Ferroviaire : « 2025 un grand cru, 2026 un futur millésime »
Région BFC. SNCF Réseau tenait le 2 février sa traditionnelle conférence de presse de rentrée. Le réseau ferroviaire régional affiche des résultats records pour l’année 2025, portés par des investissements massifs, ainsi qu’une régularité exemplaire. 2026 s’annonce tout aussi ambitieux avec le franchissement de nouveaux paliers financiers et l’ouverture à la concurrence.
Le rail en Bourgogne-Franche-Comté se porte bien, et les chiffres présentés lors du dernier bilan annuel le confirment. Avec plus de 200.000 circulations en 2025, soit une hausse de 4 % par rapport à 2024, le réseau régional, qui représente 10 % du réseau national (3.000 km de voies et 200 gares, soit 7 % des gares françaises), a atteint un niveau d’activité historique. Pour Maxime Chatard, directeur régional de SNCF Réseau, le constat est sans appel : « 2025 a été un grand cru ». La région se distingue particulièrement par sa fiabilité. Ces trains ont également mieux circulé : avec un taux de régularité de 92,6 % à fin mai 2025, la Bourgogne Franche-Comté figure parmi les régions les plus performantes de France, si l’on excepte la Bretagne.
Cette performance a été rendue possible malgré une recrudescence très forte des vols de câbles et des aléas climatiques plus fréquents et plus intenses : « En 2025, la Commande centralisée du réseau (CCR) BFC, basée à Dijon, a géré 2.245 événements, soit 6 par jour, précise Maxime Chatard. 100 M€ ont été consacrés uniquement à l’entretien courant du réseau sur les 300 M€ d’euros investis au total en 2025 ».
1 Md€ entre 2026 et 2028 et une loi cadre
En 2025, SNCF Réseau ne s’est pas contenté d’entretenir le réseau : il l’a transformé. De nombreux chantiers structurants ont été livrés dans le respect des coûts et des délais, « confirmant SNCF Réseau comme un partenaire fiable et engagé ». 50 M€ ont été ainsi investis sur la ligne Paris-Lyon-Méditerranée (remplacement des supports caténaires, travaux dans le tunnel de Blaisy, modernisation de la voie), 106 M€ sur la ligne Nevers - Cosne-Cours-sur-Loire (deuxième plus importante opération de France pour SNCF Réseau en 2025) ; 50 M€ sur la ligne Dijon - Dole - Belfort ; 12 M€ financés par la région BFC, pour des travaux d’urgence dans le tunnel des Belettes et 6,8 M€ cofinancés par l’État pour renouveler les rails entre Franois et Arc-et-Senans, dans le Doubs.
L’ambition pour l’année à venir change encore d’échelle. SNCF Réseau, soutenu par l’État et la région, prévoit d’investir près d’un milliard d’euros sur trois ans. Pour la seule année 2026, 300 M€ seront injectés dans les infrastructures régionales.
Paul Mourier, préfet de la région BFC et préfet de Côte-d’Or, a souligné l’importance de cet effort financier : « On est sur un volume à la fois d’opérations et de ressources financières mobilisées tout à fait considérable. Si 2025 aura été un grand cru, 2026 sera un millésime ! ». Tout en précisant : « Tout ce qui est fait aujourd’hui, c’est parce qu’il y a eu un déficit d’investissement par le passé qui s’est accumulé au fil du temps et que nous sommes obligés aujourd’hui de rattraper ». Le préfet a également profité de cette conférence de presse pour évoquer une future loi cadre pour le printemps afin de « réformer et de sécuriser le financement des infrastructures de transport en France. Cette loi doit nous permettre de sortir d’une gestion au coup par coup pour instaurer une vision à long terme en établissant notamment un calendrier clair des opérations prioritaires pour l’ensemble du pays. Il s’agit de garantir des ressources financières pérennes et à la hauteur des investissements colossaux nécessaires pour moderniser le réseau, de pallier les limites des contrats de plan État-région ».
Michel Neugnot, vice-président de la région BFC aux mobilités, aux transports et infrastructures, et aux affaires générales, appuie également ce discours, précisant que cette loi est « essentielle pour que le financement des infrastructures ne dépende plus uniquement des budgets annuels, mais s’appuie sur des recettes fléchées et une perspective de long terme qui manque aujourd’hui. Pour que la BFC retrouve une vraie dimension européenne au niveau de sa filière industrielle, nous devons nous inscrire, dans les années qui viennent, dans un authentique choc d’offres en matière de mobilités décarbonées. Dès 2026, des décisions seront à prendre sur les petites lignes de dessertes... Nous sommes sur cette question en attente d’un rapport, d’un diagnostic technique et financier. 2026 sera l’année du choix. Mais un choix courageux et lucide aux ambitions tenables, un choix inscrit sur le long terme et nourri au bon sens ».
