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93e année

Julien Marquis

Châteaux, l’artiste !

Aux portes du Morvan sur une terre chargée d’Histoire, Julien Marquis a réactivé son activité de consulting à destination des porteurs de projet. Avec Chasseur de châteaux, l’Icaunais s’impose comme l’interlocuteur privilégié de ce secteur où la discrétion est de mise. Stéphane Bourdier

C’est aux bords de la Cure, à une lieue du château de Bazoches (Nièvre), ancienne retraite du maréchal de Vauban, et, à quelques encablures de la basilique Sainte-Marie-Madeleine de Vézelay, que Julien Marquis poursuit son combat commencé il y a 20 ans. Celui de redorer le blason des châteaux oubliés, de France et de Navarre, et de les sauver d’une décrépitude certaine. Une vocation, si ce n’est un sacerdoce, née alors qu’il n’avait qu’une dizaine d’années et habitait à Druyes-les-Belles-Fontaines, au pied de la forteresse du XIIe siècle. « Je me suis découvert une véritable passion pour le château, pour ses pierres et son histoire, et j’ai eu cette vision de ce que je voulais faire de ma vie… », explique-t-il.

L’enfant, timide et solitaire, devient bientôt la clé de voûte de l’association qui gère les lieux, en assurant jusqu’à trois visites guidées par jour, dans cette enceinte médiévale dont il connaît les moindres interstices. Il n’a que 16 ans lorsqu’il comprend l’intérêt économique de proposer une offre commerciale aux touristes pour financer les activités du site. « Nous avons mis en place une boutique où il était possible d’acheter des répliques de trébuchets ou de cotte de mailles à monter soi-même. » Le bac en poche, Julien Marquis s’oriente naturellement vers la faculté d’histoire de l’université de Bourgogne où il valide un master en études médiévales. « Je ne me sentais pas la vocation d’enseigner même si je n’avais pas d’idées précises du métier que je souhaitais exercer », se souvient le Bourguignon. « Je voulais être dans des châteaux… »

Trouver l’adhésion du public

Un vœu exaucé en 2007. L’Association du patrimoine oublié de Noyers-sur-Serein cherchait, à cette époque, un permanent, pour prendre en charge la vie de ce château laissé à l’abandon. Il s’occupe alors des actions de mécénat et de sponsoring. Dès l’année suivante, il enclenche la vitesse supérieure et imagine Castrum Conseils, un cabinet de consulting dédié à l’accompagnement des porteurs de projet auprès des financeurs, des architectes et des collectivités territoriales. « Lorsque je me suis inscrit à l’Insee, j’étais le premier indépendant à être enregistré dans cette activité », sourit-il. Son expertise est alors recherchée lors des travaux de réhabilitation du château de Rochefort, près de Montbard, ou celui de Châteauneuf-en-Auxois.

Julien Marquis affine ses compétences, innove - quitte, parfois, à sortir des sentiers battus - en proposant, par exemple, de faire entrer l’Art contemporain dans ces bâtisses séculaires et se crée un nom dans ce petit cercle d’initiés. Mais c’est une autre passion qui les amène, son épouse Élise et lui, à prendre une autre direction : la cuisine. Le couple tombe amoureux d’une auberge du XVIe siècle à pans de bois, située au cœur de la cité nucérienne, et crée le restaurant Ô Marquis perché, un clin d’œil à la fois à l’œuvre d’Italo Calvino et à l’architecture de la bâtisse la plus haute du village. En salle ou en cuisine, la bonhomie du gérant fait recette, même si son amour pour les vieilles pierres n’est jamais bien loin.

« Je me suis découvert une véritable passion pour le château, pour ses pierres et son histoire, et j’ai eu cette vision de ce que je voulais faire de ma vie… »

En 2014, le président de l’association du château de Rochefort se rappelle à son bon souvenir et lui demande un coup de pouce pour trouver les 15.000 euros manquants au financement des travaux. Derrière ses fourneaux, l’entrepreneur lance alors une campagne de crowdfunding sur la plateforme MyMajorCompany. Une première en France qui remporte immédiatement l’adhésion du public. Les médias nationaux commencent à s’intéresser de près à ce trublion qui n’hésite pas à remuer ciel et terre pour préserver ces châteaux en péril.

Un buzz à l’international

Lorsque l’animateur Stéphane Bern propose une émission consacrée à la sauvegarde du patrimoine, en direct du palais de l’Élysée, Julien Marquis fait naturellement partie de l’aventure. « Nous étions encore aux balbutiements de ce qui deviendra une cause nationale et même si Sauvons nos trésors ! n’a pas eu le succès attendu, c’est ce qui a donné la volonté à Stéphane Bern de poursuivre sur cette voie. Quant à moi, je me suis aperçu que j’avais acquis une vraie crédibilité. » Avec quelques amis, il fonde l’association adopteunchateau.com dont l’objectif est de permettre à des passionnés de devenir copropriétaire d’un monument en souffrance.

En 2017, il accomplit l’un de ses premiers faits d’armes en réunissant en moins de 20 jours, sur la plateforme de financement participatif Dartagnans, les 540.000 euros nécessaires à l’acquisition du château de Paluel en Dordogne, célèbre pour avoir été l’un des lieux de tournage du film Le Tatoué qui réunit Jean Gabin et Louis de Funès. Si l’association ne remporte pas les enchères à Bergerac ce jour-là, l’objectif de Julien Marquis est atteint puisque, l’écho médiatique est tel, qu’une quinzaine d’acheteurs sont présents dans la salle des ventes. « Nous nous sommes retrouvés avec la moitié de la somme collectée que les participants souhaitaient investir pour sauver un autre château. »

Chasseur de châteaux

L’association réalise alors un véritable coup de maître en levant deux millions d’euros pour l’acquisition du château de la Motte Chandeniers dans la Vienne grâce à la participation de près de 25.000 futurs co-châtelains venus du Monde entier. « L’opération a suscité l’engouement de la presse internationale. Je me suis retrouvé à donner des interviews pour CNN, pour Le Monde, pour les télévisions allemandes, brésiliennes, tchèques… » Porteur du projet avec Dartagnans, l’Icaunais met son restaurant en gérance et rejoint la plateforme de financement participatif en tant que directeur des châteaux, mais l’aventure tourne court entre le passionné d’Histoire et les start-upers. « Je suis chef d’entreprise dans l’âme mais l’aspect financier dépassait largement l’enjeu de préservation du patrimoine. »

Il y a deux ans, il décide alors de relancer son activité de consulting en créant Chasseur de châteaux - un nom inspiré du titre d’un reportage que TF1 lui avait consacré. Le but : accompagner de A à Z les futurs propriétaires dans leur business model, que ce soit en matière de gestion, de marketing ou de développement économique et touristique. Dans quelques semaines, celui qui vient seulement de fêter ses 40 ans devrait d’ailleurs faire une nouvelle fois sensation. Quelque part dans cette Bourgogne qu’il affectionne…

Stéphane Bourdier