Automobile

Marché auto : un semestre qui finit mal

Marché. Après un début d’année encourageant, les immatriculations de voitures neuves ont reculé en mai et juin, laissant craindre une seconde partie d’exercice incertaine sur fond de recul des ventes de 100% électriques.

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Photo de la nouvelle Dacia Spring
Les ventes de Dacia Spring ont été divisée par cinq : la faute au bonus écologique dont elles sont désormais privées. (Crédit : DR)

Où va le marché automobile français ? À l’issue du premier semestre la question s’impose tant son évolution apparait incertaine. L’année avait plutôt bien débuté mais les espoirs ont été vite douchés par deux mois consécutifs de baisse des immatriculations, cassant une spirale positive enclenchée il y a un an et demi. Une chute de 2,9% en mai, suivie d’un recul de 4,8% en juin : ce double avertissement est pris au sérieux par la profession automobile.

On pourra chercher des motifs de se rassurer en constatant qu’au terme des six premiers mois de l’année, les statistiques restent positives avec une progression de 2,8% par rapport à la même période de l’an dernier, représentant un total de 914 890 véhicules particuliers immatriculés. Il convient d’y ajouter les 210 608 utilitaires légers, en hausse significative de 10,42 %. Rien à voir cependant avec la période d’avant pandémie, une sorte de paradis automobile perdu, auquel il devient de plus en plus vain de se référer tant cette époque apparait désormais lointaine...

Ce sont les hybrides qui ont tiré le marché et lui ont permis de se maintenir au-dessus de la ligne de flottaison. Sur le seul mois de juin, les hybrides simples ont gagné 38% pour totaliser 58 492 immatriculation et concentrer plus de 32% de part de marché. Sur le premier semestre, les hybrides ont pris le dessus sur les motorisations essence et diesel avec un total de 38,7% de part de marché pour 354 198 unités et un gain de plus de 71 000 voitures. Du jamais vu ! Aujourd’hui, on achète plus de voitures hybrides que de modèles essence (32,1%) et bien évidemment que de diesel, réduits à moins de 8% de part de marché.

Certains observateurs estiment que le marché national des véhicules électriques s’approche de son niveau maximum après avoir fait le plein des clients intéressés par ce type d’énergie.

Dans ce total historique, il convient de distinguer les hybrides classiques (full hybrid) qui, avec près de 161 000 voitures, constituent le groupe le plus important devant les hybrides légers (mild hybrid) dont les immatriculations ont littéralement explosé, passant de 84 000 à plus de 119 000. C’est également inédit. L’explication est simple : désormais, les catalogues de la plupart des constructeurs proposent plusieurs offres d’hybrides légers à des tarifs comparables à ceux des versions thermiques. Seul bémol dans ce panorama : la baisse des hybrides rechargeables. Un déficit de près de 4 000 immatriculations, ramenant leur part de marché sur le seuil des 8% (73 687).

Les 100% électriques à la peine

La situation se complique pour les 100% électriques avec un sérieux coup de frein en juin où elles ont reculé de plus de 10%, passant sous les 30 000 unités. Une première. Leur montée en puissance au fil des exercices semblait ne jamais devoir s’interrompre avec des gains de part de marché se confirmant de mois en mois, d’année en année. Elles restent cependant dans le vert avec une progression passée de 15,5% à 17,4% par rapport au premier semestre 2023, un gain de près de 21 000 voitures. Des statistiques à relativiser si on prend en considération les carnets de commandes gonflés artificiellement par le leasing social mis en place en tout début d’année par l’Etat pour faciliter l’accès à la mobilité électrique. 50 000 commandes ont été enregistrées en quelques semaines...

À l’inverse, l’arrêt brutal du bonus accordé aux entreprises a été un coup de poignard dans le dos du marché électrique. Sur le seul mois de juin, les ventes aux sociétés ont dévissé de près de 21%, passant sous les 6 000 immatriculations alors qu’elles représentaient un gros volume. Quand on sait que les gestionnaires de flotte calculent les coûts des véhicules à quelques euros près, l’impact de la fin de cette aide est significatif.

Des clients attentistes

Autre élément ayant pesé négativement : la suppression du bonus accordé aux modèles importés venus d’Asie en général et de Chine en particulier avec la mise en place du score environnemental par l’Etat. Victime colatérale de cette situation, la Dacia Spring, passée du statut de best seller aux enfers du marché avec moins de 3 000 immatriculations sur les six premiers mois de l’année. En 2023, la marque roumaine du groupe Renault en avait écoulé plus de 15 000. Cinq fois plus !

Plus préoccupant encore : certains observateurs estiment que le marché national des véhicules électriques s’approche de son niveau maximum après avoir fait le plein des clients intéressés par ce type d’énergie. De quoi réclamer des aides fiscales supplémentaires pour trouver de nouveaux acheteurs. L’élargissement du leasing social promis pour 2025 pourrait avoir des effets positifs. À ceci près que les élections législatives ont rebattu les cartes. Rien n’indique que le futur gouvernement poursuivra cette politique. Sans soutien étatique, le marché électrique français risque de s’écrouler. On l’a constaté récemment avec l’effondrement sans sommation des marchés allemands et italiens des voitures électriques. Ces multiples incertitudes laissent augurer d’un futur pour le moins flou avec des acheteurs potentiels plus attentistes que jamais dans un contexte politique instable. La tendance constatée en mai et juin augure d’une rentrée automobile difficile malgré l’arrivée de nombreuses nouveautés.