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Savonnerie artisanale du Jura : la TPE qui ne se fait pas mousser

Innovation. La TPE installée en Bresse a mis au point un process unique pour produire ses savons, baumes et autres gels douche ou shampooings solides artisanaux et bâtir depuis 2017 un chemin pavé de valeurs intangibles : pas de suremballage, aucun déchet plastique et un approvisionnement sourcé, le plus local possible. Résultat : sans tapage médiatique outrancier, des produits plébiscités pour leur éthique et leurs qualités cosmétiques.

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  • Photo de Giuseppe Laurito
    Giuseppe Laurito, fondateur de la Savonnerie artisanale du Jura, avec le présentoir des savons. Ceux-ci sont vendus « nus », sans emballage plastifié. Les clients les emportent dans un petit pochon de papier porteur d’un Gen Code. (Crédit : JDP)
  • Photo de la boutique à Lons-le-Saunier
    Après une première boutique ouverte à Lons-le-Saunier (photo ci-dessus), une seconde adresse a ouvert en décembre dernier à Besançon. (Crédit : SAJ)
  • Photo du « bar » de la Savonnerie artisanale du Jura
    La Savonnerie artisanale du Jura propose aussi dans ses boutiques, ce « bar », où l’on peut acheter en vrac de l’hydrolat, des eaux florales ou des huiles de diverses provenance. (Crédit : SAJ)

C’est l’histoire d’une reconversion professionnelle, guidée par quelques principes : écologique, locale et unique dans son process, sur un marché jugé « porteur ». C’est ainsi qu’en 2017 débute l’histoire de la Savonnerie artisanale du Jura, ainsi que s’en souvient son fondateur, l’ancien professeur agrégé de mathématiques Giuseppe Laurito : « On a passé notre première année à mettre au point des formules, des procédés et des outils de fabrication. On est partis de zéro, vraiment. Il a bien fallu neuf mois pour réussir à mettre au point une formule de savon qui tienne la route. Ensuite on a poursuivi avec des shampooings solides, puis la gamme s’est étoffée ».

Aujourd’hui, la Savonnerie du Jura propose en effet, outre les savons des débuts, d’autres cosmétiques solides (dentifrice, déodorant, baume pour le corps, le visage ou les lèvres, gel lavant en poudre à reconstituer), mais aussi des produits ménagers. La TPE qui compte six personnes n’utilise que des matières naturelles, les moins transformées possibles pour fabriquer ses produits.

« L’ADN de l’entreprise, c’est de prendre des belles matières premières du monde agricole et de ne pas utiliser de produits pré-industrialisés. C’est vraiment la caractéristique de notre process, ce n’est pas anodin. Et la logique c’est d’avoir quelque chose d’aussi local que possible », ce qui offre des débouchés intéressants pour des exploitants agricoles.

Les savons sont produits selon un process de saponification à froid. « Il n’y a pas de cuisson comme pour un savon de Marseille ou d’Alep, explique Giuseppe Laurito, ce qui va donner à nos savons des propriétés cosmétiques et hydratantes importantes. Par contre, cela oblige à travailler des quantités qui sont modestes, de la petite et moyenne série. Mais nous avons un process qui, tout en étant très manuel, est extrêmement efficace, un des plus aboutis dans ce type de produit, qui reste un savon artisanal ». La Savonnerie du Jura produit entre 12.000 et 25.000 savons, ce qui représente un peu plus d’une tonne de production.

De l’éthique sous l’étiquette

La petite unité travaille ses propres produits, mais fabrique aussi à façon en marque blanche avec les parfums et selon les contraintes techniques de ses clients. « On a fabriqué il n’y a pas si longtemps pour une marque parisienne qui nous a fourni son parfum un savon estampillé avec leur logo, une marque de luxe ».

Depuis le lancement de son entreprise, Giuseppe Laurito a souhaité conserver un fonctionnement artisanal : la visite de l’atelier de fabrication est expéditive, puisqu’elle consiste en deux pièces, dont l’une contient les cuves inox où se fait la transformation des corps gras grâce à la soude et une seconde où l’on trouve quelques machines de taille modeste pour la chauffe ou le conditionnement.

Ce modèle permet au fondateur de la Savonnerie du Jura d’être intransigeant sur l’aspect écologique de l’entreprise : « Nos huiles sont pressées à Varennes-Saint-Sauveur (à une trentaine de kilomètres, ndlr), je ne veux pas d’oléagineux qui viennent d’Ukraine ou quoi que ce soit, j’ai toujours été très exigeant vis-à-vis de cela. On a une autre clause que j’ai mis dans les statuts de l’entreprise qui est de fabriquer sans produire de déchets plastiques. Mes cuves sont consignées, les packagings sont minimalistes. Il y a des savonniers qui filment leurs moules avec du plastique pour avoir moins de nettoyage, nous ne faisons pas cela. C’est vraiment une éthique. Avec cela je ne rigole pas, car c’est vraiment le cœur de ma motivation que de réduire les déchets plastiques. J’ai toujours eu un profond dégoût pour cela. Quand on y réfléchit, produire un déchet qui va mettre mille ans à se décomposer pour une utilisation unique, c’est d’une prétention, c’est ce que j’appelle la porcherie humaine ». Les conditionnements en tube sont cartonnés, les pots sont en verre, les savons proposés nus en présentoir : les clients se servent et l’emportent dans des pochons en papier...

Clientèle éclectique

Si la marque commerciale est Savonnerie artisanale du Jura - un nom porteur en termes de marketing, avec des connotations de nature, d’authenticité -l’atelier de fabrication est installé à Beaurepaire-en-Bresse en Saône-et-Loire, à quelques kilomètres de la « frontière » entre les deux départements, en Zone de revitalisation rurale, un vrai coup de pouce à l’installation. En revanche, c’est à Lons-le-Saunier qu’a ouvert la première boutique physique de la TPE ; une seconde a ouvert ses portes en décembre 2023 à Besançon.

Débuté sur fonds propres, la Savonnerie du Jura affiche, sept ans après ses débuts, un chiffre d’affaires de 500.000 euros. Les débuts se sont faits sur des marchés artisanaux, Giuseppe Laurito allant tester lui-même la démarche engagée : « J’ai tenu compte des remarques, ce qui plaisait, ce qui plaisait moins. J’ai surtout vu qu’il y avait un marché, cela se vendait tout à fait raisonnablement ». Parallèlement, un site web est monté, la vente en ligne débute de manière très modeste. « À force de travail, le site a fini par avoir un très bon référencement. Les professionnels nous retrouvent ». Aujourd’hui, la vente en ligne représente 20% du chiffre d’affaires, le reste étant constitué des ventes en boutiques et « on a beaucoup de clients en BtoB : magasins bios, quelques centaines de pharmacies, l’hôtellerie, la para-hôtellerie (gîtes, chambres d’hôtes, ndlr) ».

La Savonnerie du Jura réfléchit encore à l’élaboration de nouveaux produits, toujours en respectant son code strict de fabrication et la provenance de ses matières premières. « Notre première récompense, ce sont les éloges de nos clients, conclut Giuseppe Laurito. Savoir où nous fabriquons, comment... c’est ce qui fait leur fidélité ».