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93e année

Alpine A110 E-Ternité : l’éclaireuse de France

Électrique. Comme un avant-goût du futur de la marque, le constructeur a dévoilé une version 100% électrique de sa berlinette. Un prototype roulant construit à deux exemplaires.

A quelques détails près, difficile de distinguer l'A110 E-Ternité des modèles classiques
A quelques détails près, difficile de distinguer l’A110 E-Ternité des modèles classiques (Crédit : DR)

L’avenir d’Alpine sera exclusivement électrique. Luca de Meo, le patron du groupe Renault l’a confirmé à plusieurs reprises. Ce sera le cas du crossover dans les cartons mais aussi de la remplaçante de l’actuelle berlinette qui a trouvé un second souffle commercial avec des ventes en forte augmentation sur de nombreux marchés, notamment en France avec 1168 unités (+75%) au premier semestre. Un rebond justifié, compte-tenu du caractère exclusif du coupé made in France dans le paysage automobile planétaire. Inutile de chercher ailleurs, la proposition est unique.

Pour donner un avant-goût du futur de l’A110, le constructeur a présenté dans le cadre du GP de France de F1 un prototype de 100% électrique, élaboré sur la version actuelle du séduisant coupé. Avec un cahier des charges exigeant : « égaler les performances, l’équilibre et l’agilité de la version thermique ». Une mission presque impossible, même si l’expertise du Groupe Renault en matière d’électrification n’est pas à démontrer. Le défi était d’autant plus élevé qu’il n’est jamais simple de partir d’une base existante pour obtenir les meilleurs résultats. Premier point, le style des versions thermiques qui n’est pas étranger à leur attractivité a été préservé pour l’essentiel.

Les principales différences esthétiques de celle que le constructeur qualifie de « laboratoire roulant » touchent les boucliers avant et arrière, les blocs optiques, les jupes latérales et la lunette arrière. Sans oublier, le toit amovible en deux parties, réalisé en carbone recyclé. Une façon de répondre aux demandes de nombreux clients rêvant d’une berlinette découvrable. Selon Alpine, cela n’affecte pas la rigidité du prototype dénommé « E-Ternité » pour faire écho à la promesse de Luca de Meo « d’inscrire la marque dans l’éternité. » À bord, les évolutions sont tout aussi légères en apparence : support multimédia permettant d’utiliser la tablette du conducteur, système audio haut de gamme à huit hauts parleurs.

258kg supplémentaires

Un toit amovible en deux parties, inédit sur l'étude de l'Alpine 100% électrique
Un toit amovible en deux parties, inédit sur l’étude de l’Alpine 100% électrique (Crédit : DR)

L’essentiel est ailleurs. Le remplacement du quatre cylindres atmosphérique de 250 ou 300 ch selon les versions par une chaîne de traction et des batteries. Le petit constructeur dieppois est allé chercher son bonheur dans la banque d’organe du Groupe Renault, en particulier du coté de la nouvelle Mégane E-Tech, à laquelle elle emprunte ses douze modules de batterie en particulier. Ils ont été intégrés en deux groupes pour favoriser une meilleure répartition des masses, quatre à l’avant et huit à l’arrière, solution indispensable pour préserver autant que faire se peut le meilleur équilibre.

A propos de masse, celle des batteries s’élève à 392 kg. Énorme pour une voiture dont les versions roulant au sans plomb pèsent seulement 1 120 kg. Sur la bascule, l’A110 E-Ternité avoue un surpoids limité à 258 kg. Un petit exploit lié au choix de matériaux innovants à base de lin sur un des deux prototypes réalisés. C’est le cas du capot, du pavillon, de la lunette arrière, des coques de sièges ou encore de la jupe arrière. Alpine promet une résistance comparable au carbone et une meilleure acoustique. Le bloc électrique, accouplé à une transmission à deux rapports, est annoncé pour 178 kW, soit environ 242 ch avec un couple de 300 Nm. Des valeurs à comparer avec celles des moteurs thermiques de 250 (320Nm) et 300 ch (340 Nm).

L’agilité, gage d’efficacité et de plaisir

Ces différences significatives se matérialisent par des performances logiquement en retrait. Un 0 à 100 km/h effectué en 4,5 secondes contre 4,4 et 4,2 pour les A110 essence, un kilomètre départ arrêté en 23,7 secondes à comparer aux 22,8 et 22,4 des versions 250 et 300 ch. Une vitesse maxi de 250 km/h contre 260 et 280 km/h pour les modèles de série. Peu et beaucoup à la fois, sachant qu’il s’agit d’un coupé sportif dont le niveau de performances constitue un élément essentiel pour ses acheteurs. Autre critère de choix majeur pour les clients : l’agilité de la berlinette, gage d’efficacité et de plaisir au volant. Elle résulte à la fois de sa répartition des masses et de son poids limité. Les 1 378 kg du prototype électrique risquent de constituer un handicap majeur vis à vis des 1120 kg des modèles thermiques. Les ingénieurs d’Alpine ont fait un travail d’adaptation réussi et réussi à contenir le surpoids mais il était impossible de réaliser des miracles.

En partant d’une base inédite pour la prochaine génération d’A110, il sera sans doute possible de grignoter quelques kilos mais pas de se rapprocher de celui du modèle actuel, sauf à utiliser des solutions technologiques peu compatibles avec des tarifs réalistes. Cette surcharge pondérale constitue le talon d’Achille des voitures électriques. Pas vraiment rédhibitoire pour une berline ou un SUV familial mais beaucoup plus handicapant pour un coupé sportif comme l’Alpine A110 dont l’atout majeur est la vivacité et le comportement enjoué. Pour le moment, la solution n’existe pas. Un jour peut-être...

Dominique Marée