Enquête sur les mobilités régionales
Nièvre. Avec l’association RBFC (Réseau Bourgogne Franche-Comté) lancée en avril, Rayan Mabanza, comptable icaunais, a lancé une enquête sur la mobilité dans la région. Son premier combat : le trajet Corbigny -Nevers (58 km) qui demande aujourd’hui six heures en transports en commun.
Tout est parti d’un constat partagé à trois : « On s’est rendu compte que dans toute la région, que ce soit dans l’Yonne, la Nièvre ou les autres départements, la mobilité était assez compliquée sans voiture », raconte Rayan Mabanza. Avec deux associés conducteurs de bus en Île-de-France mais régulièrement en déplacement dans la région, il décide de créer en avril l’association RBFC.
L’objectif n’est pas d’arriver avec une solution clé en main mais de co-construire un projet avec les habitants, les collectivités, le département, la région pour contribuer à la revitalisation de notre région par la mobilité : « On a analysé que c’était ce qui bloquait tout et ce qui pouvait tout débloquer. Au niveau de l’emploi, des études, même pour aller voir sa famille, c’est compliqué. »
L’association, qui se veut régionale, a choisi de commencer par la Nièvre, le département avec le plus de difficultés de déplacement sans voiture, particulièrement illustrée par le cas emblématique Corbigny-Nevers : d’une heure de route en voiture (58 km), le trajet devient une épopée en transports en commun : « Il faut remonter par Paris ou Dijon, compter près de six h et plusieurs correspondances, au point qu’il faut anticiper de prendre une nuit. Il faut ensuite prendre le bus de Clamecy à Corbigny ». Pour pallier cette carence, RBFC imagine une ligne express Corbigny - Nevers via Saint-Saulge, en 55 minutes arrêts compris : « L’idée d’express c’est de desservir rapidement et simplement. Le but c’est une ligne qui n’est pas figée, qui puisse circuler assez régulièrement pour permettre de la flexibilité. Que quelqu’un qui part à 8 h pour un rendez-vous à 9 h n’ait pas à attendre le soir pour rentrer. »
Pour étayer le projet, une enquête a été lancée le 15 juillet sur les réseaux sociaux de l’association. Questionnaire sur le lieu de vie, les modes de transport, les difficultés et les horaires souhaités. 80 réponses ont déjà été collectées : « Plus le besoin est démontré, plus cette ligne aura du poids. On va la présenter au département et à la région. »
Sauvetage avorté
Menacée de fermeture définitive par le désengagement et le sous-investissement chronique de l’État, la ligne voyageurs et fret Corbigny-Clamecy avait été sauvée in extremis le 16 octobre 2025 par la région Bourgogne-Franche-Comté, dont le président Jérôme Durain avait décidé d’engager 3,6 M€ sans attendre l’État, après une forte mobilisation citoyenne dont un trail-relais de 376 km « Cours pour garder ta ligne » de Corbigny à Paris-Bercy en mai 2025. Revirement le 22 avril 2026 à Corbigny : devant les élus, Jérôme Durain dénonce une « mauvaise surprise », les 3,6 M€ promis par l’État seraient fléchés vers le fret - qui relève de la compétence exclusive de l’État - et affirme que l’État serait « sur une position de fermeture » pour Clamecy-Corbigny, rappelant que la réhabilitation complète coûterait un peu plus de 10 M€ d’ici la fin de la décennie sur un besoin total de 500 M€ pour toutes les lignes de desserte fine.
Alors que les élus locaux contestent les comptages de fréquentation et alertent sur les enjeux de mobilité, santé, télétravail et report du fret sur la route, le désengagement passe mal au regard des chiffres : si en BFC l’offre de trains a reculé de 14 % depuis 2019, au national le nombre de voyageurs a augmenté de près de 30 % passant de 303,2 à 378,1 millions de voyageurs. Celle des TER a bondi de 21%, dans un contexte de décarbonation des transports, alors que le groupe SNCF vient d’annoncer un bénéfice de 1,6 Md€ en 2024 pour 43,4Mds € de chiffre d’affaires.