Informations régionales économiques et juridiques
92e année

Bio Innovation : « cinq ans d’avance sur le reste du monde »

Avenir. Mardi 30 mars a eu lieu, à Besançon, l’inauguration du bâtiment Bio Innovation, véritable hub vers lequel convergeront les dispositifs d’accompagnement, les expertises, les appuis scientifiques et depuis lequel les porteurs de projet accèderont à des plateformes technologiques dont celles de l’EFS. Cet outil de développement de la médecine de demain doit permettre de positionner Besançon et la région comme un territoire de bioingénierie et de production biomédicale de renommée internationale.

vue extérieur de Bio Innovation à Besançon JDP

La présidente de la région Bourgogne Franche-Comté, Marie-Guite Dufay n’a pas caché son enthousiasme lors de la cérémonie d’inauguration du centre de développement pour la médecine de demain, Bio innovation, sur le technopole Temis santé de Besançon. «  Ce qui se joue ici, c’est un double enjeu  : celui de la santé de demain et celui de l’attractivité de notre territoire. Avec Bio Innovation la technopole santé bisontine muscle son écosystème préfigurant pour l’agglomération une position de future capitale mondiale des médicaments innovants et des biothérapies. Ici, nous avons cinq ans d’avance sur le monde entier !  ».

Vue intérieur de Bio Innovation à Besançon Jean-Charles Sexe

« Ce qui se construit ici est extrêmement important. C’est à Besançon que des chercheurs de l’Établissement français du sang (EFS) ont intégralement conçu, en collaboration avec le service d’hématologie du CHRU de Besançon, le premier Car-T cell visant la leucémie myéloïde chronique (LMC), un cancer rare du sang et de la moelle. Cette immunothérapie cellulaire, basée sur le prélèvement chez le patient de lymphocytes T en vue de les modifier génétiquement pour leur permettre, au moment de leur réimplantation chez le patient, de cibler précisément les cellules cancéreuses afin de les détruire, a fait l’objet d’une publication, en janvier 2019, dans la prestigieuse revue scientifique américaine Cancer Research. Un brevet international a également été déposé et un deuxième est en cours d’enregistrement pour un autre Cart-T cell. Ces réussites bisontines, des premières mondiales, prouvent que cela est possible en France, que notre recherche n’est pas atone. Le Projet de centre Bio Innovation vise à promouvoir la structuration de cette filière des Médicaments de thérapie innovante (MTI), de cette médecine du future pour laquelle notre pays doit s’offrir une place de premier ordre. Ce que l’on inaugure aujourd’hui à Besançon c’est la première pierre de la future souveraineté sanitaire de la France, rien de moins  », affirme François Toujas, président national de l’EFS. « Bio Innovation, c’est le fruit de la stratégie de spécialisation porté par Grand Beançon Métropole, basée sur nos savoir-faire historiques. C’est notre capacité à nous fédérer, à parler d’une seule voix, c’est également la force de la transdisciplinarité qui permettra à cet écosystème de la santé de réussir la bioproduction de MTI à des coûts raisonnables », argue Anne Vignot, présidente de Grand Besançon Métropole et maire de la ville. « Des MTI, comme celui réalisé pour la première fois par l’EFS de Bourgogne Franche-Comté coûterait 300.000 euros à produire aux États-Unis  », complète François Toujas. « Au sein de l’écosystème bisontin Temis Santé, Bio Innovation a vocation à être à la fois un guichet d’entrée  ; une plateforme d’expertises et de services en ingénierie de projets au service de la maturation, de l’incubation et de la création d’activités nouvelles et de start-up ; un hôtel à projets et à entreprises et un lieu de promotion  », précise Anne Vignot.

synergies et circuits courts

Concrètement Bio Innovation qu’est-ce que c’est ? Fruit d’une réflexion, lancée en 2012 et d’une collaboration entre le territoire et les acteurs de la filière santé, Bio Innovation se définit comme centre de développement, à destination des acteurs des medtech et biotech, pour faciliter les preuves de concepts, la maturation de projets de recherche-développement et accélérer l’innovation dans les médicaments biologiques et leurs process de production. Implanté sur le secteur bisontin des Hauts-du-Chazal, au cœur de la technopole Temis Santé (74.000 mètres carrés développés et 15.000 mètres carrés en projet), Bio Innovation constitue un guichet d’accès pour l’ensemble des parties prenantes de cet écosystème spécialisé dans le biomédical, les biothérapies et la bioproduction, qui réunit  : le pôle de compétitivité «  PMT Santé  », l’institut Right (UMR Inserm) membre de l’institut Carnot Opale (leucémies), le centre d’investigation clinique du CHRU, l’Institut supérieur d’ingénieurs en Biomédical ISIFC et sa junior entreprise Biotika, l’EFS BFC et sa plateforme récemment labellisée par l’État « Intégrateur technologique national » du grand défi de la bioproduction et du biomédicament. Il existe six structures en France ainsi titrées, dans le but de catalyser les projets visant à réduire les coûts de production des biomédicaments et les rendre acceptables par les systèmes de santé.
Bio Innovation, c’est un investissement de plus de 7,4 millions d’euros pour 4.000 mètres carrés de solutions d’hébergement, de laboratoires, de supports scientifique, technologique et entrepreneurial pour la conduite de projets de R & D et d’innovation. Si le rez-de-chaussée accueille des espaces de réception, de conférences, des bureaux, des salles de réunions et un show-room, c’est bien au sein des quatre étages du bâtiment que se trouvent les clés de l’attractivité de Bio Innovation, avec notamment 530 mètres carrés de laboratoires de biologie moléculaire et de plateformes biotechnologiques opérés par l’EFS dont les équipements seront apportés par les parties prenantes au projet : EFS, CHRU, UFC- ISIFC, institut Right et Femto-ST…

Coupure du ruban inaugural avec de gauche à droite : Chantal Carroger, directrice générale du CHRU de Besançon, Macha Woronoff, présidente de l’Université de Franche-Comté, Marie-Guite Dufay, présidente de la région Bourgogne Franche-Comté, Joël Mathurin, préfet du Doubs, Anne Vignot, présidente de Grand Besançon Métropole et maire de la ville et François Toujas, président national de l’EFS. JDP

Ces équipements et les moyens humains (ingénieur-chercheur) associés constituent un élément de fort intérêt pour les entreprises et centres de recherche. Celles-ci peuvent en effet devenir utilisatrices de temps-machine et temps-homme sans avoir à en supporter l’investissement. Prennent également place dans ce lieu totem : la junior entreprise Biotika, véritable dispositif de pré-incubation de projets medtechs et le centre d’investigation clinique et de recherche en oncologie du CHRU de Besançon. Enfin, un ensemble de locaux, disponibles à la location, spécialement conçus pour l’installation de laboratoires et salles blanches, permet l’accueil des équipes-projet des laboratoires de recherche privés ou publics, des Jeunes entreprises innovantes (JEI), des TPE et PME utilisatrices du site. « Avec Bio Innovation nous mettons en relation les étudiants, les chercheurs, le monde économique... Nous favorisons les fécondations croisées, l’intelligence collective et la logique de circuits courts dans l’émergence de projets novateurs », appuie Macha Woronoff, présidente de l’Université de Franche-Comté (UFC). « Bio Innovation, c’est une plateforme d’exception qui in fine bénéficiera aux patients », défend Chantal Carroger, directrice générale du CHRU de Besançon.

Frédéric Chevalier