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92e année

Olivier Caracotch

La passion de la magistrature.

Installé à la Cité judiciaire de Dijon, Olivier Caracotch a pris ses fonctions de procureur de la République le 1er septembre. Il s’attache, depuis, à rencontrer l’ensemble des collaborateurs et à observer le Parquet qu’il dirige, pour identifier les actions à mener dans les prochains mois et les prochaines années. JDP

Depuis le 1er septembre, Olivier Caracotch est le nouveau procureur de la République de Dijon, suite au départ de son prédécesseur Éric Mathais pour le parquet de Bobigny. Un retour aux sources pour le Bisontin que rien ne prédestinait à travailler dans la magistrature. En effet après avoir fait sa scolarité et obtenu son baccalauréat à Besançon, le jeune bachelier est parti à Paris faire des études de politiques.

« J’ai finalement découvert à Sciences Po que ce qui m’intéressait était plutôt le service public et la défense de l’intérêt général », explique-t-il en confiant tout de même avoir ressenti une certaine déception alors que François Mitterrand allait céder sa place à Jacques Chirac, à la tête de l’État : « Lorsque j’étais à Sciences Po, sans vouloir généraliser comme je ne veux surtout pas généraliser sur le politique en général d’ailleurs, j’y ai vu des gens dévorés d’ambitions alors qu’ils avaient comme moi 20 ans. Ce qui n’est pas forcément un défaut d’être ambitieux au contraire, mais cela leur faisait perdre parfois le sens de leurs convictions. Cette ambiance où on s’autodécrit comme l’élite de la nation ne correspondait pas véritablement à ma personnalité. Et surtout, j’y étais en 1995, au moment des élections présidentielles... Ce sont toujours des moments assez paroxystiques dans l’affrontement politique, et j’ai pu notamment voir des gens passer de Chirac à Balladur puis de Balladur à Chirac très allègrement. Et honnêtement, quelles que soient mes convictions, je ne voulais pas leur ressembler. »

Un parcours ponctué de rencontres

Une chose est néanmoins certaine, son parcours est parsemé de rencontres qui l’ont toutes conforté dans ses idées : « À Sciences Po, j’ai rencontré de grands serviteurs de l’État, notamment les enseignants. J’ai davantage été séduit par ces grands serviteurs de l’État qui dispensaient leurs cours que par un certain nombre de politiques qui ont pu intervenir. »

« J’ai fréquenté et côtoyé la politique de près lorsque j’étais dans l’administration centrale et ça n’a pas ressuscité ce que je croyais être une vocation. »

L’idée elle-même de se réorienter vers la magistrature est le fruit d’une rencontre : « j’ai trouvé, à l’occasion notamment d’échanges avec une camarade étudiante, que la magistrature pourrait correspondre à mes aspirations. Je ne connaissais pas du tout ce milieu et n’avais jamais mis les pieds dans un tribunal, ni comme prévenu ni par curiosité. Après cette conversation, j’ai un peu creusé le sujet, j’ai regardé ce que je pourrais faire en étant magistrat et je me suis dit que ça pourrait finalement être la voie répondant à la fois à ma volonté de service public, mais aussi et quand même, de servir dans une des prérogatives régaliennes de l’État… »

Après avoir passé le concours de la magistrature, c’est finalement à l’École nationale de la magistrature (ENM) qu’il découvre pour la première fois l’institution judiciaire et conforte son choix. « Évidemment quand on passe le concours, on ne se dit pas, qu’à 25 ans, on va juger son prochain, demander le placement de ses enfants, demander son placement en détention provisoire ou sa condamnation à une peine de réclusion criminelle… Mais finalement, ce qu’on considérait comme écrasant et inimaginable en entrant à l’ENM reste écrasant mais nous en sortons prêts à l’assumer et ce, toujours avec beaucoup d’humilité », ajoute Olivier Caracotch.

