Emploi, attractivité, fiscalité : que valent les programmes des candidats du 2e tour à Dijon ?
Politique. Continuité du modèle d’attractivité porté depuis deux décennies, critique de sa capacité à soutenir le commerce et propositions ciblées sur la fiscalité locale : les candidats du second tour des élections municipales de Dijon avancent des orientations économiques différentes. Mais dans une campagne dominée par la sécurité et le cadre de vie, l’économie reste clairement un thème secondaire. Et les propositions, bien généralistes.
La maire sortante, Nathalie Koenders (39,13 % des suffrages au premier tour), défend d’abord un bilan. Celui de son prédécesseur François Rebsamen. Dans son programme, la candidate PS se félicite, à la section « entreprendre » de son programme, que la métropole compte « désormais 100 000 emplois privés, avec un chômage inférieur à la moyenne ». C’est vrai : selon la Dreets, au T3 2025, Dijon Métropole affichait un taux de chômage de 6,4% là où il s’établissait à 7,7% en France. Attention toutefois, ces chiffres sont en augmentation au T1 2026.
Plus concrètement, le projet de l’équipe sortante souhaite particulièrement « renforcer les filières d’excellence (santé, agroalimentaire, numérique et tourisme) » et accompagner « l’investissement dans l’Intelligence Artificielle », tout en n’oubliant pas de « valoriser les entreprises patrimoniales ». Côté foncier, elle souhaite la « réhabilitation des friches industrielles » et créer « une foncière commerciale – qui détiendrait un portefeuille de murs commerciaux afin de maîtriser le prix des loyers et éviter la spéculation immobilière – afin de développer les commerces de service dans les quartiers ». Pour mémoire, l’Observatoire du Foncier Économique Régional « OFER », un outil développé par l’Agence Economique Régionale, permet de visualiser le foncier disponible sur les différentes zones d’activité de la métropole.
Zone franche à la Fontaine d’Ouche ?
Face à elle, Emmanuel Bichot (25,83% des suffrages) remet en cause, bien sûr, ce modèle. Le candidat LR souhaite, dans sa proposition 78, « améliorer l’offre foncière et immobilière pour les entreprises en qualité et en prix et faciliter l’accès des entreprises locales à la commande publique ». Mais c’est sa marotte : il a, d’ailleurs, explicitement dénoncé et à plusieurs reprises, la priorité donnée « à des acteurs externes » plutôt qu’aux entreprises locales – sur des chantiers structurants comme celui de la Cité de la gastronomie, par exemple. Pour information toutefois, la « préférence locale » est déjà impulsée le Pacte territorial signé en 2024 entre la Ville et la CPME et qui propose, entre autres, d’accompagner les entreprises aux réponses d’appel d’offre.
Côté impôts, le candidat LR souhaite « réviser le système de redevance sur les terrasses et sur les enseignes pour tous les commerçants par une réduction de la fiscalité locale » tout en remettant en chantier « le sujet de la cotisation foncière des entreprises (CFE) » sur les zones où les valeurs locatives sont élevées. Il propose, d’ailleurs, « une zone franche urbaine dans le quartier de la Fontaine d’Ouche avec des exonérations de charges » pour revitaliser l’activité économique.
Enfin, si Thierry Coudert (12,70%) concentre son discours sur la sécurité et l’immigration, il propose quand même de « donner un nouveau souffle économique » à la ville. Assurant que Dijon connaît « plus de départs d’entreprises que d’arrivées » [1], le candidat du Rassemblement national souhaite « prospecter » pour favoriser l’implantation d’entreprises françaises ou étrangères sur la métropole, comme le fait déjà Dijon Bourgogne Invest, et créer une « commission locale du monde économique associant ses représentants et des élus » afin d’être consultée sur les mesures impactant l’économie locale. Demande également explicitement exprimée par le Medef dans ses propositions il y a quelques semaines.
Feuilles de route en marge des programmes
Cette « task force » s’appuierait sur « une société d’économie mixte pour lutter contre la vacance commerciale », afin de permettre à la collectivité d’intervenir plus directement dans la gestion des locaux commerciaux vides. Un taux de vacance pourtant annoncé comme étant « parmi les plus faibles » par la majorité sortante. Selon un rapport de la Chambre régionale des comptes, Dijon présentait effectivement, fin 2024, un taux de vacance commerciale de 7,65 % et de 6,77 % pour son centre-ville contre 9,77 % pour la moyenne nationale des centres-villes.
Des outils, des orientations et des intentions : mais aucun ne donne le montant et le fléchage des enveloppes qui seront dédiées au développement économique de la ville. Peu de directives concrètes, également, dans les domaines de l’apprentissage, de la formation professionnelle ou encore de l’accès au marché des personnes éloignées de l’emploi. Les feuilles de route semblent en marge des programmes et du débat politique, qui se concentre surtout sur la sécurité, le pouvoir d’achat et les plans de circulation de la ville.
[1] Chiffre que nous n’avons pas pu confirmer. Selon les derniers chiffres disponibles sur la Côte-d’Or, Les liquidations judiciaires connaissent une progression de 60 %, passant de 75 à 120 dossiers en 2025.