Collectivités

La Nièvre veut inventer le SDIS de demain

Nièvre. Après un été où des milliers de pompiers ont été mobilisés pendant des semaines partout en France, la Nièvre lance « Merci les pompiers, la Nièvre vous ouvre ses portes ». Une opération séduction pour remercier, mais aussi pour poser les bases d’un nouveau modèle pour les SDIS.

Lecture 4 min
Photo de Séverine Bernard, Fabien Bazin, Sébastien Keller et Mickaël Maunoir
De gauche à droite : Séverine Bernard, présidente de Nièvre Attractive, Fabien Bazin, président du conseil départemental de la Nièvre, le colonel Sébastien Keller, directeur départemental adjoint du SDIS 58, et le capitaine Mickaël Maunoir, président de l’Union départementale des sapeurs-pompiers de la Nièvre. Crédit : JDP /Image améliorée par l’IA.

À partir du 4 septembre et jusqu’aux vacances de la Toussaint, une centaine de familles de sapeurs-pompiers sont invitées à « souffler » dans le département : « C’est notre manière de leur dire merci. C’est aussi une certaine idée de la solidarité entre les territoires : lorsque certains sont durement éprouvés, d’autres doivent savoir répondre présents », justifie Fabien Bazin, président du conseil départemental. En quelques semaines, plus de 100 hébergeurs partenaires se sont mobilisés, proposant des réductions, certains allant jusqu’à la gratuité totale. Le coût global, estimé entre 30.000 et 60.000€, est réparti entre le département, le SDIS 58 et les professionnels de l’hébergement. La démarche s’inscrit dans la continuité de la campagne « Essayez la Nièvre », qui avait généré à elle seule environ 2M€ de contrevaleur publicitaire nationale : « Ça montre aussi que dans les territoires comme les nôtres, il y a des idées, il y a des choses qui se mettent en place parfois à moindre coût, très factuelles, très "bon sens paysan" », explique le capitaine Mickaël Maunoir, président de l’Union départementale des sapeurs-pompiers.

Derrière cette opération, la Nièvre entend devenir territoire pilote pour une réflexion sur l’évolution des SDIS : « On a fait le choix d’augmenter notre contribution de 10,7 M€ en 2022 à 13,8 M€ en 2026, alors que de nombreux départements ont plafonné la leur », argumente Fabien Bazin.

La valeur du « sauvé »

Le colonel Sébastien Keller, Directeur départemental adjoint du SDIS 58 depuis cet été défend, lui, la « valeur du sauvé » : « Il y a la notion de superficie brûlée, mais aussi la notion de préserver qui prend de plus en plus d’importance. À Brassy et Villapourçon, cet été, les secours ont sauvé maisons, entreprises et un parc photovoltaïque pour plusieurs millions d’euros. C’est un nouvel indicateur permettant de mieux mesurer l’action du SDIS ». D’où une idée… celle de faire contribuer les assureurs : « On a fait économiser aux assureurs plusieurs dizaines de millions d’euros à l’année. Qu’on leur demande de prendre, ne serait-ce que 10%, et on commence à changer la face du chemin », esquisse Fabien Bazin. Avec cette proposition se dessine une véritable rupture conceptuelle, celle de financer le « sauvé ».

Et sur le sujet, l’autre défi est humain. Avec 1.100 volontaires pour 170 pompiers professionnels, se pose la question de la disponibilité : « Pour les grandes entreprises, c’est sans conséquence ou presque, mais pour l’artisan qui a promis que la salle de bain serait livrée ce vendredi... Si le gars doit partir, la salle de bain ne sera pas remise », résume Mickaël Maunoir. Une idée serait donc d’indemniser les employeurs, de créer une Responsabilité Territoriale des Entreprises et de former les citoyens.

Des pistes qui, le 29 mai à Montreuillon, ont réuni 350 signataires dans un Appel qui sera transmis au Premier ministre. Parmi elles : le financement du permis pour jeunes volontaires et, plus globalement une revalorisation du volontariat : « Le volontariat ne peut plus être considéré comme une affaire individuelle du pompier ; il doit devenir une responsabilité partagée entre l’État, les collectivités et les employeurs » conclut le président du conseil départemental.