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93e année

SUV : je t’aime moi non plus !

Automobile. Leurs ventes, toujours en hausse, atteignent 40% du marché. Ils sont souvent honnis, alors que d’autres ignorent la signification de ces trois lettres... l’Observatoire de l’automobile du Cetelem fait le point.

Sur les onze premiers mois de l’année, trois SUV figurent dans le top 10 des meilleures ventes en France avec à la 3e place, la Peugeot 2008. Un succès grandissant.. Peugeot

Un SUV, c’est quoi ? La réponse peut sembler simple. Mais pour beaucoup, le concept reste plutôt flou. Quand on pose la question comme l’a fait l’Observatoire de l’automobile du Cetelem, le spécialiste du financement, on est surpris du résultat. Comment faire la différence entre un SUV et un crossover ? Qu’en est-il des SUV « coupés », sous-segment apparu récemment ? Si on explique que cet acronyme « made in USA » signifie Sport Utility Vehicle, on n’est pas davantage avancé. « Utility », on devine à peu près mais on cherche vainement le côté « sport »... La confusion est telle que pas plus de 46% des personnes interrogées par le Cetelem associent l’appellation SUV au Range Rover, l’archétype du genre. Dès lors, pas étonnant si seulement 16% de sondés estiment que la Renault Captur appartient à la catégorie.

Pire, 45% pensent avoir acheté un SUV alors que ce n’est pas le cas. En France, 34% des personnes interrogées font la confusion. Ceux qui ont choisi un SUV estiment que leur achat représente un bon rapport qualité-prix à 72% en moyenne avec une pointe à 93% pour l’Afrique du sud et 90% pour le Mexique. À l’inverse, les plus dubitatifs sont les Allemands (51%) et les Français (55%). En Europe, on fait en majorité un usage mixte de son SUV (57%) même si à 34%, il roule surtout en ville. Seulement 9% l’utilisent majoritairement ou totalement en zone rurale.

Hors Europe, l’usage mixte reste sous la barre des 40% alors que près de 60% établissent leurs quartiers en zone urbaine. De quoi hérisser le poil de leurs détracteurs. Surtout ceux qui n’ont pas de SUV. Les plus remontés sont les britanniques (84%), les allemands (80%) et les néerlandais (74%). Les Français suivent de près (70%). Plus étonnant, la moitié de ceux qui sont au volant d’un SUV estiment ces critiques justifiées avec un maximum en Italie (61%) alors que la France fait preuve d’un peu plus de cohérence (42%). Ceux qui n’en achètent pas y voient un effet de mode (43%) ou une volonté de se faire remarquer (34%), admettant cependant que ce choix peut répondre à un besoin (37%).

Succès planétaire

La critique majeure est connue : un SUV polluerait davantage qu’un modèle classique. Impossible à réfuter si on se place au niveau mondial. Beaucoup moins si on affine son point de vue à l’échelon européen, qu’on prend en considération l’électrification de nombreux SUV depuis plusieurs années et qu’on compare les SUV aux voitures classiques qu’ils remplacent, berlines familiales ou monospaces pour les gros modèles, compactes pour ceux de taille inférieure. Leurs valeurs d’émissions de CO2 respectives sont alors comparables.

Les SUV agacent également par leur encombrement dans la circulation urbaine, un point de vue épidermique variable selon la catégorie, et leur supposée nature accidentogène, essentiellement liée à leur taille, selon une étude de l’assureur AXA réalisée en Suisse. En France, pays de petits SUV en majorité, le problème est marginal. Montrés du doigt par ceux qui les honnissent, les SUV n’en poursuivent pas moins leur irrésistible conquête des marchés automobiles du monde entier.

Comme le souligne avec une pointe d’humour le Cetelem, il s’agit « d’une réussite qui en impose ». En 2013, les SUV totalisaient 30% des ventes de voitures neuves dans le monde et seulement 19% en Europe. L’an dernier : 45% et 38%. En moins d’une décennie, leur part a carrément doublé en Europe. Ce qui peut expliquer un rejet grandissant. La France se situe dans le peloton de tête des parts de marché les plus élevées (40%) derrière l’Espagne (43%), la Belgique (42%) et le Royaume-Uni (41%).

Avenir électrifié

Si les acheteurs optent pour un SUV, c’est d’abord parce qu’il s’agit d’un véhicule familial spacieux (34%), parce qu’ils apprécient la position de conduite surélevée (32%) leur donnant un sentiment de meilleure sécurité (31%) : des arguments classiques. Les utilisateurs de SUV sont majoritairement satisfaits de leur choix. S’ils devaient acheter une nouvelle voiture dans les 12 mois, ils resteraient fidèles à la catégorie à 60% en moyenne avec un taux culminant à 68% au Royaume-Uni. Les plus réservés approchent les 50% alors que les non possesseurs de SUV sont près de 30% à envisager de succomber.

En France, seulement 19% seraient susceptibles de les rejoindre. C’est un des pourcentages les plus bas en Europe avec les Pays-Bas (12%) et le Royaume-Uni (15%). Les SUV ont de beaux jours devant eux et leur succès sans frontières leur promet un avenir radieux. D’autant plus que leur mutation accélérée vers l’électrification, partielle avec les hybrides rechargeables ou complète pour les 100% électriques, gomme le reproche environnemental qui leur colle aux roues.

Dominique Marée