Véritable colonne vertébrale des mobilités entre la Bourgogne Franche-Comté et l’Île-de-France, la ligne historique Paris-Lyon-Méditerranée (PLM) poursuit sa cure de jouvence. Elle bénéficiera de 130 M€ en 2026 pour moderniser ses voies, certaines sections datant de 1849. Dans le détail, il s’agira de la régénération de 55 kilomètres de voies ferroviaires dans l’Yonne entre Villeneuve-la-Guyard et Laroche-Migennes : trois « trains-usines » distincts seront mobilisés pour optimiser les délais d’intervention et limiter les impacts sur les circulations ferroviaires. Il s’agira également de la régénération de la voie ferroviaire à Plombières-les-Dijon (21) et Saint-Florentin (89) et de 12 km de voies ferroviaires entre Aisy-sur-Armançon (89) et Blaisy-Bas (21).
Enfin, sera opérée la modernisation de la digitalisation de la signalisation ferroviaire entre Nuits-sous-Ravières (89) et Fain-lès-Montbard (21) avec une mise en service les 25-26 avril : « ce chantier d’envergure, engagé depuis cinq ans, permettra de piloter l’ensemble des installations de signalisation de ce secteur depuis la CCR de Dijon, véritable “tour de contrôle” du réseau ferroviaire de la région », précise Maxime Chatard.
BFC : en avance sur l’accessibilité des gares
Parmi les autres investissements on peut noter la modernisation de la voie à Mouchard pour 9,3 M€ consistant à renouveler 5,5 kilomètres de rails, 4.100 traverses, 6.000 tonnes de ballast et trois aiguillages. Les 10,5 M€, financés par SNCF Réseau, consiste à remplacer dix aiguillages et effectuer des travaux sur les installations électriques et de signalisation de la voie de Chagny ou encore les 5,7 M€ d’opérations sur la voie de Tournus.
Côté gares, les opérations menées portent sur le rehaussement des quais, la création de passerelles accessibles aux personnes à mobilité réduite, la modernisation des quais, de l’éclairage et de la signalétique, afin de garantir un accès autonome et sécurisé à tous les voyageurs. Dans le cadre du volet mobilité 2023-2027 du Contrat de plan État-région, près de 100 M€ sont mobilisés pour la réalisation de huit opérations majeures, dont trois gares nationales et cinq gares régionales. Actuellement, les gares de Chalon-sur-Saône, Mâcon-Ville, Nevers et Lure sont en cours de travaux. « La BFC est l’un des premiers territoires qui est en phase avec les attentes en matière d’accessibilité, défend Laurent Michelin, directeur régional des gares Auvergne Rhône-Alpes et BFC. Ainsi, sur les 33 gares retenues au schéma directeur d’accessibilité, 26 gares sont accessibles fin 2025, soit 97 % des bâtiments voyageurs et 76 % des quais ».
Les actions engagées incluent également le déploiement d’éclairages LED, le pilotage des consommations énergétiques, la rénovation thermique des bâtiments et le remplacement des systèmes de chauffage les plus polluants. « En matière d’éco-conception, la passerelle de Nevers, en cours de travaux, illustre le savoir-faire du service d’Ingénierie intégrée de SNCF Gares & Connexion avec une conception brevetée qui permet une économie de 80% de béton et 40% d’acier. » Un travail est également mené sur la transformation des gares en lieux de vie accueillant commerces, services et initiatives locales. En Bourgogne Franche-Comté, plus d’une trentaine de projets ont déjà vu le jour : espaces de coworking, restauration, mobilités douces, recycleries, associations ou services de santé. « Cette dynamique s’appuie sur un partenariat étroit avec la région BFC, notamment via le programme “Ré-enchantement des gares”. En 2026, de nouvelles ouvertures sont prévues, dont des boutiques vélos à Sennecey-le-Grand et Arbois et une Maison France Services à Imphy ».
Investir dans l’économie régionale
« Investir dans le rail, c’est investir dans l’économie régionale », affirme Maxime Chatard, chiffres à l’appui. « En 2025, les investissements ferroviaires ont mobilisé plus de 600 entreprises, dont près de la moitié de TPE-PME régionales. Par ailleurs, 67 % des commandes publiques de SNCF Réseau en BFC sont remportées par des PME locales ». En 2025, la direction régionale de SNCF Réseau BFC a renforcé son ancrage territorial à travers la signature de six nouvelles conventions de partenariat dont Mecateamcluster. « Ces engagements traduisent une volonté partagée de concilier performance économique, développement d’une filière industrielle d’avenir et préservation de l’environnement ». Toujours sur le volet économique, le développement du fret ferroviaire demeure un enjeu stratégique, notamment avec la transformation du port de Gron en un véritable hub logistique trimodal (rail-fleuve-route). Un projet de plateforme connectée à la ligne Paris-Lyon-Marseille, piloté par la société LogiYonne, pour 6 M€ (dont 2 M€ d’aide État-région) permettra de basculer l’équivalent de 160 camions hebdomadaires de la route vers le fer, en direction de Rotterdam.
Enfin, pour soutenir cette croissance, SNCF Réseau lance une vaste campagne de recrutement. Plus de 100 nouveaux collaborateurs sont attendus en 2026 pour renforcer les métiers de la maintenance, de la circulation et de l’ingénierie. Ils viendront grossir les rangs des 3.208 agents déjà présents en BFC.