Skima
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Troublant de réalisme.

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Portrait de Skima
Après une formation en menuiserie, c’est à l’Académie des arts appliqués que Maxime Thevenet se prend de passion pour le dessin. Aujourd’hui connu sous le patronyme Skima, il réalise des œuvres au crayon graphite au réalisme saisissant. (Crédit : JDP)

Skima… cinq lettres qui, à l’angle d’une toile, ne cessent de prendre de la valeur ces derniers mois. Derrière elles, un jeune Dijonnais de moins de trente ans qui, aujourd’hui encore, peine à réaliser ce qu’il est en train de vivre. Et pour cause, si Maxime Thevenet est devenu un artiste accompli aux multiples talents, c’est non sans une certaine obstination qu’il en est arrivé là, face à un système éducatif qui l’a « écœuré », comme il le confie lui-même. De la musique classique dès son plus jeune âge à ses années rock’n’roll, le jeune adolescent d’alors a préféré s’orienter vers la menuiserie. « Diplômé à 17 ans, je ne me sentais pas du tout d’aller dans le monde du travail, mais les études n’étaient pas ce que j’aimais le plus non plus », se souvient-il. Avec un peu de recul, il a finalement essayé de lier ses deux passions en s’orientant dans la création d’instruments. Première déception, aux portes de la seule école en France qui proposait ce type de cursus, à Épinal, Maxime Thevenet voit son dossier refusé : « J’étais un élève moyen et ils prenaient que les très bons dossiers. »

C’est finalement en préparant un diplôme des métiers d’art dans les arts de l’habitat qu’il découvre le dessin. « Nous avions généralement des cours de dessin le matin et des cours de menuiserie et de tapisserie l’après-midi. » Désireux de poursuivre dans cette voie, il choisit de rentrer à Dijon pour intégrer la toute première promotion de l’Académie des arts appliqués, fraîchement ouverte. « Cette année de mise à niveau en arts appliqués a été hyper intense, parce qu’en plus de nos 35 heures de cours, nous avions autant sinon plus de travail à la maison ! Mais ça a été vraiment formateur, nous avions des cours de mode, de photographie, de nu et de nature morte, de design d’espace ou encore d’architecture… »

C’est durant cette année qu’il a réalisé sa toute première œuvre, un autoportrait réaliste qui lui a demandé plus de 15 heures de travail. « Ça m’a vraiment passionné, témoigne-t-il. J’ai retrouvé le côté minutieux que j’avais dans la menuiserie et le côté très terre à terre… on prend une photo et on essaie de la retranscrire avec un simple crayon de papier mais au plus proche de la réalité ». À l’issue, avec sept autres collègues de promo, il décide de poursuivre un BTS en design d’espace à Nevers : « Nous avions un mémoire à réaliser sur un projet qui nous a pris huit mois et que nous devions présenter lors d’une soutenance. Nous avons tous été recalés, sauf un. J’ai été écœuré et je n’ai jamais voulu le repasser en candidat libre ».

Un job alimentaire et des portraits de célébrités

Depuis maintenant dix ans, ses crayons graphites ne sont jamais bien loin de lui. Passionné par le portrait humain, il a commencé par dessiner ses et amis, puis des célébrités. Publiées sur les réseaux sociaux, ses dessins ont commencé à éveiller la curiosité, mais c’est finalement une rencontre dans un salon de coiffure qui sera le point de départ de sa nouvelle vie. « Après mon échec au BTS, je n’ai pas voulu retourner dans les études. J’ai trouvé un petit travail alimentaire à la Toison d’Or dans la vente de prêt-à-porter, le temps que j’arrive à prendre mon indépendance et essayer de vivre de mon art. Et en accompagnant mon colocataire chez un barbier, j’ai échangé avec la responsable du salon qui est tombée en admiration devant un dessin sur lequel j’étais en train de travailler. Elle m’a proposé de l’exposer dès qu’il sera prêt pour tester les retombées auprès des clients. »

