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Emploi : pourquoi l’Yonne résiste mieux ?

Yonne. Face à une BFC qui enregistre une hausse des défaillances d’entreprises (+3,5 % en 2025, selon Altares), un repli des intentions d’embauche (-1,9 % en 2026), l’Yonne tire son épingle du jeu. Avec 10 730 projets de recrutement, le département maintient un niveau d’activité quasiment stable. Yves Hutin, directeur de France Travail Yonne, analyse les raisons de cette stabilité et les premiers effets de l’intelligence artificielle.

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Photo de Yves Hutin
Yves Hutin, directeur de France Travail Yonne. Crédit : JDP.

Le Journal du Palais : Pourquoi, selon vous, l’Yonne affiche de meilleurs résultats que la BFC en matière d’intention de recrutements affichés par les entreprises ?

Yves Hutin : On est cette année à 10 730 projets de recrutement. C’est stable par rapport à l’an dernier (10 680). C’est un volume important, même si ce n’est pas totalement exhaustif : seules 30 % des entreprises répondent à l’enquête, et la majorité des intentions se concrétisent ensuite. On reste un département très rural, avec une agriculture et une viticulture qui pèsent autour de 1 000 recrutements. Mais c’est un secteur très saisonnier, notamment au moment des vendanges et des récoltes. Mais il n’y a pas que ça : l’aide à domicile, la grande distribution, les métiers de l’entretien ou encore l’hôtellerie-restauration recrutent aussi régulièrement, avec des emplois plus stables, souvent à l’année. Et malgré tout, le marché reste tendu. Sur 25 000 demandeurs d’emploi, un sur deux travaille déjà en intérim, en CDD ou à temps partiel. Au final, on a environ 13 000 personnes immédiatement disponibles, soit moins de 4 % de la population du département. Ça explique pourquoi les entreprises ont encore des besoins de recrutement très réguliers.

Les entreprises rencontrent-elles toujours autant de difficultés à recruter ?

Oui, mais la situation s’améliore clairement. L’an dernier, 57 % des employeurs disaient rencontrer des difficultés de recrutement ; ils sont 43 % cette année. C’est un peu paradoxal puisque le chômage reste bas dans l’Yonne, autour de 8 %. Ça s’explique notamment par le travail en réseau de France Travail avec les missions locales, les chambres consulaires et les agences d’intérim, qui facilite les mises en relation et simplifie les recrutements. Mais malgré tout, les compétences restent rares, et ça crée de la concurrence entre employeurs, surtout sur les métiers industriels qualifiés comme les soudeurs ou les usineurs, qui peuvent avoir plusieurs propositions en même temps. Il y a aussi un enjeu sur les profils de plus de 50 ans. Les entreprises cherchent souvent des candidats de 25 ans avec dix ans d’expérience, ce qui n’est pas réaliste. Or ces profils expérimentés apportent beaucoup, notamment des savoir-être : ponctualité, rigueur, esprit d’équipe, expérience, des soft skills essentielles que les recruteurs trouvent parfois moins facilement chez les plus jeunes. Pour les très petites entreprises, l’enjeu, c’est aussi d’accepter davantage ces profils, quitte à adapter un peu les grilles salariales.

L’intelligence artificielle modifie-t-elle déjà le marché de l’emploi ?

On n’observe pas de vagues de licenciements massives liées à l’intelligence artificielle. On est moins exposée que des territoires plus tournés vers les hautes technologies. C’est plus sournois. Dans certains cas, les entreprises préfèrent investir dans des outils numériques plutôt que recruter. Les métiers intellectuels sont plus exposés que les métiers manuels. Tout ce qui demande de la présence humaine ou du terrain reste difficilement remplaçable. Du coup, les perspectives d’emploi se concentrent de plus en plus sur les métiers techniques et artisanaux. Pour la jeune génération, le message est assez clair : la plomberie, la mécanique ou les métiers industriels qualifiés offrent aujourd’hui de vraies garanties, avec une forte demande et plusieurs offres pour un même profil.