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92e année

Automobile : pour ou contre le super malus écologique ?

Débat. Cinq ans après avoir lancé son rendez-vous hebdomadaire, Erolf Productions décline depuis la rentrée Le Talk en trois programmes dont un rendez-vous mensuel : Le Grand débat.

Invités du premier Grand débat du Talk par Vincent Harbulot (au centre), Bruno Sotty, Céline Noël, Frédéric Petitjean et Catherine Hervieu (de gauche à droite) ont débattu sur l’utilité et la nécessité d’un super malus écologique. Erolf Productions

Depuis la rentrée de septembre, l’entreprise dijonnaise Erolf Productions propose trois nouvelles déclinaisons du Talk. L’émission hebdomadaire créée il y a cinq ans par Vincent Harbulot a en effet évolué en septembre avec trois nouveaux rendez-vous : deux matinales par semaine, une émission hebdomadaire et une émission mensuelle. Cette dernière, intitulée Le Grand débat propose un échange d’une demi-heure en plateau avec plusieurs invités.

Pour la première, en ligne depuis le 31 octobre, Vincent Harbulot recevait la conseillère municipale écologiste de la ville de Dijon Catherine Hervieu et la directrice de la Bécane à Jules Céline Noël, mais aussi Frédéric Petitjean, directeur du Centre Porsche Dijon, et l’avocat et ancien pilote automobile Bruno Sotty. Au programme, un débat autour du super malus écologique qui se durcit passant de 30.000 à 40.000 euros au 1er janvier 2022 pour tous les véhicules émettant plus de 218 grammes de CO2 par kilomètre parcouru.

Alors que la COP26 s’ouvrait à Glasgow le jour de la publication de ce grand débat, les quatre invités de Vincent Harbulot ont été unanimes sur la question de l’urgence climatique. Néanmoins, pour Bruno Sotty, « taper uniquement sur les automobilistes me paraît restrictif ». Un point que partage Catherine Hervieu en affirmant la nécessité de « débattre pour mettre ensemble les synergies pour faire la transition énergétique. Il n’y a pas qu’une seule solution ».

Vrai ou faux débat ?

Directeur du Centre Porsche de Dijon, Frédéric Petitjean se dit pour le super malus automobile : « Il faut qu’il soit adapté à la pollution. Ce qu’on constate en revanche, c’est qu’on tape fort sur les voitures sportives alors que je vois que, parmi mes clients, la plupart font moins de 2.000 kilomètres par an… Sont-ce vraiment eux qui polluent ? » Ce dernier attirera toutefois l’attention sur une contradiction : « l’acquéreur paiera le super malus écologique à l’achat d’une voiture neuve, alors que s’il l’achète d’occasion six mois après, il ne le paiera pas ».

L’ancien pilote automobile aujourd’hui avocat au barreau de Dijon Bruno Sotty ne mâche quant-à-lui pas ses mots en affirmant que « ce sont des mesures démagogiques prises par des énarques parisiens qui ont voulu faire plaisir à tout le monde et calmer le bon peuple… C’est une escroquerie intellectuelle et financière ».

Si cette taxe est davantage perçue comme « un symbole » selon Céline Noël, l’écologiste Catherine Hervieu a souhaité rappeler que « 30 % des émissions de gaz à effet de serre sont liées aux transports tels qu’ils sont actuellement. Le malus sur les grosses voitures automobiles sportives, c’est une chose, mais c’est aussi une symbolique affichée par le gouvernement actuel. Quand en parallèle on a supprimé les trains de nuit et qu’à côté on soutient les collectivités en faveur du développement des aménagements cyclables… on voit bien que c’est beaucoup plus largement qu’il faut prendre en compte la question de l’automobile. Il y a urgence à soutenir la recherche et le développement dans les entreprises de la filière automobile pour changer les process de motorisation. Puisque c’est l’ensemble de la chaîne qui produit du gaz à effet de serre, il faudrait aussi voir comment faire évoluer les véhicules thermiques avant de produire de nouveaux véhicules ». Entre autres solutions, Frédéric Petitjean est allé jusqu’à imaginer des malus au kilomètre parcouru : « Plus on roule, plus on pollue et plus on paie ».

Pourquoi pas un bonus ?

« Plutôt que de parler de malus écologique, j’ai plutôt envie qu’on soit dans des process de bonus écologique, confie Catherine Hervieu. C’est-à-dire d’appuyer là où on va dans le bon sens ». Directrice de la Bécane à Jules, Céline Noël prône la recherche d’une solution globale : « Il n’y a pas que l’automobile ! Il est vrai qu’en matière d’écologie et je l’ai toujours dit, le point le plus délicat sur lequel il faudra convaincre les personnes sera le déplacement. Sur les questions de l’alimentation on a progressé, concernant les déchets, cela commence aussi à rentrer dans les moeurs mais au niveau des déplacements, ce sera le dernier combat parce que c’est celui qui touche vraiment tout le monde ».

Enfin, Frédéric Petitjean a souhaité attirer l’attention sur des mesures à l’échelles européennes : « Vous achetez une voiture en France, vous payez un malus écologique, vous achetez la même voiture de l’autre côté de la frontière, à 300 kilomètres d’ici, vous n’en aurez pas… Pourtant, la pollution ne s’arrête pas aux frontières ».

Le Talk - Le Grand Débat #1 : Automobile, pour ou contre le super malus écologique ?

Antonin Tabard