Une carrière très orientée vers le ministère public

« Je n’ai finalement exercé que des postes de magistrat du parquet, du moins jamais de fonctions de juge du siège... Pas tant par choix d’ailleurs parce que j’ai parfois postulé sur des postes de juges notamment en début de carrière, mais la sociologie du corps des magistrats fait que lorsqu’on demande des postes de parquet souvent moins bien pourvus, même si on demande en même temps des postes de juges, on est régulièrement affecté sur les postes de parquet », confie Olivier Caracotch.

À la sortie de l’École nationale de la magistrature, c’est sa Franche-Comté natale qu’il rejoint, d’abord dans le Jura puis à Besançon en tant que magistrat placé à la Cour d’appel : « Le magistrat placé dépend du procureur général et il est délégué pour des périodes allant d’une journée à plusieurs mois dans des parquets qui en ont besoin parce qu’il y a une vacance de poste, un congé maternité, maladie, un surcroît d’activité… Ça permet de voir plusieurs modes de fonctionnement, plusieurs procureurs et je trouve ça très formateur en début de carrière. » À l’issue de cette première expérience, Olivier Caracotch a été nommé à Nice, « huit ans sous l’autorité d’un seul et même procureur, Éric de Montgolfier, dont quatre comme substitut puis les quatre autres comme vice-procureur où j’ai fait essentiellement de la permanence et où j’ai, un temps, dirigé la section économique et financière ».

« J’ai une appétence particulière pour le droit pénal de l’environnement. Je pense d’ailleurs que l’activité judiciaire sur ce sujet doit être, là encore, plus proactive et plus visible »

Son premier poste de procureur de la République, notre magistrat le décroche à Foix (Ariège) - « un parquet à trois magistrats où j’ai passé un peu moins de quatre ans » -, avant d’être nommé à Troyes, « un parquet à sept magistrats, toujours à compétence départementale ». Fin 2019, il rejoint finalement la direction des affaires criminelles et des grâces, qui n’est autre que la direction pénale du ministère de la Justice.

À la tête du parquet de Dijon

« C’est elle qui suit l’activité pénale des juridictions, décline la politique pénale du Garde des Sceaux, négocie à l’international les instruments d’entraide pénale et c’est une direction législative par laquelle passent tous les textes qui ont une connotation pénale, que ce soit les textes du ministère de la Justice ou d’autres ministères, explique Olivier Caracotch. J’y ai été adjoint au directeur pendant un peu moins de deux ans, une expérience très formatrice. J’ai connu deux ministres, je suis arrivé sous Nicole Belloubet et je suis reparti sous Éric Dupont-Moretti, j’ai connu deux directeurs et j’ai pu découvrir, ce qui était très intéressant, le fonctionnement de l’État de l’intérieur en période de crise et la manière dont il a fallu dans l’urgence adapter les textes du code de procédure pénale à la situation nouvelle et apporter le plus de soutien possible à l’activité des juridictions qui étaient évidemment très fortement impactées par la crise sanitaire ».

Une expérience très éprouvante mais tout aussi formatrice qui lui a permis d’acquérir un certain nombre de méthodes de travail, de clés de compréhension, de compétences et de relations pour retrouver ce qui est, selon lui, « le plus beau métier de la magistrature, pour ne pas dire le plus beau métier du monde ». À la tête du parquet de Dijon depuis le 1er septembre, Olivier Caracotch entend notamment poursuivre la politique partenariale instaurée par Éric Mathais : « Il a mis en place beaucoup de choses, notamment en matière de justice de proximité qui est une vraie politique publique portée par le Premier ministre et le Garde des Sceaux mais aussi pour moi une conviction profonde. »

S’il se laisse le temps de l’observation et de l’imprégnation, il ne cache pas avoir un certain nombre de priorités, comme la lutte contre les violences au sein du couple et la lutte contre les stupéfiants. « J’ai une appétence particulière pour le droit pénal de l’environnement. Je pense d’ailleurs que l’activité judiciaire sur ce sujet doit être, là encore, plus proactive et plus visible », complète le nouveau procureur de la République de Dijon.

Antonin Tabard