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93e année

Le bien-être animal à la Citadelle sous la loupe des scientifiques

Environnement. Début avril, Anne Vignot, présidente de Grand Besançon Métropole et maire de la ville présentait la démarche initiée par la collectivité en vue de définir les futures orientations du parc zoologique de la Citadelle. Lancée en février, la première phase de ce plan doit s’étendre sur six mois.

L’entrée de la Citadelle de Besançon. JDP

Ce fut l’un des enjeux de la campagne des municipales de 2020, qui a portée l’écologiste Anne Vignot à la mairie de Besançon : quel avenir pour le zoo de la Citadelle Vauban ? Des éléments de réponse ont été apportés le 4 avril lors d’une conférence de presse présentant les modalités d’une démarche scientifique visant à établir sur six mois un état des lieux relatif au bien-être animal des espèces présentes sur le site classé par l’Unesco.

« Le Parc zoologique est clairement investi dans la sauvegarde d’espèces en danger depuis plus de 20 ans. Il affiche depuis quelques années une ambition forte d’accroissement du bien-être des animaux qu’il héberge, dans un contexte complexe lié à son périmètre non extensible, sa situation en zone urbaine et au cœur d’un monument historique. C’est pour répondre à cette volonté d’amélioration continue que se posent des questions d’orientation de la politique conservatoire du Muséum  : quelles espèces est-il judicieux d’héberger à la Citadelle ? Dans quels espaces ? Pour quels objectifs ? Des questionnements qui répondent à une demande sociétale de plus en plus forte et qui nous oblige à penser le rapport entre les humains et les animaux comme une interaction, une inclusion fondée sur un partage et non comme une opposition Homme/Animal », défend Anne Vignot présidente de Grand Besançon Métropole et maire de la ville.

« Il faut bien garder à l’esprit que depuis le début des années 1990, la Citadelle n’est plus un “zoo vitrine” mais un espace animalier de recherche et de conservation qui accueille plus de 70 % d’espèces menacées »

« Une composante animale interrogée à la fois au niveau de l’individu, de son bien-être social, nutritionnel, médical et psychologique, mais également au niveau de l’espèce, de la pérennité de cette dernière et du rôle de sanctuaire, de conservatoire, que le parc de la Citadelle pourrait être amener à jouer encore davantage ». Face à la pluralité des questionnements et la complexité des enjeux, la ville a décidé de mettre en place, sur un an, une démarche ambitieuse et unique au sein d’un parc zoologique public, qui permettra de définir les orientations futures du parc animalier de la Citadelle.

Trois groupes de travail pour définir le futur du parc animalier

Le dispositif repose sur la constitution de trois groupes :

  • Le groupe Projet, composé des équipes du Muséum de la Citadelle et des élus de la ville de Besançon. Son rôle consiste à émettre des pistes de réflexions pour l’avenir du parc zoologique, puis de travailler conjointement avec les différents protagonistes pour valider les propositions d’évolutions et les actions à mener à l’avenir.
  • Le groupe Partenaires est constitué de représentants d’associations et d’institutions publiques de référence dans le domaine de la conservation. Il est chargé d’émettre un avis sur les principales pistes formalisées par le groupe Projet.
  • Le comité scientifique, quant à lui, est chargé d’émettre un avis scientifique sur ces mêmes pistes de réflexion et actions. Il réunit entre autres vétérinaires, chercheurs, philosophes, biologistes, éthologues et écologues...

Au-delà de la notion de pluridisciplinarité qui voit interagir associations de la question animale, scientifiques, élus, techniciens, vétérinaires et soigneurs du site, l’idée est de réaliser, « un travail très objectivé, basé sur la méthodologie scientifique, qui met de côté toute subjectivité et transcende les clivages, afin d’obtenir un vrai référentiel du bien-être animal en parc zoologique. Et c’est bien en cela que notre initiative est unique au monde. En effet, la seule étude réalisée sur des animaux de zoo et assez ancienne et porte uniquement sur des éléphants. Je suis ainsi fière que Besançon monte aujourd’hui une équipe pionnière dans ce domaine, et dont les résultats feront références », affirme l’édile.

