Vita Bourgogne, le bras armé de l’emploi de la filière viticole
Viticulture. Des centaines de postes vacants dans la filière viticole, menaçant la pérennité des exploitations : de cette urgence est né VitaBourgogne, un outil de promotion des métiers et de recrutement qui célèbre aujourd’hui ses cinq ans de succès.
Thiébault Huber, président de la Confédération des Appellations et des Vignerons de Bourgogne (CAVB), se souvient parfaitement de la genèse de Vita Bourgogne, quelques années en arrière : « Lors d’une enquête, nous avions pu mesurer qu’il y avait au minimum 700 offres d’emploi non pourvues dans les domaines et dans les maisons de négoce. À l’époque, nous avons fait le constat que les outils existants, comme l’ANPE ou Pôle Emploi, ne suffisaient pas à répondre à nos besoins de recrutement et que nos formations n’étaient pas forcément remplies ». Plutôt que d’attendre une solution venue de l’extérieur, les vignerons et les négociants ont choisi de s’unir. Un « brainstorming » salvateur qui a accouché d’un dispositif inédit, baptisé Vita Bourgogne, porté par l’interprofession (Comité Bourgogne) et soutenu par la Région BFC. « Nous avons donc décidé de nous prendre en main. C’est une véritable réussite car le projet est porté par la filière elle-même ».
En cinq ans, Vita Bourgogne est devenu le point de passage obligé pour quiconque souhaite travailler dans le vin. La plateforme a simplifié la vie des employeurs en centralisant la diffusion des annonces. « En une seule interface, ils peuvent diffuser leurs offres sur treize plateformes différentes et profiter de tarifs négociés avec la plateforme payante Vitijob », souligne Thiébault Huber.
Une force de frappe humaine
L’enjeu est désormais financier et stratégique dans un contexte économique plus incertain - le spectre des tarifs douaniers en hausse aux États-Unis plane sur toute la Bourgogne. « Le rayonnement de Vita Bourgogne passe par l’investissement, car c’est avant tout de la communication : aller chercher les jeunes, les former dans les écoles, être présents sur les salons pour qu’ils entendent parler des métiers de la vigne et du vin », insiste le président de la CAVB. C’est ainsi que portées par un trio dynamique (Laura, Mathilde et Océane), Vita Bourgogne porte des initiations aux arômes ou de la pédagogie autour du cycle de la vigne puis des différents métiers auprès des scolaires, des plus petits aux étudiants ; une action est aussi développée avec des détenus proches de l’élargissement pour une réinsertion dans les filières viticoles.
S’adapter aux « bras » et aux « cerveaux » de demain
Pour Albéric Bichot, représentant des maisons de négoce, la bataille de l’emploi n’est pas seulement quantitative, mais qualitative. Pour lui, le mot « main-d’oeuvre » est presque réducteur : « Au-delà de la “main-d’oeuvre”, il s’agit de bras et de cerveaux pour des métiers parfois mal connus ou mal perçus. » Le défi pour les dix prochaines années sera de répondre aux mutations profondes de la société. Les jeunes générations, en premier lieu la Gen Z, n’abordent plus le travail comme leurs aînés. « Ces dernières sont moins tournées vers la sécurité de l’emploi ou les carrières de 40 ans dans la même maison. Nous devons aussi intégrer les problématiques de logement et de mobilité », analyse Albéric Bichot. Vita Bourgogne ne se contente plus de poster des annonces ; elle devient un observatoire social et un médiateur indispensable. Et si la Bourgogne fait désormais figure de pionnière, elle est regardée par les autres grands vignobles français. Albéric Bichot s’en réjouit : « C’est un outil unique et innovant, qui inspire désormais d’autres régions comme le Cognac ou la Champagne. » Prochain objectif : faire en sorte que dans dix ans, la question de la pénurie de personnel ne soit plus qu’un vieux souvenir dans une filière où les salaires attractifs et les possibilités de montée en compétences et en qualifications sont à la portée même des plus jeunes.