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93e année

Des avancées majeures à Besançon dans la recherche contre le cancer du sein

Santé. Le laboratoire bisontin Épilab vient d’isoler deux nouvelles souches de cytomégalovirus. Une découverte qui pourrait avoir de grandes conséquences dans la lutte contre les cancers de très mauvais pronostic.

L'équipe du laboratoire Epilab
L’équipe du laboratoire Épilab dirigé par le professeur Georges Herbein à droite sur la photo.

Georges Herbein, médecin biologiste et virologue au Centre hospitalier régional universitaire (CHRU) de Besançon et au laboratoire d’Épigénétique des infections virales et des maladies inflammatoires (Épilab) de l’Université de Franche-Comté (UFC) travaille depuis de nombreuses années sur le cytomégalovirus (CMV), de la famille des herpèsvirus, et son rôle dans le cancer. Épilab est le seul laboratoire à effectuer des recherches sur ce sujet en France, et fait partie de la petite quinzaine d’unités de recherche dans le monde qui y travaillent.

Une causalité démontrée

Aujourd’hui 15 % des cancers sont directement provoqués par des virus (comme le virus de l’hépatite B à l’origine du cancer du foie, ou le papillomavirus responsable du cancer du col de l’utérus). L’équipe du professeur Herbein a découvert un lien de causalité direct entre le CMV et le cancer du sein. 

Ces médecins bisontins viennent d’isoler deux nouvelles souches de cette famille particulière de virus dans des tissus provenant de cancers du sein triple négatif, venant ainsi confirmer l’hypothèse que le CMV est bien un facteur déclenchant du cancer, notamment celui du sein dit “triple négatif”. Ce type de cancer est très agressif, plus résistant aux traitements, et représente 15 % des cas de cancer du sein, soit environ 9.000 femmes par an en France. Son nom fait référence à l’absence de certains récepteurs hormonaux à la surface de ses cellules cancéreuses. Les cellules des tissus mammaires normaux fonctionnent harmonieusement grâce à des récepteurs cellulaires. Certains d’entre eux sont spécifiques des œstrogènes, d’autres de la progestérone ou encore de la protéine HER2, régulant la multiplication cellulaire. Ces récepteurs sont également présents sur certains types de cellules cancéreuses. Or, dans le cas des cancers du sein dits « triple négatif », on ne retrouve aucun de ces récepteurs à la surface des cellules cancéreuses, d’où ce terme de triple négatif.

De nouveaux traitements sont activement recherchés pour combattre ce type de cancer du sein à mauvais pronostic. « À côté des traitements conventionnels du cancer (chirurgie, chimiothérapie, radiothérapie), des traitements anti-CMV ont été utilisés en Suède pour ralentir le glioblastome, un cancer du cerveau très agressif, pour lequel le CMV a été incriminé. On pourrait donc envisager de tester également ces traitements anti-CMV dans les cancers du sein triple négatif. Au laboratoire Épilab, nous travaillons actuellement sur un vaccin anti-CMV en collaboration avec l’équipe Inserm 1098 Right du professeur Olivier Adotevi, oncologue et immunologiste au CHRU de Besançon et à l’UFC. La découverte de ces deux nouvelles souches oncogènes de CMV participera très certainement au développement de vaccins plus efficaces pour combattre certains cancers de très mauvais pronostic comme le cancer du sein triple négatif et le glioblastome  », précise le professeur Georges Herbein.

Frédéric Chevalier