Alerte sur « l’autobésité »
Tendance. Toujours plus longues, plus larges et plus lourdes, nos voitures ne cessent de grossir au fil du temps. L’association de défense de l’environnement Transport & Environnement tire la sonnette d’alarme.
On est foutus, on conduit trop gros ! Chaque année, les voitures s’étoffent de quelques petits centimètres qui, lorsqu’on fait les comptes, donnent des mensurations de plus en plus généreuses. L’association Transport & Environnement a pris la mesure de cet épanouissement continu. En un quart de siècle, la longueur moyenne d’une voiture vendue en Europe est passée de 4,09 m à 4,38 m, un accroissement de 1,2 cm par an. Même constat pour la largeur et la hauteur qui ont gagné 0,5 cm chaque année, la largeur passant de 1,69 m à 1,82 m. Plus préoccupant car cela touche la sécurité, des enfants en particulier, la hauteur des capots a augmenté de 7 cm pour culminer à 84 cm en moyenne l’an dernier. Et qui dit plus longues et plus larges, dit aussi plus lourdes...
Transport & Environnement s’est livré à des projections pour attirer l’attention sur une situation risquant de devenir problématique à moyen terme. Selon les calculs de l’association, en 2040 une voiture pourrait atteindre 4,56 m de long, une largeur de 1,90 m et un capot perché à 92 cm... Et encore, il ne s’agit que d’une moyenne, différente selon les pays européens en fonction de la structure particulière des marchés nationaux. En France, pays de petites voitures depuis toujours ou presque, la question est moins importante.
Question de sécurité
Les raisons qui ont abouti à cette inflation continue sont multiples. Elles tiennent pour une part significative à la sécurité des occupants et aux textes réglementaires imposés à l’échelon européen. Zones de déformation à l’avant et à l’arrière, cellule de survie... Des centimètres et du poids supplémentaires certes, mais pour mieux protéger en cas d’accident. L’objectif d’améliorer la sécurité s’est également traduit par l’arrivée d’une multitude d’aides à la conduite, parfois jusqu’à l’excès. Cette surenchère sécuritaire n’a pas participé directement à l’augmentation de la taille des voitures mais s’est fait ressentir sur la bascule.
Transport & Environnement n’a pas manqué de pointer du doigt le succès des SUV dans cette situation. Aujourd’hui en Europe, les SUV représentent 56 % des nouvelles immatriculations de voitures particulières. Un record, même si on constate un effet de seuil avec un ralentissement de leur montée en puissance. Mais quand on dit SUV, on dit tout et rien à la fois. Impossible de comparer une Peugeot 2008, le SUV le plus vendu en France au premier semestre, et un Range Rover, peu diffusé dans notre pays.
Il n’en reste pas moins que les SUV se distinguent par ce que les constructeurs appellent leur « verticalité » avec des proues abruptes et des capots toujours plus hauts. Cette mode influence désormais le design les berlines. Et là, ce n’est plus une question d’encombrement mais de sécurité des piétons et plus particulièrement des enfants. L’association a illustré son propos en prenant l’exemple d’un Dodge RAM rendant invisible par son conducteur un enfant mesurant moins de 1,36 m et du Land Rover Defender masquant un enfant de 1,10 m. Deux cas extrêmes et un peu caricaturaux, compte-tenu de la rareté du RAM, non importé en France, et du Defender, plutôt rare dans les rues de nos villes.
4,20 m de long, pas plus
Cette augmentation continue de la taille de nos voitures pourrait avoir des impacts sur les places de stationnement, devenues trop petites. Une projection effectuée par Transport & Environnement met en avant une diminution de 8,5 % à 14 % des emplacements disponibles dans les villes. Avec plusieurs exemples à la clé : à Berlin, de 71.000 à 118.000 places pourraient disparaître et à Rome cela pourrait concerner de 58.000 à 95.000 places. À Paris, l’impact serait moindre dans la mesure où la mairie engagée dans une chasse effrénée à la voiture, a déjà effectué une grande partie du travail en supprimant plusieurs dizaines de milliers de zones de stationnement. « Seulement » de 7.000 à 12.000 emplacements pourraient passer à la trappe.
Pour tenter d’endiguer ce problème Transport & Environnement demande que « l’Etat prenne réellement la mesure de ce danger et que l’Europe se réveille et fixe des limites maximales pour la taille des voitures ». Dans l’absolu, pourquoi pas mais c’est prendre le risque de pénaliser des modèles familiaux plus spacieux et, par voie de conséquence, plus volumineux.
De façon précise, l’association préconise de s’en tenir à une longueur maximale de 4,20 m, une largeur de 1,92 m et une hauteur de capot de 85 cm. 4,20 m, c’est à peine 8 cm de plus que la longueur d’une Clio qu’on ne peut considérer comme un véhicule familial et 8 cm de moins qu’une Golf VIII, l’archétype de la berline compacte...
Autres leviers supposés freiner cette inflation continue des mensurations : des tarifs de stationnement différenciés en fonction de la taille et du poids, des taxes d’immatriculations et de circulation « décourageant activement l’achat de véhicules surdimensionnés », les recettes punitives habituelles, des normes Euro NCap plus strictes testant la visibilité des enfants pour les conducteurs, autrement dit posant le problème de la hauteur excessive des capots.
Comment cela se traduira-t-il concrètement ? Par des taxes supplémentaires sans doute. Il est vrai qu’il n’y en a pas assez pesant sur l’automobile, éternelle vache à lait des États...