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93e année

Lise Casoli

L’édition pour l’amour du livre.

Portrait de Lise Casoli
Avec Z’Est Éditions, Lise Casoli a choisi de vivre de sa passion. Au coeur de la Bourgogne Franche-Comté, elle s’est installée dans la commune de Bligny-sur-Ouche pour ouvrir une maison d’édition aux ambitions régionales pour éditer des auteurs de la région ou des livres traitant de près ou de loin de cette dernière (Crédit : DR)

Son histoire avec les livres commence très tôt. Lise Casoli fait partie de ces personnes qui ont grandi au milieu des piles d’ouvrages. « Mon amour pour les livres est vraiment quelque chose de familial. Nous vivions très modestement et enfants, nous n’avons pas toujours eu la télévision, mais nous avions en revanche beaucoup de livres. Il n’y a rien de plus merveilleux qu’une bibliothèque ! On ne sait pas ce qu’il y a dans les livres avant d’avoir commencé à les lire », confie-t-elle. Une passion qu’elle a toujours partagée avec sa mère. « Ma maman était une vraie passionnée, elle a toujours voulu travailler dans les livres, mais elle plutôt du côté libraire. Alors que pour ma part, j’étais aussi intéressée par tout le reste de l’objet, dont la communication. J’aime bien être dans la construction du projet du début à sa fin. »

Aujourd’hui, Lise Casoli a fait de sa passion son métier, en ouvrant sa propre maison d’édition, Z’Est Éditions, pour éditer des auteurs de la région ou des livres qui parlent de la Bourgogne Franche-Comté. « On voulait rester sur le régionalisme et l’idée, suite à la fin de l’Armançon, c’était de redonner vie aux ouvrages un peu poussiéreux et de se dire qu’il y a une dynamique et qu’on peut quand même faire de beaux ouvrages sur la région sans que ça nous paraisse vieillot. Le tout avec un zeste de folie mais aussi un peu d’humour et de fraîcheur et surtout en mettant en avant le territoire et le patrimoine, de parler de l’histoire des lieux, mais à travers des fictions. Et aussi de montrer que la Bourgogne Franche-Comté regorge d’auteurs et de dessinateurs de talent. » L’objectif à travers Z’Est Éditions ? « Mettre en avant d’autres styles d’écriture, avec un autre regard et d’autres codes... Je pense que les grandes maisons d’éditions sont encore assez fermées sur ce point. »

UN PARCOURS ORIGINAL

Rien ne la prédestinait à travailler dans les métiers du livre. « Je n’ai d’ailleurs pas fait les métiers du livre, confie-t-elle. Mon père était architecte paysagiste, et à la sortie du lycée, je me suis dans un premier temps orientée vers l’aménagement paysager. » Si les livres occupaient de l’espace à l’intérieur, « nous avons toujours été au milieu de plantes et de végétaux ». C’est finalement à l’obtention de son diplôme que Lise Casoli s’est rendu compte que l’aménagement paysager n’était pas suffisant. « Il me manquait quelque chose... C’était très technique et passionnant, mais je ne me voyais pas faire ça toute ma vie. » Quelque peu touche à tout et ressentant le besoin d’écrire, elle s’est finalement orientée vers le domaine de la communication. Licence en poche elle a alors choisi de faire une année de césure à l’étranger et s’est envolée pour le Royaume-Uni.

« J’adore l’anglais et les pays anglophones et je pense que c’est à travers les livres que j’ai découvert ces endroits qui m’ont très rapidement intéressés », observe-t-elle. Elle passera ainsi une année à donner des cours de Français en Irlande du Nord. « J’avais des élèves de la sixième à la terminale, se souvient-elle. Et comme je n’avais pas beaucoup d’élèves en terminale, pour leur examen, je leur avais édité un livre avec tout le contenu du cours. Une initiative tellement appréciée qu’on m’a ensuite proposé de refaire une année, mais j’ai préféré rentrer en France terminer mes études. » De retour en France, direction Dijon pour une première année de master en management des activités touristiques et culturelles et une seconde première année en administration des entreprises qui lui a permis de partir un semestre en Norvège, avant de faire sa deuxième année de master en management des activités touristiques et culturelles en alternance chez Wine & Tours à Beaune.

« J’ai toujours trouvé fascinant de pouvoir voyager à travers un livre et finalement peut-être mieux que dans la réalité. »

« À la toute fin de mes études, je me suis fait démarcher par l’Escargot Savant qui est une petite maison d’édition régionale à Beaune et pour laquelle j’ai travaillé deux ans », explique Lise Casoli. Une opportunité au-delà de ses espérances et qu’elle a su saisir. « Après deux ans, j’ai senti le besoin de quitter l’Escargot Savant. J’avais peur que ça s’essouffle. On ne sortait plus que deux livres par an, c’était moins entraînant. Il y avait suffisamment de travail mais il y avait moins de challenge », se souvient-elle. Sur le départ, certains auteurs et distributeurs l’ont interrogée pour savoir où elle allait travailler dans l’espoir de la suivre.

« Et en discutant avec un ancien collègue graphiste [Richard Siblas, Ndlr], je me suis rendu compte qu’il avait ce projet de création de maison d’édition. Dans le même temps les éditions de l’Armançon avaient cessé. Donc, à ce moment-là, on s’est dit “pourquoi pas se lancer, construire le projet et voir si ça pourrait aboutir à quelque chose”. » Après neuf mois de maturation, ils ont ainsi pu commencer à travailler avec des auteurs pour créer Z’Est Éditions. « Je recherchais un moyen de travailler directement avec les auteurs », confie-t-elle. Aujourd’hui, Lise Casoli travaille à temps plein avec Richard Siblas et s’est associée avec une troisième personne, pour pouvoir sortir en moyenne trois à quatre tous les deux ou trois mois. Deux livres et une bande dessinée sont déjà à découvrir dans leur réseau de distribution s’étalant sur l’ensemble de la Bourgogne-Franche-Comté et dans les régions frontalières.

LA LITTÉRATURE COMME MOYEN DE S’ÉCHAPPER

Si aujourd’hui, l’éditrice se souvient encore du premier livre qu’elle a réussi à lire en entier - « C’était Tistou les pouces verts, de Maurice Druon, j’étais en CE1 et j’étais tellement fière de le terminer et en même temps tellement pressée d’en commencer un nouveau » -, elle note particulièrement les émotions que peut procurer la lecture d’un livre. « Étudiante j’ai beaucoup voyagé et ce qui me fascinait c’est que ma maman était capable de savoir des choses qu’elle n’avait jamais vues mais parce qu’elle les avait lues. Et je me demandais comment on pouvait être capable d’imaginer des choses qui peuvent être réelles sans les avoir jamais vues ni y être allé, le tout, simplement grâce à la lecture. »

Antonin Tabard