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92e année

Pour l’amour du livre

Évelyne Philippe. Communicante et passionnée de littérature, la fondatrice de Livres en Vignes a toujours mis un point d’honneur à intégrer la culture dans la stratégie de communication des structures qui l’employaient.

Avant le début de la crise sanitaire, Évelyne Philippe proposait chaque mois des rendez-vous littéraires au Grand hôtel La Cloche. En attendant de pouvoir les reprendre, d’ici la fin de l’année, elle finalise l’organisation de Livres en Vignes, véritable fête du livre qui a lieu chaque année fin septembre au Château du Clos de Vougeot. JDP

À quelques semaines de Livres en Vignes, Évelyne Philippe est en effervescence pour finaliser l’organisation de cette grande fête du livre qu’elle a créée il y a maintenant 14 ans. Alors que les 25 et 26 septembre prochains, plus de 120 auteurs et quelque 7.000 visiteurs fouleront les pavés du Château du Clos de Vougeot, l’organisatrice hors pair et amoureuse de littérature a profité d’une pause pour revenir sur son parcours et son histoire.

«  La Bourgogne Franche-Comté est une terre d’écrivains  ! Beaucoup sont nés dans la région et d’autres ont choisi de s’y installer  ».

Après une première expérience professionnelle à Paris, dans un grand groupe, Évelyne Philippe est venue s’installer à Dijon. Véritable retour aux sources, dans une région qu’elle avait quittée quelques années plus tôt pour aller faire ses études dans la ville lumière. «  J’ai commencé par des études de publicité parce que j’avais ça en tête, avant de m’apercevoir que c’était un peu décevant par rapport à l’idée que je m’en étais faite. Il y avait bien le côté créatif qui m’intéressait, mais à cela s’ajoutait tout un univers qui me correspondait plus ou moins, se souvient-elle. Après avoir décroché un DUT de publicité, j’ai finalement entamé un autre parcours à la Sorbonne en suivant des cours de sociologie et d’ethnologie pour obtenir un DEA d’anthropologie sociale  ». Après une courte expérience dans l’aéronautique où elle apprend à piloter, Évelyne Philippe devient rapidement responsable de la communication de la Fnac qui venait tout juste d’ouvrir dans la cité des Ducs. «  À cette époque, cette belle enseigne se donnait les moyens et revendiquait son ancrage régional à travers des partenariats avec toutes les manifestations de la région... J’ai véritablement redécouvert la Bourgogne et ça m’a permis de m’intéresser à tout ce qu’il s’y passait à la fois au niveau économique et culturel. C’est simple, la Fnac était impliquée dans à peu près tous les évènements qui se passaient à Dijon, que ce soit dans le domaine du cinéma, de la littérature ou encore de la photographie.  » Passionnée de littérature, elle avoue même, sourire aux lèvres, arriver plus tôt que les autres le matin pour pouvoir parcourir les rayons de livres  : «  Je me disais d’ailleurs que jamais je n’arriverai à lire tout ça  !  »

La culture comme fer de lance

Après avoir participé aux premières années de la Fnac, c’est vers un tout autre projet qu’elle se tourne en acceptant un poste de directrice de la communication au sein de l’Auditorium de la ville de Dijon, alors tout juste sorti de terre. «  Être à l’origine d’un établissement unique comme celui-ci m’a tout de suite séduite. On parlait déjà d’une salle qui se plaçait parmi les dix meilleures salles mondiales en termes d’acoustique et qui devait recevoir les plus grandes formations dans les domaines de la musique et de la danse… J’ai été complètement éblouie, je suis tombée dingue de ce bâtiment  », confie-t-elle, des étoiles encore plein les yeux.
Son contrat parvenant à sa fin, c’est une toute autre expérience qui se présente à la communicante. «  J’ai eu l’occasion de prendre la suite du directeur de la communication régionale de la SNCF, à son départ à la retraite  », explique-t-elle. Si le plus gros des partenariats réalisés par la SNCF étaient plutôt axés vers le sport, Évelyne Philippe réussit à ouvrir sa direction régionale à la culture, à travers toute la région Bourgogne Franche-Comté.

Finalement, après toutes ses expériences en entreprise, la communicante aguerrie a fait le choix, il y a maintenant plus de 15 ans, de l’indépendance et de l’entrepreneuriat. «  Je me suis d’abord demandée pourquoi ne pas proposer mes services en conseil en communication ou encore en organisation d’évènements, et j’ai très rapidement créé ma structure sous la forme d’une EURL.  »

L’entrepreneuriat au service de l’édition

L’affaire prend de suite et sans même le savoir, la nouvelle cheffe d’entreprise se retrouve à œuvrer pour le domaine de la culture, tout en se rapprochant de sa passion première, la littérature. «  Ma première mission a été de m’intéresser à l’association qui à l’époque s’occupait du salon du livre de Dijon, pour apporter une nouvelle dynamique. En parallèle, j’avais eu l’opportunité de créer, avec Bernard Lecomte, les Éditions de Bourgogne pour lesquelles je m’occupais de la communication et de la diffusion  », développe-t-elle. L’occasion pour Évelyne Philippe de repartir sur les routes à la rencontre des libraires, pour organiser la diffusion mais aussi des évènements ou encore pour participer à des salons du livre dans l’objectif de valoriser l’édition régionale et de faire connaître la jeune maison d’édition. «  On s’est beaucoup inspirés des Éditions de l’Armançon et du travail de Gérard Gautier qui nous a d’ailleurs bien aidés pour nous lancer.  » Avide de partager sa passion et de redonner envie aux gens de lire, Évelyne Philippe décide rapidement de créer des rendez-vous littéraires. Si chaque mois, elle propose des rencontres littéraires avec le Club des écrivains de Bourgogne, elle est aussi à l’origine du salon du livre Livres en Vignes, qui a lieu chaque année en septembre au Château du Clos de Vougeot. «  Je suis partie du constat qu’il y avait quelques salons du livre dans la région mais aucun n’avait exploité la thématique du vin, de la gastronomie et d’un certain art de vivre. Bien sûr, quand je suis partie, je ne savais pas où j’allais en me disant qu’il se pouvait qu’il n’y ait pas une production littéraire suffisante tous les ans, puis finalement, au bout d’un an ou deux, à force d’observation, on s’est rendu compte qu’il y avait à peu près une cinquantaine d’ouvrages qui paraissaient sur cette thématique chaque année, en dehors des livres de recettes. Mais avant tout je devais trouver un lieu emblématique, exceptionnel, et je me suis vite tournée vers le Château du Clos de Vougeot qui ne s’était pas encore ouvert à des expériences comme celle-ci. Pour moi, le Château du Clos de Vougeot, c’était le cellier des moines de Cîteaux, il y avait donc un lien très naturel entre le vin et l’écriture…  » Cette année, les 25 et 26 septembre prochains, Livres en Vignes devrait accueillir plusieurs milliers de visiteurs venus rencontrer plus de 120 auteurs. «  C’est un lieu d’échange et de rencontre. Nous sommes là pour créer du lien, des ponts et des passerelles  », souligne celle qui reconnaît avoir un fort intérêt pour les biographies et plus particulièrement pour les destins de femmes, depuis que des amis de ses parents lui ont offert un livre sur Catherine II de Russie, son plus beau souvenir de lecture.

Antonin Tabard