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93e année

Pascal Gautheron

Enfant de la fusion

À l’origine de Fimadev, groupe spécialisé dans le conseil et les services aux entreprises, Pascal Gautheron vient de prendre la présidence de la nouvelle CCI métropole de Bourgogne, naît de la fusion des CCI de Côte-d’Or et de Saône et-Loire. JDP

Fraichement élu à la présidence de la toute nouvelle CCI métropole de Bourgogne, née de la fusion des CCI de Côte-d’Or et de Saône-et-Loire, Pascal Gautheron entame ce qui pourrait s’apparenter comme le dernier chapitre de sa longue et riche carrière professionnelle partagée justement entre la Saône-et-Loire, son territoire d’origine, et la Côte-d’Or, son territoire d’adoption. « Je suis né à Louhans et je réside à Dijon... je suis en quelque sorte une bonne synthèse des deux territoires que couvre aujourd’hui la CCI métropole de Bourgogne », s’amuse-t-il à penser. Issu d’une famille modeste, Pascal Gautheron partagera un temps sa vie entre une carrière professionnelle et une carrière sportive : « J’ai joué longtemps au rugby, que ce soit à Chalon-sur-Saône puis à Mâcon, avant de finir ma carrière à Beaune ».

Une passion qui le mènera même à prendre les rênes du Stade dijonnais, au décès de son président en 2005 et pour une durée de 12 ans. « C’était une façon de rendre ce que j’avais reçu... le rugby avait été pour moi un élément essentiel dans ma vie de construction d’homme, confie-t-il. Quand on a joué au rugby, on est en quelque sorte redevable... C’est une religion pour moi ! ». Après des études techniques en construction mécanique - « je n’étais pas du tout adapté pour ça ! », glisse-t-il - et à la sortie de son service militaire au lycée militaire d’Autun, le jeune Pascal Gautheron décide finalement de s’engager à nouveau dans des études. Son BTS technico-commercial obtenu à la Chambre régionale de commerce et d’industrie (CRCI), il enchaîne sur une licence de gestion, puis deux diplômes d’études supérieures spécialisées (DESS) en marketing et en gestion. « Au fond, je me suis appliqué cette règle de me former tout au long de ma vie. »

Indépendance et autonomie

« Mon père était artisan boulanger en zone rurale, mais je ne pense pas que ça m’ait davantage donné envie d’entreprendre que ça », se souvient- il. Pascal Gautheron préfère en effet s’imaginer indépendant. « Je me souviens d’un panneau en Belgique qui disait : “Ardennes belges, forcer son destin”... Forcer mon destin, c’est ce que j’ai toujours voulu faire. Être indépendant, autonome et acteur de ma vie. Tout petit, je voulais déjà être indépendant. Sans doute parce que je voyais mes parents ballotés... ça a été spontané chez moi. » Tellement spontané que sa première expérience de l’entrepreneuriat, le Louhannais la vit au sortir du lycée.

À tout juste 18 ans, en attendant son intégration au service militaire, le jeune homme a créé son premier fast-food, le King merguez, à Chalon-sur-Saône. « Je travaillais la semaine comme magasinier chez Monsieur Brailly, le président du rugby, et le soir j’avais déjà eu cette envie de créer... » C’est lors de son service militaire qu’il s’est finalement rendu compte qu’il lui fallait trouver sa voie : « À force de discussions et de rencontres, je me suis dit, au fond, vouloir ressembler à mon oncle Michel Gautheron qui était chef des ventes chez Renault. Mon but était de devenir directeur commercial ».

Du centre d’appel au grand groupe

Arrivé à Dijon en 1985 après une promotion au sein de l’agence d’intérim Manpower de Chalon-sur-Saône, Pascal Gautheron se lancera trois ans plus tard dans l’aventure entrepreneuriale. « Mon ambition première était de créer une entreprise de taille intermédiaire, explique-t-il. Dès la création de mon activité, j’avais un schéma bien précis avec une holding et je créais des sociétés qui n’avaient pas de corps, dans une logique paysanne de ne pas mettre tous mes oeufs dans le même panier ». En effet, à l’origine, Pascal Gautheron a créé un centre d’affaires à Dijon, qu’il a ensuite muté en centre d’appel - il en a aujourd’hui trois, à Dijon, Lyon et Autun -.

« Je me souviens d’un panneau en Belgique qui disait : “Ardennes belges, forcer son destin”... Forcer mon destin, c’est ce que j’ai toujours voulu faire. Être indépendant, autonome et acteur de ma vie. »

À côté de cela, pour permettre à sa jeune épouse néerlandaise et fille au pair de rester en France, il décide d’ouvrir un institut de formation dans les langues, Inlingua, avant de créer une société de travail temporaire qui compte aujourd’hui cinq agences (Dijon, Chalon-sur-Saône, Lyon, Nancy et Mâcon) et de racheter une société informatique, Fimainfo. En somme, une stratégie réussie puisqu’aujourd’hui, le groupe Fimadev, qui emploie quelque 350 personnes réparties dans pas moins de six filiales, n’a pas souffert de la crise sanitaire : « La Covid-19 nous a donné un coup de boost ! Nous avons pris des parts de marché et ça nous a permis aussi de refondre nos organisations tout en réduisant les coûts fixes ».

La transmission comme fer de lance

À l’aube de ses 63 ans, l’entrepreneur accompli souhaite maintenant transmettre son groupe. « Depuis plusieurs années je pense à ma succession, confie-t-il. J’ai deux enfants, Max et Tessa. Ma fille ne souhaite pas du tout s’investir dans le groupe, mais mon fils qui a suivi un parcours d’école de commerce travaille déjà avec moi depuis deux ans. Je lui ai d’ailleurs confié la direction générale de deux filiales et il reprendra le groupe progressivement dans le cadre d’une transmission sous forme de pacte Dutreil ». Quant au jeune retraité encore à la tête de deux filiales et de la holding qu’il détient toujours à 100 % avec sa femme, il a été élu en décembre dernier pour prendre la présidence de la nouvelle CCI métropole de Bourgogne.

« Certainement de peur de m’ennuyer... Disons que quand on est actif, on a besoin d’action et ce que je sais faire de mieux c’est rassembler, agir pour les autres, créer, innover... Et donc au fond, ce n’est ni plus ni moins que la continuité de ce que j’ai fait dans mon métier d’entrepreneur au service d’un collectif de 48.000 entreprises et de deux départements qui sont dans mon coeur. » Cet engagement politique n’est pas le premier de sa carrière, explique-t-il. « J’ai toujours eu dans la vie une volonté de rendre ce que j’avais reçu. L’économie de marché m’a permis de m’élever socialement. Et donc, avec une certaine forme de reconnaissance, j’ai accepté d’être président du Medef de 2006 à 2012. J’aime l’entreprise et le Medef défend et promeut l’intérêt de l’entreprise. J’ai d’ailleurs eu la chance, durant cette période, d’avoir été coopté par Laurence Parisot pour faire partie du conseil exécutif du Medef. »

Après quelques semaines passées au dernier étage de la CCI, à Dijon, Pascal Gautheron envisage avec ambition ses projets à venir : réussir la fusion, diminuer la dépendance aux dotations fiscales en proposant des services aux entreprises payants ou encore réduire les coûts et poursuivre les actions au service des entreprises et de l’intérêt général, avec des objectifs en matière de transition écologique, économique et sociale.

Antonin Tabard