Côte-d’Or. Les 21 et 22 septembre, Dijon...
Côte-d’Or. Les 21 et 22 septembre, Dijon accueille les 4ᵉ Assises territoriales de l’agroécologie et de l’alimentation. Entre débats politiques, recherche-action et témoignages de terrain, 1.500 participants se rassemblent pour dessiner les contours d’une souveraineté alimentaire durable et démocratique.
Sous le slogan « Ce que nous mangeons change le territoire où nous vivons », Dijon devient pendant 48 heures le carrefour national des politiques alimentaires territoriales. Après Montpellier et Nantes, la métropole ducale reprend le flambeau pour accueillir un événement majeur qui a franchi cette année un cap historique. Présidé par Philippe Lemanceau - vice-président de Dijon Métropole et président du comité des assises - le rassemblement affiche plus de 1.500 inscrits issus de toute la France et du monde entier. Pensé comme un espace permanent de croisement des savoirs, ce rendez-vous rassemble 400 intervenants aux profils délibérément variés : chercheurs, élus, acteurs économiques, représentants citoyens et responsables associatifs.
Cette méthode des « regards croisés » constitue l’ADN de la manifestation. Pour Philippe Lemanceau et les instances organisatrices - qui regroupent le réseau Terres en Villes, la chaire Unesco, la Fondation Carasso, le CNFPT, l’Ademe, l’Agence de l’eau, les villes organisatrices et France Urbaine - « la transition des systèmes agricoles ne peut pas s’imposer d’en haut de façon unilatérale. Elle exige la construction d’une vision systémique reliant intimement l’urbain et le rural. Les territoires ruraux apportent les capacités de production nécessaires aux villes, tandis que la densité urbaine offre des débouchés économiques durables pour valoriser les pratiques agricoles vertueuses et respectueuses des sols ».
En plus des conférences, de sessions thématiques, la programmation témoigne d’un engouement inédit auprès des acteurs de terrain. Alors que l’appel à propositions avait suscité plus de 411 candidatures d’ateliers, le comité de sélection n’a pu en retenir que 85 en raison des contraintes d’agenda et d’espaces. Ces sessions en format réduit sont conçues pour privilégier l’interaction directe et les retours d’expériences concrets sur la restauration collective, l’accessibilité sociale, la préservation des ressources en eau ou le soutien aux filières locales. En parallèle, 18 visites de terrain sont organisées pour faire découvrir aux congressistes les réalisations concrètes de la métropole dijonnaise issues du programme ProDij, qui vise à faire du territoire un modèle et un démonstrateur de la transition alimentaire durable et agroécologique, sous la devise « mieux manger, mieux produire ».
L’événement se distingue également par sa grande représentativité et son ancrage inclusif. Pas moins de 47 organisations professionnelles agricoles - allant des chambres d’agriculture aux coopératives et réseaux Civam - participent activement aux travaux. Les instances politiques et territoriales y occupent aussi une place centrale avec la présence confirmée de 35 élus nationaux et locaux. Un temps fort spécifique leur est d’ailleurs réservé, le lundi soir sous la présidence de François Rebsamen, président de Dijon Métropole, afin de favoriser le partage d’expériences et d’exprimer leurs attentes politiques. Parallèlement, l’accessibilité sociale et la lutte contre la précarité alimentaire font l’objet d’une attention toute particulière avec l’implication de trois associations spécialisées (dont les épiceries sociales et solidaires Épisourire, La fourmilière et Gramme près), venues accompagnées de leurs bénéficiaires.
L’événement affirme sa dimension internationale avec neuf délégations étrangères qui ont fait le déplacement jusqu’en Bourgogne pour échanger sur la résilience alimentaire. La conférence introductive est portée par Stefanos Fotiou, économiste de l’environnement membre du conseil d’administration de l’Université agricole d’Athènes, ayant occupé, pendant plus de 20 ans, des postes de direction au sein de trois agences des Nations Unies : le PNUE, la CESAP et la FAO. Il partagera sa vision des concepts de souveraineté et de justice alimentaire à différentes échelles géographiques. Pour Philippe Lemanceau, l’échelon européen représente un terrain de bataille décisif : il pointe par exemple la nécessité absolue d’adapter les règles européennes relatives aux marchés publics pour y intégrer des critères de proximité géographique, indispensable levier pour structurer la commande publique des cantines.
Un plaidoyer politique
L’une des plénières les plus attendues met en lumière la perception de la durabilité par la jeunesse. Fruit d’un travail collectif mené tout au long de l’année par l’Institut Agro Dijon et la collectivité auprès de lycéens et d’étudiants, cette séquence offre une tribune à 170 jeunes et étudiants venus présenter leur vision de « l’assiette idéale ». Leurs travaux interrogent directement les équilibres futurs entre préservation de la biodiversité, plaisir gustatif, justice sociale et traditions culturelles. La manifestation trouve son apogée lors de la restitution de la « Déclaration des Assises », un texte politique ambitieux porté collectivement par le comité d’organisation. « Fruit de longs arbitrages où chaque mot a été scrupuleusement pesé, ce document formule un diagnostic lucide et proclame des convictions fortes autour de trois piliers fondamentaux : la souveraineté alimentaire, la résilience territoriale et la démocratie alimentaire », précise Philippe Lemanceau. La Déclaration décline 18 propositions d’actions concrètes destinées à faire évoluer conjointement la production agricole et les modes de consommation. Durant le rassemblement, les 1.400 participants sont invités à voter en direct pour sélectionner les cinq actions prioritaires qu’ils souhaitent porter auprès des pouvoirs publics.
La déclaration des Assises de Dijon sera ensuite soumise pour signature aux territoires et partenaires. Ce plaidoyer vise à faire entendre la voix des collectivités au sommet de l’État pour ériger l’alimentation au rang de droit fondamental, à l’égal du logement. Fidèles jusqu’au bout à leurs engagements écologiques, les 4e Assises territoriales s’affichent enfin sous un label certifiant une empreinte carbone particulièrement faible, prouvant par les actes que l’urgence climatique se conjugue au présent.
Programme complet sur : assises-agroecologie-alimentation.fr