« Venant d’un milieu très modeste, je veux pouvoir toucher le plus de monde possible. »

Sa première œuvre restera exposée deux mois, fin 2017, durée pendant laquelle, sans rien lui dire, elle prenait les coordonnées des clients intéressés par son travail. « Un soir, elle m’a fait la surprise d’organiser une sorte de vernissage dans son salon. Je lui avais ramené deux grands formats et plusieurs petits formats. Et en arrivant, je me suis rendu compte qu’il n’y avait pas que ses amis mais pas moins de 150 clients ! Ça a été une révélation pour moi, je me suis rendu compte que je pouvais vivre de ce que j’aimais. Je n’avais pas prévu de tarifs et beaucoup m’ont demandé à acheter des petits formats », se souvient-il.

Des expositions tous les mois

Il décide alors de conserver son emploi le temps de se faire un bagage suffisant pour se lancer dans le grand bain, avant de rapidement tenter sa chance. « La deuxième grosse exposition a été chez Porsche fin 2018 où j’ai pu rencontrer beaucoup de chefs d’entreprise. Il y avait plus de 250 personnes au vernissage. Pendant deux ans, j’ai surfé sur la vague d’exposer chaque mois dans un lieu différent sur Dijon et alentours. » Mais c’était sans compter sur la crise sanitaire et les confinements à répétition qui ont mis fin aux expositions et à ses ventes. « J’ai réfléchi à ce que je pouvais faire avec ma petite trésorerie. J’ai décidé de créer un site internet avec une boutique en ligne afin de profiter de ma présence sur les réseaux sociaux pour essayer de toucher un maximum de personnes au niveau national », détaille Maxime Thevenet. L’artiste devient alors rapidement entrepreneur, il crée sa microentreprise en tant qu’artiste auteur pour vendre ses œuvres originales et une SAS pour vendre les reproductions et les objets dérivés.

« Venant d’un milieu très modeste, je veux pouvoir toucher le plus de monde possible et que même un étudiant puisse s’offrir une œuvre d’art ! », souligne-t-il. Sur son site internet, ses tableaux se vendent à partir de 85 euros pour les reproductions imprimées au format A3 sur du papier d’art et encadrées et peuvent atteindre plus de 700 euros pour les éditions limitées à 50 ou 100 exemplaires. Concernant les originaux, les prix varient selon sa cote. Lors de notre rencontre, ils se vendaient entre 8.000 et 15.000 euros, pour des œuvres qu’il mettra plusieurs mois à dessiner. Si les expositions ont depuis repris, Skima de son nom d’artiste propose aussi certaines œuvres aux enchères, notamment dans le cadre d’Octobre rose ou encore pour les 50 ans du Circuit Dijon Prenois où une œuvre en hommage à Jacques Laffite s’est vendue 4.500 euros au profit de l’association de Margot Laffite, Du sport et plus. Plein de projets en tête, le jeune chef d’entreprise réfléchit même à cesser sa SAS et à transformer sa microentreprise en entreprise individuelle pour ainsi pouvoir appliquer des taux de TVA réduits sur les œuvres originales (5,5%) ainsi que sur les reproductions (10%).

« J’ai vraiment envie de toucher à d’autres types d’art. Dernièrement, j’ai travaillé avec une société locale pas loin de Chalon-sur-Saône pour créer un fauteuil design, en clin d’œil à mes études. J’ai repris deux de mes œuvres, les petits ours Pompon en guise de rappel à Dijon et la lune, et j’en ai fait des monogrammes. Je suis ensuite parti sur une base de fauteuil baroque, un style classique que j’ai voulu casser avec un tissu sublimé un peu velours, très contemporain, le tout posé sur un socle lumineux qui tourne avec des leds. Ce seront des œuvres limitées à huit exemplaires et gravées au laser à l’arrière avec mon logo, le nom de l’œuvre et le numéro. »