La France a effacé le choc Covid, mais pas toutes ses séquelles
Économie. Six ans après la pandémie, l’économie française semble avoir retrouvé son rythme de croisière.
Six ans après la pandémie, l’économie française semble avoir retrouvé son rythme de croisière. Selon les estimations de la Banque de France, le PIB potentiel, c’est-à-dire le niveau maximal de production compatible avec l’absence de tensions inflationnistes, aurait renoué fin 2025 avec sa dynamique de croissance d’avant-crise. Pour autant, le choc du Covid n’a pas disparu sans laisser de traces.
Par définition, le PIB potentiel ne se mesure pas directement. Il résulte d’une estimation prenant en compte le capital productif, le volume d’heures travaillées et la productivité avec laquelle ces deux facteurs - travail et capital - sont utilisés. Cette notion est particulièrement suivie par les banques centrales, car l’écart entre le PIB observé et le PIB potentiel constitue un indicateur avancé des risques d’inflation ou, au contraire, de ralentissement économique.
La principale conclusion de l’étude de la Banque de France est que la trajectoire du PIB potentiel demeure légèrement inférieure à celle qui aurait prévalu sans la pandémie. Fin 2025, l’écart atteindrait environ 0,7 % par rapport au prolongement de la tendance antérieure au Covid. L’essentiel de cette différence proviendrait du secteur non marchand (santé, éducation, administration publique), tandis que les activités marchandes n’expliqueraient qu’une faible part de ce décrochage.
Cette relative résistance de l’économie française repose sur un phénomène marquant : la forte progression de l’emploi depuis 2022. L’augmentation de la population active, le dynamisme des recrutements et le développement de l’apprentissage ont permis d’accroître le volume de travail disponible. Cette contribution positive a toutefois été presque entièrement compensée par une baisse durable de la productivité.
Selon la Banque de France, plusieurs facteurs expliquent ce recul. Les confinements ont pu freiner l’innovation, l’investissement immatériel et l’acquisition de compétences. S’y ajoute un effet de composition : une partie des nouveaux emplois créés concerne l’embauche massive de nouveaux apprentis, des profils auparavant éloignés du marché du travail ou faiblement qualifiés, ce qui réduit mécaniquement la productivité moyenne. La progression d’activités fortement intensives en main-d’œuvre pourrait également avoir joué un rôle.
À moyen terme, la question démographique devient centrale. Pour la période 2026-2028, la plupart des institutions internationales situent la croissance potentielle française entre 0,9 % et 1,2 % par an. La productivité continuerait d’en fournir environ la moitié, tandis que le capital et le travail contribueraient chacun pour un quart.
Mais le facteur travail devrait progressivement perdre de son importance. Malgré une hausse attendue du taux d’activité et la poursuite de la baisse du chômage structurel, le vieillissement de la population pèsera sur la croissance de la population active. Autrement dit, la capacité de l’économie à créer davantage de richesse dépendra de plus en plus des gains de productivité.
Dans ce contexte, l’intelligence artificielle apparaît comme une opportunité majeure. Son adoption à grande échelle pourrait soutenir durablement la croissance potentielle française. À l’inverse, la fragmentation géopolitique et la remise en cause de chaînes de valeur mondialisées demeurent des risques susceptibles d’en freiner la progression. Au final, si la France a retrouvé son rythme d’avant-Covid, il lui reste désormais à relever le défi de la productivité.