Conjoncture BFC : des entreprises solides mais attentistes
Région BFC. Face à la volatilité et aux incertitudes actuelles, les entreprises de Bourgogne Franche-Comté affichent une résistance financière remarquable. Portée par la reconstitution des marges et l’export, la région préserve sa solidité, mais reste frileuse côté investissements.
L’année 2025 se solde par un bilan économique globalement rassurant pour la Bourgogne Franche-Comté, selon la Banque de France qui dévoilait mercredi 30 septembre la restitution de son étude annuelle sur la conjoncture économique régionale. Pour la première fois depuis trois ans, cette dernière a progressé en volume et non sous le seul effet de la hausse des prix.
L’analyse approfondie de 35.000 bilans d’entreprises - un échantillon représentatif collecté par la Banque de France couvrant notamment 75 % des effectifs de l’industrie et 62 % de la construction - révèle une croissance du chiffre d’affaires cumulé de 1,1 %, dans un contexte d’inflation retombée à 0,9 %.
Cette dynamique d’ensemble est notamment portée par le secteur des services aux entreprises (+3,1 %), tandis que l’hôtellerie-restauration connaît une progression plus modérée (+0,3 %). L’industrie parvient également à progresser de 1 %, affichant une résistance bienvenue qui compense le repli marqué de la filière automobile (-1,2 %). À l’inverse, le secteur du bâtiment et des travaux publics reste privé de croissance globale, plombé par la crise du logement neuf et du gros oeuvre. Seul le second oeuvre, grâce à la rénovation thermique, affiche de bons résultats en BFC. Un moteur clé de cette fermeté industrielle réside dans l’ouverture à l’international : la part du chiffre d’affaires réalisée à l’exportation dans l’industrie a accéléré pour atteindre 29,5 %, gagnant près de trois points en trois ans.
Sur le plan financier, la création de richesse sur le territoire - mesurée par la valeur ajoutée - s’est appréciée de 2,8 %. Plus significatif encore, le premier niveau de rentabilité opérationnelle, l’excédent brut d’exploitation (EBE), a progressé de 5,5 % à l’échelle régionale, avec un bond rapide de 6,4 % dans l’industrie. Les entreprises régionales ont réussi à préserver leurs marges tout en absorbant une hausse de 2 % de leur masse salariale liée aux négociations obligatoires, portant le coût moyen d’un salarié à 52.700 € par an (soit 1.400 € de plus qu’un an auparavant). La baisse progressive des taux d’intérêt au premier semestre et l’amélioration de la rentabilité brute ont en outre permis d’alléger le poids des charges financières.
Comme le soulignait Laurent Fraisse, directeur régional de la Banque de France en Bourgogne-Franche-Comté : « Nous avons un tissu d’entreprises en Bourgogne Franche-Comté qui résiste bien. Cela montre la résilience des chefs d’entreprise qui, dans un environnement compliqué, arrivent à tirer leur épingle du jeu. »
Des investissements en berne
Toutefois, cette santé globale apparente masque des disparités individuelles très fortes. Si la macroéconomie agrège et lisse les résultats, la réalité du terrain s’avère nettement plus contrastée. La médiane de la variation de l’EBE s’établit à -10 %, indiquant que près de 57 % des sociétés de la région ont vu leurs marges s’effriter. Ce grand écart pénalise principalement les TPE, alors que les PME et ETI de taille plus importante résistent mieux.
Le véritable point de fragilité de l’économie régionale réside dans le net repli des investissements. Rapporté à la valeur ajoutée, l’effort d’investissement des entreprises a chuté de 2,5 points en un an. Cela représente un déficit d’engagement de 600 M€ pour la Bourgogne Franche-Comté, dont 300 M€ de moins pour le seul secteur industriel.
« Face aux turbulences géopolitiques au Moyen-Orient, aux fluctuations énergétiques, aux tensions commerciales internationales et à la remontée des taux de la dette souveraine française, c’est le signal de l’attentisme des chefs d’entreprise qui ont du mal à avoir de la visibilité et donc diffèrent leurs investissements », explique Laurent Fraisse. Le directeur régional précise d’ailleurs que ce blocage n’est nullement lié aux conditions de crédit ou à la sévérité des banques : « Ce ne sont pas les taux d’intérêt qui font qu’on investit ou pas. La vraie question pour le chef d’entreprise, c’est de savoir si son carnet de commandes va se remplir ou non. »
Par ailleurs, la part des fonds propres s’est renforcée dans la quasi-totalité des filières et le taux d’endettement bancaire a diminué. « Ce qui de prime abord peut apparaître comme un point positif doit être relativisé car il traduit la frilosité d’investissement évoquée plus avant », précise Laurent Fraisse.
Du côté des défaillances d’entreprises, la région témoigne d’une stabilité relative par rapport à la moyenne nationale. Là encore, des disparités territoriales émergent : la Côte-d’Or, particulièrement dynamique en créations d’entreprises (+124 %), affiche un nombre de défaillances (143.000) plus élevé que tous les autres départements de BFC (et que la moyenne française), lié au taux de mortalité naturel des jeunes structures, tandis que des départements comme la Nièvre ou la Haute-Saône restent très stables (légèrement autour de 100.000 défaillances).
« Là encore, ces chiffres sont à interpréter avec prudence, prévient Laurent Fraisse. Pour un département comme la Côte-d’Or qui affiche une forte dynamique de création d’entreprises, un taux de défaillance élevé n’est pas forcément un signe de mauvaise santé économique, au contraire. De même, le nombre de défaillances stable de la Nièvre et de la Haute-Saône n’est pas un indicateur d’une forte vitalité économique ».
Laurent Fraisse souligne également une limite importante propre à la méthodologie statistique : « l’étude s’appuie sur les bilans sociaux des entreprises dont le siège juridique est situé en Bourgogne Franche-Comté. De ce fait, plusieurs moteurs essentiels de la croissance régionale tels que Framatome, Arabelle Solutions ou Alstom n’apparaissent pas dans cette synthèse financière. Ces géants industriels opèrent sur le territoire sous la forme d’établissements de production et non de sociétés autonomes ; leurs résultats financiers ainsi que leurs projets d’investissement majeurs - à l’image des 600 M€ rattachés au projet Forge+ de Framatome - remontent directement à leurs sièges sociaux, généralement situés en Île-de-France. La non présence active de ces “boosters” signifie que les performances économiques réelles de l’industrie régionale sont en pratique encore supérieures à ce que révèlent les seuls bilans comptabilisés localement ».