Collectivités

Le conseil départemental de la Côte-d’Or déploie ses solutions IA souveraines

Côte-d’Or. 104 GPU, 5 M€ d’investissement : dans le département qui se veut pionnier en la matière, l’Intelligence artificielle devient la nouvelle alliée des maires et des agents des collectivités. Objectif : s’affranchir des Gafam et protéger la data des risques de cyberbattaques.

Lecture 7 min
De gauche à droite : Stephen Loureiro, directeur de la transformation, Daniel Percheron, directeur général des services du CD 21, François Sauvadet, président du conseil départemental 21 et Alain Lamy, conseiller départemental. (Crédit : JDP.)

Face à la menace cyber et à l’hégémonie des Gafam, le conseil départemental de la Côte-d’Or investit 5 M€ pour devenir un pionnier de l’IA et de la souveraineté des données parmi les collectivités territoriales. Une stratégie de rupture que le président François Sauvadet veut à la fois pragmatique - puisque dotée de son modèle économique - et offensive, ainsi qu’il l’a présentée, mardi 10 février.

Policloud et direction dédiée

Depuis trois ans, le département n’a pas seulement modernisé son parc informatique ; il a opéré une mutation structurelle profonde. En créant une Direction du numérique et de l’IA, François Sauvadet a fusionné les infrastructures physiques et l’intelligence logicielle. Pour piloter ce navire, il s’appuie sur une équipe agile, conçue comme une « start-up interne à la maison », de data experts et d’un manager. L’investissement est massif : 5 M€ dont 1 M€ pour le seul Policloud, un data center souverain aux allures de container hébergé « quelque part en Côte-d’Or », doté de 104 GPU de dernière génération. « C’est un véritable arsenal technologique dont nous sommes propriétaire avec une puissance de calcul considérable, l’équivalent de 50.000 ordinateurs qui fonctionneraient en même temps », s’enorgueillit François Sauvadet. Une puissance de calcul dont le conseil départemental a sancturisé une part, le reste étant « louable » par d’autres collectivités ou des sociétés : François Sauvadet l’assure, l’équipement sera rentabilisé dans trois ans.

L’IA comme outil de pilotage fin

Loin des fantasmes de science-fiction, l’intelligence articificielle en Côte-d’Or se veut pragmatique. L’IA prédictive, va par exemple servir à anticiper les crues, à protéger les agents sur les routes ou à optimiser l’énergie des bâtiments départementaux, grâce à l’un des projets les plus spectaculaires : la création d’un « Jumeau Numérique » du territoire (« Côte-d’Or Map ») à la précision inédite en France à l’échelle d’un département. Un deuxième outil, « Côte-d’Or Street » permettra à terme aux collectivités locales de faciliter l’exercice de leurs compétences (voierie par exemple) et sera également une aide à la décision dans le secteur de l’aménagement du territoire ou de la valorisation touristique par exemple : « Nous avons numérisé 8.489 km de routes départementales et de véloroutes avec une précision de l’ordre du centimètre, explique. C’est beaucoup plus précis que Google et nous sommes propriétaires des images, se félicite François Sauvadet. L’outil IA n’est pas une finalité, c’est un outil qu’on doit maîtriser. Cela nous aide déjà à des prises de décisions au plan national et au plan territorial pour agir plus justement, plus près des besoins de chacun. »

Une IA « éthique »

Cette assistance va également permettre de dégager du temps qualitatif pour les agents et disposer d’une précision absolue de la data dans des domaines sensibles relevant de la compétence du conseil départemental tel que le social - l’exemple cité était celui d’un outil optimisé pour le calcul des bourses scolaires. Malgré cette entrée de plain-pied dans une fonction territoriale digitalisée, l’élu insiste sur le cadre légal et humain d’une « IA éthique » : la direction de la Transformation accompagne les agents, et « nous travaillons dans le respect des règles de droit et avec une éthique de l’IA. Nous travaillons beaucoup avec la CNIL qui nous accompagne sur tous ces enjeux pour garantir la question centrale des libertés », certifie François Sauvadet.

Pour le président du conseil départemental, l’indépendance numérique est une question de survie démocratique et de sécurité publique. Il s’inquiète notamment de la vulnérabilité des communes du département, dont 60 % utilisent encore des messageries américaines.

La guerre de l’« or noir » : protéger les communes

Stephen Loureiro, directeur de la Transformation, a ainsi illustré ce risque par un cas d’espèce, une commune dont les données étaient hackées chaque nuit par des entités en direction de l’Ukraine, de la Russie, de Hong-Kong ou de l’Iran... « La question aujourd’hui est celle de la donnée ; c’est notre or noir d’aujourd’hui. Ce qui me préoccupe beaucoup, ce sont les données des communes qui sont sur Gmail ou sur Yahoo, qui sont pompées et qui vont entre les mains des Gafam », confirme François Sauvadet. Pour contrer le risque du « rideau noir » - ces cyberattaques qui renvoient les administrations à « la gomme et au crayon de papier » - la Côte-d’Or a déployé depuis l’été 2025 un bouclier numérique complet : boîtier de protection en mairie, identités numériques sécurisées et coffre-fort numérique, afin d’éviter que des données sensibles ne soient piratées. 200 communes, sur les 698 du département, sont engagées dans la démarche d’appropriation de ces outils. Reste la question cruciale de l’acculturation du personnel dans les mairies et la sensiblisation, y compris dans les communes rurales, aux risques liés à la cybersécurité.