigonne, l’occasion pour le grand-père d’ouvrir, à sa naissance, une cuvée Guigonne de Salins des Hospices de Beaune. « Dans la famille, le vin c’était surtout pour les grandes occasions, pas forcément au quotidien », confie Arnaud Orsel, même s’il reconnaît avoir découvert que tardivement que ses arrière-grands-parents avaient été propriétaires de vignes en Hermitage, dans la Vallée du Rhône... Un domaine depuis racheté par Chapoutier.
Finalement, sa première rencontre avec le vignoble de Bourgogne se fait à l’aube de ses dix-huit ans, lorsqu’il aide son frère, militaire en garnison à Besançon, à déménager. « Nous avions loué un camion pour tracer notre route en direction de l’Ouest. C’était en hiver et nous sommes passés sur la route des Grands crus. Pommard, Volnay, Auxey-Duresses... il y avait déjà quelque chose de mythique dans ces noms, mais les voir en vrai, j’ai trouvé ça magnifique  ! » Baccalauréat en poche, il s’oriente sur une licence, puis une maîtrise de gestion, à l’Institut d’administration des entreprises (IAE) de Lyon. Étudiant, il réalise ses toutes premières vendanges dans le Beaujolais, à Fleurie. « On m’a un jour fait gouter un Fleurie 1929 Château de Poncié et c’est cette bouteille qui m’a fait dire que c’était le monde du vin qui m’intéressait. Imaginer déguster l’histoire - 1929, la crise et en même temps un des plus grands millésimes - a été un véritable tournant. C’était un vin qui pinotait, à la hauteur d’un grand cru du même âge... je pense que j’ai encore en bouche l’aromatique de ce vin », révèle-t-il.

de l’art de la gastronomie

Grand amateur de cuisine et de gastronomie, celui qui était dans son enfance intendant de son camp scout, a créé à Lyon une association estudiantine, Défense des goûts du terroir, pour organiser des concours de cuisine avec un budget limité, dans les cuisines d’un cuvage dans le Beaujolais. « J’ai toujours aimé cuisiner  ! Ma première acquisition avec mon premier salaire et un crédit a été une Lacanche... Je m’en moquais d’avoir une jolie voiture, je voulais une belle cuisinière. Vingt ans plus tard, j’ai toujours ce piano gastronomique fabriqué en Côte-d’Or, il n’a pas bougé  ! » Fin connaisseur des caves particulières, il n’était pas rare que l’étudiant organise des dégustations, jusqu’à aller voir les vignerons à la fin des salons pour leur demander leurs bouteilles. « Dans le cadre de ma maîtrise, j’ai dû, avec trois amis, créer un projet d’entreprise  : J’go voyages, pour journée gastronomique et œnologique. Le but était de composer des voyages sur-mesure pour les amateurs de vin et de gastronomie, explique-t-il. Le premier exemple a été la Bourgogne et j’avais d’ailleurs mis dans la proposition une journée au Château du Clos de Vougeot ».
Maîtrise en poche et fort de ses expériences, ses stages en Écosse et en Espagne et ses voyages en Afrique et en Amérique du Sud, Arnaud Orsel finit par adopter la Bourgogne et s’y installer, à mi-chemin entre le lycée viticole de Beaune et AgroSup Dijon (alors encore Enesad Dijon), pour intégrer un master “connaissances et commerce international des vins”. « Une formation assez technique qui offrait une bonne approche du monde du vin, reconnaît-il. J’ai fait mes premières vinifications dans les Corbières où j’ai vinifié du Pinot noir dans d’énormes cuves... C’était tout à fait improbable  ! ».

Du fût au tastevin

Il réalise finalement son stage de fin d’études au sein de la Tonnellerie François Frères, entreprise qu’ils avaient visités avec leur professeur d’œnologie, vigneron à Vosne-Romanée. « J’avais trouvé ça génial comme métier... Le monde de la tonnellerie fournissant les domaines, nous étions amenés à les visiter, contrairement au monde du vin qui vous amène à visiter les cavistes ou les CHR. J’aimais bien l’idée de pouvoir parfaire ma culture viticole à travers la visite de domaines aussi bien en France qu’à l’étranger. » En charge de la Côte de Nuits, de la Vallée du Rhône et des vignobles italiens, allemands, autrichiens et suisses, ainsi que de l’Afrique du Sud, Arnaud Orsel a participé, pendant dix ans, à faire rayonner la Bourgogne et le savoir-faire des François Frères.
« Mon professeur de géographie viticole, Sylvain Pitiot, régisseur du Clos de Tart, m’a demandé à l’époque d’organiser une dégustation de 56 millésimes, se souvient-il. C’est à ce moment-là que j’ai commencé à rencontrer des Chevaliers du Tastevin. Ce sont d’ailleurs Sylvain Pitiot et Jean François qui m’ont parrainé à la Confrérie ». Cette étape marquera son intégration dans l’équipe permanente de la Confrérie à Nuits-Saint-Georges. « J’ai passé près de cinq ans à aller faire visiter toutes nos antennes et sous commanderies à travers le monde. Jusqu’à ce que je reprenne, en 2015, la gestion du quotidien de l’association. » Nommé intendant général de la Confrérie des Chevaliers du Tastevin en 2018, Arnaud Orsel réfléchit à donner une autre image, notamment au Château du Clos de Vougeot, fief de la Confrérie. L’organisation du championnat du monde de l’œuf en meurette sera sa première illustration.

« Pendant dix ans, je me suis baladé, à visiter les vignobles du monde entier... Un métier passionnant et riche en rencontres !  »

« Nous voulions conjuguer notre réseau et mettre les membres ensemble pour réfléchir à ce que le château avait d’emblématique. » Aujourd’hui père de deux enfants, Fanny et Jean, nés aux Hospices de Beaune, et fraîchement marié avec Jeanne Piffaut pour former une grande famille recomposée avec leurs quatre enfants à mi-chemin entre la Bourgogne et Paris, Arnaud Orsel souhaite ouvrir le Château du Clos de Vougeot au grand public et le faire vivre « pour que les visiteurs sachent qu’on peut y organiser des évènements, qu’on a notre propre chef et que ce n’est pas juste de vieux murs magnifiques mais qu’ils peuvent au contraire être plein de vie, à condition qu’on en franchisse les portes ». En gage de reconnaissance, ce dernier a reçu en juin le Grand prix de l’œnotourisme. Enfin, le livre Bon appétit et large soif, dernièrement paru aux éditions Glénat, vient quant à lui de recevoir le Grand prix Brillat-Savarin du livre gastronomique.

Rédaction JdP