Filière automobile : la BFC face à ses défis
Région BFC. Chez Stellantis (Sochaux), le Pôle véhicule du futur avait réuni les acteurs de la filière automobile et mobilités à l’occasion de sa traditionnelle « Rencontre de la Filière Auto ». Dans un secteur en questionnement, la BFC tient grâce à quelques piliers historiques.
Le constat dressé par le Pôle Véhicule du Futur ne surprendra pas les industriels du secteur : la production automobile mondiale affiche une relative stabilité en 2025 (94,5 millions d’unités), mais cette photographie globale masque de profondes disparités. L’Asie, tirée par la Chine, continue de progresser (+6,9 %), tandis que l’Amérique du Nord recule sous l’effet d’une demande atone et d’incertitudes tarifaires. En Europe élargie, le marché se stabilise avec un léger recul de 1 %, entre renouvellement du parc automobile, offre de véhicules plus abordables et pression réglementaire vers l’électrique — tandis que l’Allemagne subit des fermetures d’usines et que l’Espagne ou la Hongrie tirent profit de l’implantation de constructeurs chinois.
Dans son mot d’ouverture, le président du Pôle, Damien Tournier, a résumé l’enjeu : « La filière automobile française n’est pas condamnée. Elle doit se réinventer pour rencontrer son nouveau marché. » Un marché plus contraint en pouvoir d’achat, qui appelle selon lui des véhicules « plus abordables, plus sobres, plus légers » - et une compétitivité qui ne reposera plus seulement sur les économies d’échelle, mais sur l’agilité et la différenciation.
Baromètre de la performance : signaux contrastés
Réalisé depuis 1997 par PerfoEST auprès de 36 entreprises de la région (dont 18 en Bourgogne Franche-Comté), le baromètre 2026 mesure 13 indicateurs industriels, économiques et humains. Les résultats témoignent d’une filière qui progresse sur certains fronts mais recule sur d’autres :
Les points positifs : les retours clients qualité s’améliorent nettement (23 ppm en 2025, contre 76 en 2024), la valeur ajoutée par personne progresse (84 contre 80), et les investissements sur trois ans bondissent (6,21 contre 5,53). Les performances d’achat d’électricité et de gaz s’améliorent également.
Les points de vigilance : le taux de fréquence des accidents du travail grimpe fortement (16,72 contre 13,48), l’absentéisme maladie repart à la hausse et les dépenses de formation reculent.
Au global, 42 % des entreprises interrogées ont progressé, 42 % se sont dégradées et 16 % restent stables - un partage presque parfait qui traduit une filière à deux vitesses, où les efforts de modernisation ne profitent pas encore uniformément à tous les acteurs.
La BFC concentrée sur quelques piliers industriels
La Bourgogne Franche-Comté reste structurellement dépendante d’un nombre restreint de grands sites, à commencer par Sochaux. La région pèse pour environ 14 % de la production nationale de véhicules (données Inovev), loin derrière les Hauts-de-France (51 %), mais devant l’Île-de-France (3 %) dont le poids industriel continue de s’éroder année après année. Le site de Sochaux, qui concentre à lui seul l’activité de production dans la région, devrait connaître une certaine stabilité, sa production étant positionnée sur la demande européenne des modèles Peugeot 3008 et 5008. Une stabilité prudente, à l’image de celle observée dans le Grand Est voisin, où les sites de Mulhouse (Stellantis) et de Batilly (Renault) maintiennent leurs volumes sans visibilité totale sur les affectations de modèles futurs.
Cette dépendance à un nombre limité de donneurs d’ordres illustre bien la fragilité structurelle pointée par le Pôle : dans un contexte de volumes incertains et de cycles de transformation accélérés, les territoires les plus exposés sont ceux qui reposent sur peu de sites, peu de modèles, et une conjoncture mondiale de plus en plus disputée par la concurrence asiatique.
La carte de la mobilité légère
Face à des perspectives 2026 encore marquées par l’instabilité géopolitique et la pression de la concurrence chinoise, le Pôle Véhicule du Futur affiche sa conviction : l’avenir de la filière passera par une mobilité légère, abordable et produite sur le territoire. Pour la Bourgogne-Franche-Comté, dont l’économie automobile reste concentrée autour de quelques grands sites et d’un tissu d’équipementiers performants - comme le prouvent les trophées de cette année - l’enjeu des prochaines années sera de diversifier ses débouchés sans renoncer à son savoir-faire industriel historique.