Collectivités

La City : le défi d’une métamorphose durable

Doubs. Grand Besançon Métropole (GBM) engage la restructuration profonde du bâtiment BB3 de l’ensemble immobilier « La City ». Ce chantier emblématique, qui doit concilier les exigences environnementales de la démarche Bâtiment Durable Bourgogne Franche-Comté (BDBFC) et le respect de l’oeuvre architecturale originelle. Budget prévisionnel : 17 M€ HT.

Lecture 9 min
 City à Besançon
L’équipe responsable de la réhabilitation du bâtiment BB3 de la City à Besançon passait devant la commission BDBFC, jeudi 11 juin, pour évaluer leur projet en face conception. Crédit : JDP.

Érigé à la fin des années 1980 et achevé au début des années 2000, l’ensemble immobilier « La City », conçu par l’architecte péruvien Rodo Tisnado de l’agence Architecture Studio, est un repère visuel incontournable de Besançon. Avec sa silhouette de dôme de verre et d’aluminium bordant le Doubs, il incarne l’optimisme technologique de son époque. Cependant, trente ans plus tard, le constat est sans appel : le bâtiment est devenu une « catastrophe thermique ». Les façades rideaux et les menuiseries sont responsables de 67 % des déperditions énergétiques, provoquant une surconsommation chronique en hiver et des risques de surchauffe majeurs en été.

Face à cet héritage énergivore, Grand Besançon Métropole, devenu propriétaire de l’aile BB3 (5 800 m²), en 2018, pour près de 6 M€, a choisi la voie de la restructuration et de l’achat (la collectivité doit se porter prochainement acquéreur de la partie BB1 pour un total de 11 000 m²) plutôt que celle de la table rase.

Anthony Nappez, vice-président de Grand Besançon Métropole en charge des bâtiments, des cimetières, des crématoriums, des réseaux de chaleurs, du gaz et des énergies renouvelables, assume : « Ce choix fort engage la collectivité dans une installation pérenne et durable sur cet emplacement stratégique. C’est un choix politique assumé notamment pour éviter l’existence d’une friche en bordure du Doubs, si on avait fait le choix de vendre pour construire ailleurs ». Avec un budget de travaux désormais estimé à 17 M€ HT, l’objectif est de transformer ce « paquebot » de verre en un siège administratif moderne, confortable et le plus exemplaire possible sur le plan environnemental.

Une métamorphose très technique

Le principal défi de cette rénovation réside dans l’équation complexe entre performance thermique et respect de la propriété intellectuelle de l’architecte fondateur. Rodo Tisnado, détenteur des droits moraux imprescriptibles attachés à l’œuvre, a été intégré au jury de concours pour garantir l’intégrité visuelle du bâtiment. Cette contrainte a imposé des limites strictes aux équipes de la maîtrise d’ouvrage de Territoire 25 et des architectes de l’agence DRLW. L’installation de brise-soleil orientables extérieurs, qui aurait été la solution la plus simple pour gérer les apports solaires, a notamment été proscrite sur la coque lisse du bâtiment afin de ne pas dénaturer son aspect originel.

Pour contourner cet obstacle, des solutions technologiques de pointe ont été privilégiées. Le projet prévoit l’utilisation de vitrages électrochromes sur la façade courbe, capables de modifier leur opacité pour contrôler les apports solaires tout en préservant la vue vers l’extérieur. L’équipe technique souligne que cette option permet d’éviter la sensation de « claustrophobie » tout en visant un confort d’été optimal (autour de 26 degrés) sans recours systématique à la climatisation traditionnelle, grâce notamment à des brasseurs d’air, free cooling nocturne et une ventilation double flux performante, avec récupération de chaleur à 83 %. Côté chauffage, en hiver, l’isolation permettra de diviser par trois les besoins énergétiques et le bâtiment sera raccordé au réseau de chaleur de la ville. Enfin, des panneaux photovoltaïques seront installés en toiture.

Au-delà de l’enveloppe, c’est toute l’organisation intérieure qui est repensée. Une nouvelle entrée sera créée pour améliorer la visibilité du siège de la métropole, et le rez-de-chaussée accueillera une grande salle communautaire vitrée, symbole de la transparence de la vie publique. Ce réaménagement a fait l’objet d’une concertation poussée avec les agents. Initialement réticents aux vastes « open spaces », ces derniers ont obtenu une configuration privilégiant des espaces de travail de quatre à six postes, ainsi que l’ajout de cabines acoustiques et de vestiaires avec douche pour encourager les mobilités douces et la pratique sportive. Le bâtiment fera également l’objet d’un traitement acoustique très poussé, une question jugée prégnante par les quelque 180 agents présents sur le site.

Cette volonté d’exemplarité est scrutée de près par Terragilis, l’association qui porte la démarche Bâtiments Durables Bourgogne Franche-Comté (BDBFC) dans la région. Antonin Madeline, directeur de Terragilis, explique la philosophie de cet accompagnement : « L’idée est avant tout d’aider les maîtres d’ouvrage à faire progresser leurs opérations en leur proposant un outil d’évaluation sur tous les enjeux du développement soutenable. C’est un espace où on peut échanger entre professionnels et essayer d’apprendre à partir des opérations présentées. Évaluer pour évoluer ». Le projet du bâtiment BB3, actuellement en phase conception, affiche un score de 47 points sur la grille BDBFC + 7 points de cohérence durable obtenus à l’issue de la commission d’évaluation qui s’est tenue le jeudi 11 juin, le positionnant pour l’instant, avec 54 points au total, au niveau « Bronze », avec des marges de progression identifiées notamment sur la biodiversité et la gestion de l’eau.

L’économie circulaire constitue un autre pilier du chantier. Le diagnostic ressources a permis d’identifier des matériaux pouvant être réemployés sur site, comme les radiateurs, certains équipements de sécurité ou, de manière plus emblématique, certains vitrages de la façade actuelle qui seront transformés en cloisons intérieures pour les nouveaux bureaux. En conservant la structure primaire et en réutilisant les panneaux d’aluminium, le projet limite son empreinte carbone tout en respectant le tracé architectural initial. Les travaux, dont le début est prévu pour 2027, pour une livraison fin 2029, début 2030, devront prouver qu’une icône du tertiaire des années 1990 peut réellement entrer dans l’ère de la sobriété.