De gauche à droite : Marie-Thérèse Michel, conseillère municipale déléguée à la condition animale, Alexandre Arnodo, directeur de la Citadelle et Anne Vignot, présidente de Grand Besançon Métropole et maire de la ville. JDP

« Il faut bien garder à l’esprit que depuis le début des années 1990, la Citadelle n’est plus un “zoo vitrine” mais un espace animalier de recherche et de conservation qui accueille plus de 70 % d’espèces menacées. Pour exemple, un grand nombre des Ibis qui volent aujourd’hui en Andalousie sont nés ici, il en va de même, plus localement, de l’apron... Moins connu, la Citadelle travaille aussi à la protection de la biodiversité au-delà de ces frontières, notamment avec Voies navigables de France (VNF) sur un programme de capture, d’hébergement et de reproduction à la Citadelle de couleuvres vipérine, avant certains travaux d’aménagement de cours d’eau, et réintroduction sur site six mois après. De même nos travaux sur les remparts s’accompagnent systématiquement de la création de nichoirs pour les oiseaux (faucon pèlerin, grand-duc...) qui évoluent sur le site. L’ensemble de l’équipe du Muséum de Besançon est reconnu à l’échelle internationale pour ses compétences zootechniques et ses capacités d’élevage d’espèces sensibles. Le Muséum est le lieu de naissances d’espèces rares, pour lesquelles parfois la naissance en captivité est une première (écrevisses, méduses, amphibiens…), explique Alexandre Arnodo, directeur de la Citadelle de Besançon. Ainsi quand, il a été question de mettre en place cette démarche inédite, nos équipes qui comptent 22 soigneurs, deux biologistes et trois vétérinaires ne partaient pas de zéro. Mais par sa volonté de référentiel, cette initiative offre une toute nouvelle ampleur à notre travail ».

Des premiers résultats obtenus grâce à l’approche scientifique

Deux experts ont ainsi été recrutés pour renforcer les compétences des équipes du zoo bisontin :

  • Fabienne Delfour, éthologue spécialisée en comportement, cognition, bien-être animal et relation homme-animal. Également directrice de la société Animaux et Compagnies, elle forme et encadre des soigneurs animaliers dans plusieurs établissements zoologiques.
  • Jonas Livet, biologiste spécialiste en zootechnie. Avec sa société Fox Consulting, il a développé une expertise pour assister les parcs zoologiques modernes, dont l’objectif est de créer d’excellentes conditions de vie pour les animaux, une expérience de visite inoubliable forte pour les visiteurs, ainsi que des conditions de travail optimales et confortables pour les équipes.

Lancée en février, la première étape de ce dispositif innovant a déjà montré quelques résultats parfois contre-intuitifs à l’image du cas du couple de tigres. «  Pour des raisons de santé le mâle ne peut pas être déplacé. Il a donc été décidé de profiter du départ du lion en mai 2021 pour offrir plus de place aux tigres en leur donnant accès à l’enclos voisin, hier occupé par le lion. Or, contre toutes attentes, les tigres ne se sont pas étendus sur l’autre terrain. L’éthologue nous explique que les tigres sont des animaux d’affût, qui ont besoin de zones où se cacher, ils n’aiment dont pas les espaces libres de type savane présents dans la cage du lion. Ainsi, l’approche scientifique nous permet de lutter contre des approches trop simplistes  », appuie Anne Vignot.

De nouvelles espèces en observation cet été

« Outre les deux tigres, cette première phase de suivi du bien-être animal cible 13 espèces de primates, ainsi que des oiseaux, explique Fabienne Delfour. Depuis le 1er février quatre espèces (Langur de François, Gibbon à favoris roux, Ara de Buffon et tigre) font l’objet d’un suivi spécifique. Toute équipe du parc a été formée afin de faire remonter, via une application téléphonique, deux fois par jour des mesures basées sur le milieu de vie (état des lieux de l’habitat) et les comportements exprimés par l’animal. Les premières données collectées font notamment remonter un besoin de complexifier l’accès à la nourriture pour encourager les déplacements (celle-ci sera par exemple mise en hauteur pour les tigres). Un travail visant à rendre plus modulable les enclos est en cours (ajout ou suppression d’agrès chez les singes). De même, il est question de mettre fin au nourrissage à heure fixe, d’offrir plus de zones d’occultation aux animaux... autant de changements bénéfiques qui stimulent l’animal et les liens sociaux ».

Aujourd’hui, 30 heures d’observations par cohortes d’individus ont été recueillies. En juin six nouvelles espèces de primates rejoindront cette étude. D’ici la fin de l’année, l’expérience entrera dans sa seconde phase (estimée à six mois). Tout en poursuivant le suivi du bien-être animal, l’éthologue et le biologiste élaboreront des préconisations pour un plan de présentation d’espèces au public, combinant actions de conservation et bien-être animal, tout en prenant en compte les contraintes physiques du site. Un document de synthèse exposera de façon neutre les principales problématiques, réflexions, plans d’actions, suggestions soulevées, avant avis définitif et passage en conseil municipal.

Frédéric Chevalier