Dijon : comme un art dans la ville...
Patrimoine. Fort de son secteur sauvegardé, de son important patrimoine architectural et de pièces uniques au monde tel le tombeau des Ducs de Bourgogne, Dijon aurait pu rester la « Belle endormie », faisant fructifier sa dot historique, enchâssée dans ses musées : musée de la Vie bourguignonne, musée archéologique, musée d’Art sacré ou musée François Rude…
Fort de son secteur sauvegardé, de son important patrimoine architectural et de pièces uniques au monde tel le tombeau des Ducs de Bourgogne, Dijon aurait pu rester la « Belle endormie », faisant fructifier sa dot historique, enchâssée dans ses musées : musée de la Vie bourguignonne, musée archéologique, musée d’Art sacré ou musée François Rude… Si le chantier monumental qu’a été la métamorphose du Musée des Beaux-Arts de Dijon a renforcé sa dimension de ville patrimoniale – elle arbore le label national Ville d’art et d’histoire depuis 2008 -, les majorités municipales qui se succèdent depuis cette date ont résolument choisi d’inscrire la ville dans son époque. D’abord, en instaurant la gratuité des musées municipaux.
Ensuite, en permettant le dialogue entre ce patrimoine et l’art urbain, comme le rappelle Christine Martin, adjointe à la culture à la mairie de Dijon : « On doit évidemment préserver le patrimoine, le mettre en valeur, le transmettre, le restaurer… mais aussi le faire vivre. Pour moi, un patrimoine qui est inhabité ou qui ne se confronte pas à la vie d’aujourd’hui, n’est qu’une carte postale. Une ville est un organisme vivant et sans dénaturer les paysages, avec respect du patrimoine qui est le nôtre et qu’on se doit de préserver pour le transmettre dans le meilleur des états possibles, on doit pouvoir aussi inviter des artistes d’aujourd’hui à présenter leur travail. Et les deux se font écho merveilleusement bien ». C’est ainsi que la capitale des Ducs de Bourgogne est devenue un passage obligé des seigneurs du street-art, depuis le retour de l’enfant prodige R.N.S.T qui a inspiré avec un collectif d’artistes et Zutique productions la création du M.U.R (Modulable, Urbain, Réactif) : tous les trois mois, un espace situé au carrefour de la rue d’Assas et de la rue Jean-Jacques (Rousseau), ouvert à un nouveau street artist, palimpseste infini offert aux passants « comme dans une galerie à ciel ouvert », s’enthousiasme Christine Martin. « Ce M.U.R a été permis avec la complicité de l’architecte des bâtiments de France de l’époque, Olivier Curt, en plein secteur sauvegardé. On n’est pas relégué comme souvent dans des endroits un peu plus éloignés des coeurs de ville. Là, vous êtes à 200 mètres du musée des Beaux-Arts et ça marche ! ». Témoin de ce dialogue, les gisants de l’artiste contemporain Djamel Tatah exposés aux côtés des Ducs de Bourgogne au musée des Beaux-Arts tout cet été.
Galerie à ciel ouvert
L’art au coin de la rue essaime, puisqu’on trouvera des fresques aussi bien au centre-ville que dans les quartiers politiques de la ville : la Fontaine d’Ouche abrite des oeuvres impressionnantes, notamment un flamant rose de 18 mètres de haut par Kalouf et une fresque XXL de 750 m² peinte par Difuz. Six pièces de l’artiste mondialement connu Invader sont venues orner une nuit de 2019 différents murs de Dijon et depuis 2024, Fanny Pitoiset fait son nid dans les nids-de-poule des trottoirs dijonnais qu’elle orne de mosaïques dont les motifs font écho aux rues où elle les dépose.
Suite logique de ce dialogue entre la ville et la création contemporaine (incarné depuis 1977 à Dijon par Le Consortium !) et l’art vivant, des scènes actuelles pour tous les âges se sont créées (La Minoterie) ou ont été vivifiées (La Vapeur). Dernière preuve en date, le Golden Coast : en trois éditions, le festival s’est imposé comme un des grands rendez-vous du rap : de 50.000 spectateurs en 2024, ils étaient 83.500 fin août 2026. « C’était quelque part relever un défi que d’accepter ce festival ici à Dijon, la ville de Rameau… mais aussi de Vitalic. Donc, n’oublions jamais les choses », s’amuse Christine Martin. « Ce qui nous importe c’est d’avoir une vitrine pour notre territoire et Golden Coast en est une bonne », renchérit Jérôme Durain, président de la région BFC qui subventionne la composante scène locale de la programmation. « 45 % des festivaliers sont extérieurs à la région : ils viennent de Belgique, de Suisse, du grand Est, de Marseille, de Paris et de Lyon… ». Gain de notoriété, et impact économique certains puisque les organisateurs assurent qu’1€ investi engendre 4€ de retombées pour le territoire.