La solidarité prend la route dans le Tonnerrois
Yonne. Lancée il y a quelques semaines par l’association PierrePaul & Compagnie, Roul’Pierrette est un projet de territoire qui mêle lutte contre la précarité alimentaire et accompagnement social.
Chaque semaine, Benjamin prend le volant de Roul’Pierrette. À ses côtés, Aurélie accueille les habitants dans une ambiance qui rappelle l’épicerie de village d’autrefois. Chaque semaine, le camion fait halte deux heures dans chacune des seize communes desservies, offrant bien plus qu’un simple point de vente. « On a choisi de faire de l’itinérance parce qu’on est sur un territoire très rural. L’objectif est d’aller vers les habitants, de lutter contre l’isolement social et de recréer des lieux de rencontre, explique Stéphanie Mathieu, directrice de PierrePaul & Compagnie. On peut venir faire ses courses, mais aussi simplement discuter, comme on allait autrefois voir l’épicier du coin ».
Le fonctionnement est lui aussi pensé pour favoriser la mixité. Les clients solidaires paient leurs achats au prix classique. Les personnes orientées par un travailleur social ne règlent, elles, que 20 à 50 % du montant de leurs courses selon leurs ressources. « On a voulu une épicerie ouverte à tout le monde pour éviter la stigmatisation. Dans un petit village, il n’est pas toujours facile de demander de l’aide », poursuit Stéphanie Mathieu. À l’intérieur du camion, Benjamin ne se contente pas d’encaisser les achats. Pour Aurélie, bénévole investie depuis les premières heures du projet, cette proximité fait toute la différence. « On est là pour les habitants. L’idée est de faire avec eux et pour eux afin d’améliorer leur qualité de vie. »
Changer d’échelle
Les premiers bénéficiaires ne cachent pas leur satisfaction. Laurent Da Silva, venu pour la deuxième fois, repart avec trois sacs remplis. « 32 € de courses au lieu de 150 €. Heureusement qu’ils sont là ! » lance-t-il. Souffrant de problèmes de santé, il apprécie aussi la proximité du service : « C’est tout près de chez moi. Je n’ai plus besoin d’aller chez Aldi pour payer le triple. Ils rendent tout ça simple. » Tous les quinze jours, il attend désormais le passage du camion. Même constat pour Jean-Marc Andreu : « C’est une dépense, mais une dépense bien amoindrie par rapport aux magasins. »
« Il n’y a pas de modèle économique viable pour une épicerie sociale. Quand on revend des produits à 20 % de leur prix, on perd de l’argent. Il faut des financeurs pour nous accompagner, sinon ça ne peut pas fonctionner », reconnaît Stéphanie Mathieu. Pour poursuivre son développement, PierrePaul & Compagnie recherche aujourd’hui des partenaires financiers, logistiques et alimentaires, ainsi que de nouveaux bénévoles. L’association ne compte pour l’instant qu’un salarié dédié à Roul’Pierrette et espère rapidement renforcer son équipe.
À terme, le camion sera complété par un jardin nourricier collectif, des ateliers cuisine, des rencontres avec des producteurs et un chantier d’insertion. « Le jour où il n’y aura plus de besoins, le projet s’arrêtera... et tant mieux. Cela voudra dire que nous aurons réussi notre mission », conclut Stéphanie Mathieu.