Catherine Vautrin en visite à Valduc
Côte-d’Or. Catherine Vautrin était le 5 mars en visite sur le CEA Valduc, l’un des sites où s’élabore les composants des armes nucléaires au service de la dissuasion. Dans la droite ligne du discours du Président de la République qui a annoncé l’augmentation du nombre de têtes nucléaires de l’arsenal français, la ministre des Armées est venue saluer les personnels et visiter les unités stratégiques.
C’est à une visite exceptionnellement rare à laquelle la presse a été conviée ce jeudi 5 mars sur le site de Valduc dans le sillage de la ministre des Armées et des Anciens combattants, puisque les journalistes ont pu pénétrer sur le site du CEA Valduc dans deux espaces de la Direction des applications militaires, là où sont élaborés certains composants des têtes nucléaires de l’arsenal français et où sont menées des études de qualification des matériaux. La venue de Catherine Vautrin intervient trois jours après le discours du Président de la République Emmanuel Macron sur la base opérationnelle de l’Île-Longue, où il a annoncé le renforcement du nombre de têtes nucléaires qui constituent le coeur de la force de dissuasion militaire de notre pays.
Valduc, au nord de la Côte-d’Or, est en effet un maillon essentiel de l’élaboration des armes nucléaires françaises à travers trois axes : un programme de simulation et qualification des armes, mené dans le respect du Traité d’interdiction complète des essais nucléaires (Tice), ratifié en 1998 par le Royaume-Uni et la France – les quantités de matière fissile utilisée sont en quantité sous-critique ; la réalisation de composants des armes de la dissuasion ; et la production de tritium, en lien avec le CEA de Cadarache dans les Bouches-du-Rhône et la centrale EDF de Civaux (Vienne) pour laquelle, assure Catherine Vautrin « nous sommes effectivement non seulement en capacité mais en capacité de produire souverainement ».
Le procédé utilisé (extraction à partir de céramiques irradiées) doit permettre la production de tritium « d’ici à la fin de la décennie », assure Hervé Chollet, le directeur du CEA Valduc, qui a également expliqué que Valduc a la charge de la « partie nucléaire » de ce qui compose les têtes nucléaires de la dissuasion. C’est sur la base d’Île-Longue que se fait l’assemblage final. Sur ce point, la ministre a également certifié que la France avait parfaitement la capacité de répondre à la demande du Président de la République d’augmenter l’arsenal de têtes nucléaires, et ce en dépit du fait que notre pays ne produit plus de matière fissile (plutonium et uranium enrichi) : « La France a eu des stocks pendant la Guerre Froide beaucoup plus importants qu’aujourd’hui et ces stocks de matières premières ont été conservés et peuvent être réutilisés. C’est la raison pour laquelle nous pouvons produire ces têtes ».
Microcible et Epure, les unités certifiantes
Sur place, deux sites étaient ouverts à la visite : Microcibles et Epure. Le premier, qui compte 45 salariés, est une plongée fascinante au coeur de l’infiniment petit : c’est en effet ici que sont fabriquées des cibles de moins d’1/10e de mm qui permettront de valider les effets d’une arme nucléaire moderne, notamment par comparaison avec les 210 essais nucléaires effectués par notre pays entre 1960 et 1996 au Sahara puis en Polynésie. Ces microcibles, obtenues par une série d’usinage ultra précis, sont ensuite expédiées sur le site laser Mégajoule (LMJ) du CEA-Cesta, près de Bordeaux. Le LMJ est une installation exceptionnelle de 300 m de long, 100 m de large et 50 m de haut, conçue pour faire converger 176 faisceaux laser sur cette cible millimétrique produite localement en un milliardième de seconde. L’opération permet de chauffer et de comprimer la matière jusqu’aux conditions que l’on retrouve lors du fonctionnement des armes nucléaires. Ce test grandeur nature en milieu confiné permet de valider scientifiquement les modèles.
Epure accueille les installations du programme Teutatès. Le dieu celte de la guerre veille sur cette unité où l’on peut, grâce à la radiographie éclair, visualiser les effets des expériences d’hydrodynamique qui soumettent la matière à des vitesses de déformation extrêmes (quelques milliers de kilomètres par seconde) grâce à la mise en oeuvre d’explosifs conventionnels : on est là dans le domaine de la qualification des matériaux. De tels dispositifs existent dans tous les États dotés de l’arme nucléaire mais ce qui rend Teutatès exceptionnel, c’est qu’il est le seul au monde à disposer de trois axes de radiographie ; un premier essai eu lieu l’année dernière. Autre particularité, le partage des moyens entre deux pays. Teutatès est né en effet de la volonté conjointe de la France et de la Grande-Bretagne de réaliser une installation permettant de sauvegarder et améliorer leurs arsenaux en mutualisant les moyens mais pas les résultats (Accords de Lancaster House, 2010). Les recherches du CEA-Dam, comme l’explique son directeur Jérôme Demoment, « visent à assurer la sûreté et la fiabilité des armes nucléaires » sans recourir à des essais nucléaires et en utilisant des quantités de matière qualifiées de « non critique », en conformité avec le Tice, et ne risquant pas de dégénérer en réaction en chaîne. Les résultats des expériences sont systématiquement comparés aux données récoltées lors des véritables essais menés depuis les années 60 par la France. L’objectif de ces recherches est de garantir aux États-Majors et au Président de la République la performance d’un arsenal souverain, entièrement conçu sur le sol français. « Pour être libre, il faut être craint, pour être craint il faut être puissant », a dit Emmanuel Macron lors de son discours le lundi 2 mars. Le coeur de cette puissance se façonne en Côte-d’Or.