Collectivités

La Maison de Colette, manne providentielle de la Puisaye

Yonne. Dix ans après son ouverture au public, la maison d’enfance de l’écrivaine, reconstituée après un patient travail d’archives, ne cesse d’émerveiller les visiteurs adeptes d’un tourisme « plus culturel » et de revitaliser un territoire qui n’en espérait pas tant.

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Photo de la Maison de Colette
En état de délabrement avancé lors de son rachat par l’association, la Maison de Colette, qui célèbre cette année le dixième anniversaire de son ouverture au public, a notamment bénéficié du concours de la Fondation du patrimoine pour sa restauration. En bas à gauche : la bibliothèque. Crédit : Colombe Clier - Maison de Colette

« La maison était grande, coiffée d’un grenier haut. La pente raide de la rue obligeait les écuries et les remises, les poulaillers, la buanderie, la laiterie, à se blottir en contre-bas tout autour d’une cour fermée », peut-on lire dans La Maison de Claudine, publié en 1922. Nul auteur par le monde n’a décrit avec une telle précision sa maison natale que Colette l’a fait au fil de son oeuvre. Nul n’y a aussi conservé un attachement si charnel tout au long de sa vie. Acquise en 2011 par l’association « La Maison de Colette », la bâtisse labellisée depuis Maison des illustres a nécessité d’importants travaux avant d’être restituée au public, il y a 10 ans. Indispensable à l’ouverture, l’étape liminaire de restauration, celle concernant la maison en elle-même, le bâtiment mitoyen et les jardins, avait mobilisé 1,5 M€ en son temps. Quant à la deuxième tranche portant sur la réhabilitation des communs, en cours d’achèvement, une somme s’élevant à 800.000 € a d’ores et déjà été investie. Estimée entre 150.000 et 200.000 €, l’ultime étape du projet – l’installation des archives et l’implantation d’un studio de recherche – devrait démarrer bientôt mais, contrairement aux opérations précédentes, financées aux deux tiers par des deniers publics, celle-ci sera intégralement subventionnée par des fonds privés.

« Cela peut paraître des sommes importantes mais 100 % de cet argent a été directement injecté dans l’économie locale puisque l’association s’était engagée à ne faire appel qu’à des entreprises de l’Yonne », rappelle Frédéric Maget, le directeur des lieux et l’un des deux salariés permanents de la structure, qui emploie, par ailleurs, entre trois et cinq saisonniers lors de la saison touristique. « L’investissement s’est montré plutôt pertinent… » Côté gestion, l’association sait faire preuve d’agilité et d’imagination avec un budget annuel qui s’élève à 400.000 €, dont 20.000 € seulement proviennent d’une unique subvention, attribuée par le conseil départemental de l’Yonne. L’essentiel des ressources est donc constitué par le recours à l’autofinancement issu principalement de la recette de la billetterie, de la boutique et des dons. « C’est un modèle économique atypique qui dépend de variables que nous ne maîtrisons pas toujours, comme la canicule, l’inflation et les crises diverses. » Une mécanique fragile donc qui n’empêche pas cependant l’association de prendre en charge 90 % de la programmation culturelle, composée de conférences, de projections, de festivals littéraires et d’ateliers culinaires.

Initiative ô combien salvatrice

La chambre de Juliette, « la soeur aux longs cheveux » qu’occupera Colette après le mariage de Juliette, née d’un premier mariage de Sido, leur mère. Crédit : Colombe Clier - Maison de Colette

Enclavé et « sous-équipé », à l’image du vaste territoire de Puisaye-Forterre dont il est aujourd’hui l’un des plus brillants ambassadeurs, le village de Saint-Sauveur-en-Puisaye a concilié son destin avec celui de son « enfant terrible » en 1995 avec l’ouverture du musée municipal dédié à l’oeuvre de l’écrivaine. Mais c’est surtout à partir des années 2010, avec la patrimonialisation de Colette et le rachat de sa maison d’enfance, que des effets tangibles se sont fait ressentir sur la commune, et au-delà. En 2011, Saint-Sauveur-en-Puisaye ne comptait aucun restaurant et une seule chambre d’hôte. « Aujourd’hui, vous avez cinq établissements et huit chambres d’hôte », détaille Frédéric Maget, « beaucoup de commerces se sont installés, le marché hebdomadaire fait le plein et l’attractivité économique a été décuplée ». Le marché de l’immobilier, quant à lui, n’a jamais été aussi dynamique, les agences parisiennes n’hésitant pas à sonder le territoire pour proposer des résidences secondaires « premium » à sa clientèle. « La Puisaye est devenue le nouveau Perche », glisse le professeur de lettres détaché de l’Éducation nationale.

« La Maison de Colette, ce sont des reportages dans le Washington Post, le New York Times,
le Herald Tribune et au Japon… Une opportunité de développement et de notoriété extraordinaire ».
-  Frédéric Maget, directeur

Crédits : Colombe Clier - Maison de Colette

À l’instar du château de Ratilly et de Guédelon, la Maison de Colette habitée par la mémoire de son ancienne pensionnaire participe, indubitablement, à façonner un nouvel imaginaire à ce pays de bocages éloigné des grands axes de communication, agissant comme un levier de développement économique et social sans précédent. Mais aussi en s’étant transformé en véritable phénomène médiatique jusqu’à l’international. « La Maison de Colette, ce sont des reportages dans le Washington Post, le New York Times, le Herald Tribune et au Japon… Une opportunité de développement et de notoriété extraordinaire pour Saint-Sauveur et la Puisaye. » D’autant que l’engouement autour de l’autrice de Sido n’est pas près de fléchir, à en croire Frédéric Maget, tant son oeuvre semble connectée à des enjeux des plus contemporains, tels que l’égalité femme-homme, l’écologie ou le rapport à la célébrité. Une bravade posthume en quelque sorte pour « Colette la scandaleuse » puisque, selon la légende, elle n’aurait pu assister en 1925 à l’inauguration d’une plaque commémorative à son nom, les habitants de Saint-Sauveur-en-Puisaye, furieux du sort qui leur fut réservé dans le roman Claudine à l’école, l’auraient attendue des pierres à la main. O tempora, o mores !