La Lisa dévoile ses tous premiers atouts
Yonne. Le conseil départemental de l’Yonne a inauguré, lundi 23 février, la première section de la Liaison sud d’Auxerre (Lisa), sous sa ma^itrise d’ouvrage. D’une longueur de 1,7 km sur les 3,6 que compte le tronçon, elle relie le rond-point de Villefargeau à celui de Chevannes.
Une ouverture à la circulation comme symbole de la fin d’un mythe. Serpent de mer, Arlésienne et même « chasse au dahu », comme l’a soufflé malicieusement Dominique Chambenoit, le maire de Chevannes, dans son discours inaugural. Lors de ces 40 dernières années, commentateurs habilités et observateurs patentés ne savaient plus à quelle figure de style se vouer tant ce qui s’est appelé, tour à tour, déviation, contournement et enfin « liaison sud » a fait couler d’encre et défrayer la chronique. Sans jamais prendre tournure autrement que sous la forme d’une promesse de campagne ou d’un entrefilet parfois acerbe. Métaphores, allégories et autres antonomases peuvent dorénavant être remisées dans les précis de langue française puisque le tronçon, entre le rond-point de Villefargeau et le nouveau rond-point de Chevannes, peut dès à présent être emprunté par les usagers, concrétisant ainsi la phase liminaire d’un programme d’aménagement du territoire ambitieux.
Il aura fallu tout à la fois conviction, consensus politique, et un petit coup de pouce de Jean Castex alors Premier ministre, pour que cette « Liaison sud d’Auxerre constitue l’un des projets d’infrastructure les plus structurants pour le territoire de l’Auxerrois et, plus largement, pour l’ensemble du département de l’Yonne » et puisse enfin tracer son sillon dans le paysage. Après 15 mois de chantier, mobilisant 35 personnes chaque jour, 300.000 m3 de terrassements réalisés ou encore 20.000 tonnes d’enrobés mises en oeuvre, la nouvelle voie reliant les deux giratoires constitue donc l’étape fondatrice à la construction future de la Lisa et, en premier lieu, de la section placée sous maîtrise d’ouvrage départementale qui reliera à terme la RD 965 à la RN 15. Il faudra, pour cela, achever l’élévation d’un viaduc de franchissement du ru de Vallan d’une longueur de 220 mètres. Selon Christophe Bonnefond, le vice-président en charge des travaux et des infrastructures, cette seconde section pourrait être inaugurée « d’ici 15 à 18 mois ». Le montant de l’ensemble aura alors coûté 33 M€, financés avec le concours de l’État à hauteur de 7 M€ et de la ville d’Auxerre à hauteur de 15,37 M€.
Vecteur d’une attractivité nouvelle
Le président du conseil départemental de l’Yonne, Grégory Dorte, en est convaincu : la mise en circulation de l’intégralité de la voie nouvelle représentera bien plus qu’une « amélioration indispensable du cadre de vie pour les habitants », en désengorgeant notamment le centre-ville d’Auxerre et des communes limitrophes. Selon les résultats de certaines études avancés par la collectivité territoriale, ce sont quelque 15.000 véhicules, dont 1.000 camions, qui ne devraient plus transiter par la préfecture de l’Yonne quotidiennement. « C’est aussi un projet d’attractivité du territoire qui contient un aspect économique et touristique fondamental », en tissant « des ramifications entre l’Auxerrois, la Puisaye et le Chablisien, et en reliant Guédelon, à Chablis, à Vézelay et à Meaulnes… ».
Dans quelques mois, la section sous maîtrise d’ouvrage de l’État devrait être, à son tour, lancée. « Un chantier unique en France par son importance », dont la livraison est attendue au mieux à l’horizon 2028. Au total, la création de cette liaison de 9,9 km qui connectera le nord-ouest de l’Auxerrois à son sud-est (au niveau d’Auxerrexpo), enjambant la rivière Yonne au passage, devrait nécessiter, de la part des collectivités, un financement croisé à hauteur de 148 M€ - 41,35 M€ de la part du conseil départemental de l’Yonne, 38,63 M€ de l’État, 27,65 M€ de la communauté d’agglomération de l’Auxerrois, 25 M€ du conseil régional de Bourgogne Franche-Comté et 15,37 M€ de la ville d’Auxerre. Une somme conséquente, mais néanmoins indispensable, au risque sinon de voir le projet renvoyé une fois encore aux calendes grecques…