Collectivités

L’ESTP Dijon se positionne en campus du « Génie urbain »

Côte-d’Or. Sous l’impulsion de sa directrice Laurence Mangenot, le campus dijonnais réinvente son identité et scelle un ancrage fort avec le territoire pour former une nouvelle garde d’ingénieurs prêts à bâtir les réalités de demain.

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L’ESTP Dijon a ouvert ses portes à la rentrée 2019 et intégré en 2021 son bâtiment démonstrateur. L’école accueille 300 élèves par an.(Crédit : ESTP Dijon.)

Historiquement implantée à Paris depuis 1891, l’ESTP a entamé une stratégie de décentralisation pour répondre aux besoins de recrutement hors du bassin parisien. À Dijon, où le campus a ouvert ses portes en 2019, l’école a trouvé un terreau fertile pour développer une expertise unique au sein de ses différents sites (Troyes, Orléans, Cachan). Cette spécificité porte désormais un nom : le Génie Urbain.

Si le socle de l’école reste le génie civil, le campus de Dijon se distingue par une approche « à 360° » de la ville, explique Laurence Mangenot la directrice de l’école. « Cette identité dit qu’on s’appuie effectivement sur un socle technique plutôt génie civil, mais qu’on arrive à se s’en détacher pour avoir cette vision un peu plus large et faire des ponts avec finalement les questions d’urbanisme. »

Contrairement aux autres campus plus centrés sur le bâtiment ou les matériaux, ESTP Dijon mise sur l’échelle du quartier et les enjeux sociétaux. L’objectif est clair : former des cadres capables de comprendre les systèmes complexes (mobilités, îlots de chaleur, lien social, usages) pour ne pas être complètement hors sol.

Partenariat organique avec Dijon Métropole

Laurence Mangenot, directrice de l’ESTP Dijon. (Crédit : ESTP Dijon)

L’identité du campus ne s’est pas construite en vase clos. Elle est le fruit d’une collaboration étroite avec Dijon Métropole, qui a soutenu l’école dès 2017 alors que s’élaboraient des projets emblématiques comme ON Dijon (Smart City) ou Response (ville décarbonée).

Le campus est devenu un véritable laboratoire pour la collectivité. Les étudiants ingénieurs de 3e année travaillent ainsi directement sur des cas concrets, comme le tracé de la future troisième ligne de tramway. Ce travail de terrain est loin d’être un simple exercice académique : une commune de la métropole va par exemple utiliser les travaux des étudiants de l’ESTP pour un chantier de rénovation d’école. « C’est pris très au sérieux par les services, se félicite Laurence Mangenot. On ne transforme pas l’essai à chaque fois mais en tout cas on sait que c’est pris très au sérieux. Ça donne vraiment du corps et du sens à ce qu’ils font. »

Étudier les usages en immersion

Pour répondre aux exigences de la métropole, les futurs ingénieurs appliquent la méthode de la « rue commune ». Ils sortent des salles de classe et travaillent in situ : « Ils vont interviewer les citoyens, les différents usagers, même ceux qui viennent pour la journée. Ils vont poser la question du stationnement, des mobilités. »

Cette approche impose à ces profils scientifiques de se « décentrer » de la pure technique pour intégrer les dimensions juridiques, sociales et économiques. En confrontant les étudiants à la maîtrise d’ouvrage, l’ESTP Dijon s’assure que ses diplômés sauront répondre aux besoins réels des territoires, et ne se contente pas de former des techniciens éclairés ; l’école forge les architectes de la transition écologique et sociale de la métropole dijonnaise et, plus largement, du territoire régional.

Un levier d’attractivité

Avec 20 % d’étudiants internationaux et des promotions venant de toute la France, l’ESTP Dijon est un aimant à talents pour la région. Un point reste cependant à améliorer : les recrues post-Bachelor issues de la BFC ne représentent que 10% des effectifs. En faisant du génie urbain sa « clef de différenciation », le campus de Dijon espère donc imprimer une identité forte sur des parcours pédagogiques déjà éprouvés. L’enjeu économique est de taille : environ « 40 à 50 % des étudiants ingénieurs font leur stage en Bourgogne Franche-Comté », souligne Laurence Mangenot, avec une forte propension à s’y installer durablement après l’obtention du diplôme.

Maquette réalisée par les élèves après une étude de quartier dans une commune de la métropole. (Crédit : JDP.)