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GHT Unyon et Jura : la situation critique des soins en territoires « contraints »

Région BFC. Cette étude de la chambre régionale des comptes sur l’offre de soins hospitalière dans le Yonne et le Jura est une participation au Rapport public annuel de la Cour des comptes.

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Les conseillers de la chambre régionale des comptes lors de la présentation (au centre son président, Emmanuel Roux). (Crédit : JDP.)

Exercice rituel de la Cour des comptes, le rapport public annuel est abondé par les chambres régionales au nombre desquelles celle de BFC qui a notamment participé au chapitre sur l’organisation des soins hospitaliers, avec un focus sur deux groupements hospitaliers : celui du sud de l’Yonne (GHT Unyon) et celui du Jura, deux territoires « présentant des contraintes fortes d’accès aux soins médicaux ». Le diagnostic est sombre : malgré un maillage qui reste dense, un fossé s’élargit entre les établissements supports (Auxerre pour l’Yonne, Lons le Saunier pour le Jura) et leurs unités satellites pourtant indispensables pour des soins de proximité ; l’offre hospitalière reste insuffisante en nombre de praticiens pour plusieurs spécialités (urgences, anesthésie, santé de la femme, pédiatrie), mais aussi, pour le cas spécifique du Sud Yonne, en médecins généralistes (108 généralistes et 104 spécialistes pour 100.000 habitants contre respectivement 147 et 193 au national), dans un contexte de vieillissement global de la population davantage soumise aux maladies chroniques réclament des soins de long terme (chimiothérapies, dialyses). La chambre constate un report massif de ce fait sur les urgences de l’établissement support, avec un taux alarmant d’hospitalisation (80%) compte tenu du manque de suivi antérieur : dans ce territoire, la perte de chance due à l’inégalité face à l’accès aux soins est une réalité critique.

Sous-dotations chroniques

Or, ces établissements support sont eux-mêmes pris dans un engrenage fatal : leur faiblesse financière, avec par exemple, un déficit cumulé qui a doublé entre 2018 et 2023 pour le GHT du Jura (6,24 M€ à 12,49 M€) réduit de fait leur attractivité pour des praticiens très qualifiés, garants de la sécurité des soins par une pratique régulière, attestée par les seuils de volume d’activité de l’Agence régionale de santé. Moins d’actes égale moins de ressources, donc moins de capacité de modernisation des équipements et donc moins d’intérêt des spécialistes... : le serpent du caducée n’en finit pas de se mordre la queue et les établissements « support » le sont de moins en moins.

Les préconisations de la chambre régionale et, ipso facto, de la Cour des comptes sont clairs : résoudre la tension entre des besoins de santé changeants et la faiblesse structurelle des établissements support peut se faire à condition notamment de définir, au niveau du ministère de la Santé, « une nouvelle stratégie d’évolution de l’offre hospitalière fondée sur la gradation des soins et par région, un scénario d’évolution de l’offre hospitalière » et en liaison avec la Haute autorité de santé, évaluer la qualité des parcours de soins. Les conseillers recommandent également de renforcer le rôle d’intégrateur de soins et de structuration des filières par les Groupements hospitaliers, en les dotant d’une personnalité morale et d’une direction commune, pertinente pour une offre de soins réfléchie à l’échelle de leurs territoires afin de ne pas augmenter encore les inégalités des citoyens quand à l’accès à des soins de qualité.