Communes forestières et industriel du bois s’allient pour sauver la forêt
Yonne. Face au dépérissement accéléré des forêts communales et à l’explosion des coûts de reboisement, l’association des Communes forestières de l’Yonne a noué un partenariat inédit avec le groupe industriel Kronospan (panneaux de bois). Objectif : permettre à de petites communes rurales de replanter des essences plus adaptées au changement climatique.
Sécheresse, vagues de chaleur, attaques de ravageurs : comme partout en France, l’Yonne voit ses forêts communales fragilisées par le changement climatique : « Cette année encore, on l’a vu sur les plateaux du Tonnerrois, où la forêt est à 80 % composée de hêtres. Près de 70 % des communes sont touchées, mais ce n’est pas si simple : selon les coups de chaud, les surfaces de forêt communale impactées peuvent doubler… ou ne pas bouger du tout. C’est très variable et franchement compliqué à anticiper », explique Franck Mansanti, président de Communes forestières Yonne, qui regroupe 75 communes. Un défi majeur pour les collectivités, alors qu’un reboisement coûte aujourd’hui entre 12.000 et 20.000 € par hectare, soit environ 40 % de plus qu’il y a vingt ans, tandis que le budget forestier annuel de certaines petites communes rurales ne dépasse pas 2.000 à 5.000 €.
Un accord inédit public/privé
C’est dans ce contexte qu’après deux années d’échanges entre Communes forestières Yonne et le groupe industriel autrichien Kronospan, spécialisé dans les panneaux à base de bois et bien implanté dans l’Yonne (ses deux plus importantes usines d’Europe de l’Ouest sont situées à Auxerre et au Creusot), un partenariat inédit à l’échelle départementale a vu le jour : « Avant, ces financements étaient attribués sur des forfaits déconnectés de la réalité. On parlait de 20.000 € pour 20.000 arbres, alors qu’un plant ne coûte qu’un euro. Planter, c’est aussi préparer le sol, poser des protections, assurer le suivi : autant de coûts qui font vite grimper la facture », souligne Franck Mansanti.
En 2025, par mécénat, la fondation patrimoine du groupe mobilise ainsi 37.500 € pour financer la plantation de 2.500 arbres dans trois forêts communales du Tonnerrois, à Nuits-sur-Armançon, Villiers-les-Hauts et Villon : « On essaie d’introduire des essences plus méditerranéennes, mais il ne s’agit pas de planter des hectares entiers. On intervient sur de petites placettes, des zones de sol plus difficiles identifiées par l’ONF, où l’on replante des essences censées être mieux adaptées aux conditions climatiques actuelles », précise-t-il.
Démarrée au début du mois à Nuits-sur-Armançon, dans le cadre du programme « Dans 1000 communes, la forêt fait école », l’opération a associé des élèves de CE2-CM1 de Flogny-la-Chapelle à la plantation de chênes de Hongrie, de calocèdres et de tilleuls à grandes feuilles, choisis pour leur meilleure résistance aux stress hydriques et aux fortes chaleurs. Le chantier a mobilisé des agents de Kronospan, de l’Office national des forêts (ONF) et de l’entreprise Naudet, chargée de fournir les plants, de préparer les sols, d’installer les protections contre le gibier et d’assurer le suivi des plantations sur plusieurs années.
Entre urgence écologique et débat éthique
Toutefois, le recours à des financements privés pour reboiser les forêts communales divise. Kronospan, leader de la fabrication de panneaux à base de bois (7,3 Mds€ de CA dans 40 pays), est régulièrement mis en cause par des ONG et des collectifs locaux qui dénoncent la pression exercée sur la ressource forestière pour répondre aux besoins industriels, ainsi que certaines nuisances environnementales liées à ses sites de production (émissions, odeurs, trafic routier). Pour Franck Mansanti : « Quand certaines communes n’ont que 2.000 € à 5.000 € de budget forestier et que les recettes issues de la vente de bois ont parfois chuté de 20 à 60 %, il n’y a souvent pas d’alternative. Je ne juge pas les modes de production : Kronospan travaille le bois comme d’autres avant lui. L’essentiel, c’est que des fonds soient investis. Critiquer est facile, agir et financer des projets l’est beaucoup moins ».
Une réalité locale qui renvoie à un enjeu national. La France compte environ 11.000 communes forestières, propriétaires de plus de 3,7 M d’hectares de forêts communales, soit près d’un tiers de la surface forestière nationale. Longtemps marquée par une progression annuelle de 80.000 à 90.000 hectares, faisant du pays l’un des rares en Europe à voir sa forêt s’étendre, cette dynamique est aujourd’hui fragilisée par le changement climatique et par la difficulté croissante des collectivités à financer le renouvellement des peuplements.