Devenir « kiné » : gratuit à Dijon, toujours trop cher à Nevers
Région BFC. Pendant des mois, les étudiants en kinésithérapie ont dénoncé des frais de scolarité jugés exorbitants en BFC. L’annonce de la gratuité des études à Dijon marque une avancée majeure pour la profession. Mais dans la région, les futurs kinés ne sont pas tous logés à la même enseigne.
« On veut soigner, pas commencer notre vie avec une dette. » Depuis plusieurs mois, la colère montait chez les étudiants en kiné de Dijon et Nevers. En cause : des frais de scolarité avoisinant les 30 000 € à Nevers. Une situation dénoncée par plusieurs collectifs étudiants, qui alertaient sur une sélection par l’argent dans une profession pourtant confrontée à une pénurie de praticiens.
Dans ce contexte tendu, l’annonce faite le 5 mai par la région BFC a été accueillie comme une victoire. À partir de septembre 2026, les études à l’Institut de formation en masso-kinésithérapie (IFMK) de Dijon deviendront gratuites. L’établissement intégrera l’Université de Bourgogne Europe, permettant ainsi un alignement sur le modèle des formations universitaires publiques : les étudiants devront débourser les 200 € de cotisations étudiantes, bien loin des 5 000 € jusqu’à présent (20 000 € pour suivre leur cursus complet).
Une somme souvent financée par des prêts bancaires, des aides familiales ou des emplois étudiants cumulés avec les cours et les stages, plusieurs étudiants racontaient devoir « compter chaque euro », repousser des projets personnels ou encore renoncer à certaines opportunités faute de moyens. Cette question du coût des études dépasse d’ailleurs le seul cadre étudiant. « Alors que les déserts médicaux progressent et que les besoins en rééducation explosent avec le vieillissement de la population, l’accès aux études reste, lui, financièrement inégal », se plaignait Nicolas Pinsault, vice-président de l’Ordre national des masseurs-kinésithérapeutes.
Nevers, dernier bastion payant de la région
Mais malgré cette avancée, le combat est loin d’être terminé. Car dans la région, tous les IFMK ne bénéficieront pas du même traitement. À Nevers, les frais de scolarité restent particulièrement élevés : environ 29 200 € pour les quatre années d’études, hors frais annexes. Ouvert en 2020, l’IFMK de Nevers fonctionne sous un statut privé associatif. Contrairement à Dijon, Besançon ou Montbéliard, l’établissement ne dépend pas directement d’une université publique. Résultat : les étudiants nivernais continuent de supporter des coûts très importants pour accéder au diplôme.
Une situation qui nourrit un sentiment d’injustice chez de nombreux futurs professionnels. « Deux étudiants d’une même région, pour un même diplôme, mais avec des réalités financières totalement différentes », résume Guillaume Munsch, étudiant à l’IFMK de Dijon. Certains craignent même que cette différence crée, à terme, une forme de concurrence entre établissements. La décision prise à Dijon pourrait toutefois rebattre les cartes.