Le Siceco face aux défis du 100 % électrique
Côte-d’Or. Le Siceco, territoire d’énergie Côte-d’Or célèbre 120 ans de propriété locale des réseaux d’énergie. Entre victoire contre la recentralisation et bras de fer avec Enedis, son président Pascal Grappin dessine un avenir sous haute tension.
Le 15 juin dernier, le Siceco, territoire d’énergie Côte-d’Or, marquait un anniversaire symbolique : les 120 ans de la loi de 1906 qui a fait des communes les autorités organisatrices de la distribution d’énergie. Ce syndicat mixte, constitué en 1947, regroupe aujourd’hui 675 communes et 18 EPCI du département, à l’exception de la métropole dijonnaise. Pour Pascal Grappin, son président, cet héritage est le socle d’un modèle qui a fait ses preuves : « On ne casse pas ce qui marche depuis 120 ans et qui marche depuis 1947 ici ».
Cet anniversaire s’inscrit en effet dans un contexte de turbulences législatives. Le Siceco sort tout juste d’une bataille politique majeure contre le projet de loi de décentralisation lancé en 2025. Malgré son nom, le texte prévoyait, via son article 5, la création d’une conférence départementale des réseaux présidée par le Préfet. Pour les élus locaux, il s’agissait d’une « recentralisation de la programmation des investissements » déguisée. Pascal Grappin ne cache pas son soulagement après le retrait du texte en juillet 2026 : « L’État jette l’éponge sur son projet de loi. Cette victoire permet de préserver la libre administration des collectivités, mais la vigilance reste de mise car le sujet pourrait revenir après les prochaines échéances électorales ».
Le tout-électrique face à l’obsolescence des réseaux
Au-delà de la gouvernance, c’est l’état physique du réseau qui inquiète. La France s’engage vers une généralisation de l’électrification (chauffage, mobilité, climatisation...), alors que les infrastructures vieillissantes subissent de plein fouet le changement climatique. « Aujourd’hui, on a une inquiétude qui est importante : les moyens déployés par Enedis ne sont pas au rendez-vous de l’histoire », tance Pascal Grappin. Le président souligne la vulnérabilité des câbles anciens face aux canicules : « Quand il fait 40° C sur le bitume, en profondeur, là où le réseau est enterré, il fait 80° C. L’isolant fond, ça fait un arc électrique et puis boum, ça pète ».
Le contrat de concession avec Enedis, prestataire choisi par le syndicat, arrive à échéance le 31 décembre 2028. Les négociations pour le futur contrat de 30 ans (2029-2059) s’annoncent rudes. Le Siceco reproche notamment à Enedis de vouloir allonger la durée d’amortissement des réseaux de 50 à 60 ans pour des raisons comptables, au détriment de l’investissement. « On ne peut pas simplement se contenter de renouveler à l’identique, c’est pas possible, il faut obligatoirement l’adapter, améliorer le contrat face aux nouveaux usages », insiste Pascal Grappin. Un contentieux est d’ailleurs en cours devant la cour administrative d’appel de Lyon pour contester certaines pratiques du concessionnaire.
La question du raccordement des énergies renouvelables (ENR) cristallise également les tensions. Si le Siceco accompagne financièrement et techniquement les communes dans le photovoltaïque (via sa Sem, dont les actionnaires incluent la Banque des Territoires et la région), endossant également un rôle de tiers de confiance, le réseau sature. « Nous avons bon nombre de projets qui n’avancent plus, car il n’est pas possible de les raccorder au réseau, faute de postes sources suffisants », explique le président, pointant l’incohérence de l’État qui pousse pour l’accélération des ENR tout en limitant les moyens de son bras armé, Enedis.
La création d’un poste source nécessite en effet entre deux et trois ans d’études et un an et demi de travaux, ainsi que de lourds investissements. « Seulement trois postes sont prévus pour 2030 en Côte-d’Or. Et, j’ai bien peur qu’ils ne soient saturés le jour même de leur ouverture en raison de la "queue" de projets en attente », alerte Pascal Grappin, qui évoque également le cas de l’éolien qui a montré ses limites sur le département notamment en raison d’un « écheveau de contraintes ». « Tout le monde reconnaît sa nécessité, mais personne n’en veut à proximité de chez lui. Puis, il y a en Côte-d’Or, une multitude de sites protégés où l’implantation n’est pas possible ou rendue très contraignante par des normes strictes issues de la Dreal, de la DDT, ou des Bâtiments de France, limitant grandement le champ des possibles. Ainsi, notre Sem a récemment dû reculer sur trois dossiers éoliens ».
Malgré ces défis, le Siceco réaffirme son engagement envers la solidarité intercommunale et la péréquation, garantissant que chaque usager, même au « fin fond des campagnes », paie son électricité au même prix et bénéficie d’un réseau de qualité. Pour Pascal Grappin, la mission reste claire pour les années à venir : « solidarité, mutualisation et collégialité dans la prise de décision ». Le syndicat se prépare ainsi à franchir le cap de 2029 avec une provision de 4 M€ pour aborder sereinement les futures négociations avec Enedis, pallier au manque à gagner lié à une éventuelle non signature du contrat de renouvellement et garantir la pérennité du service public de l’énergie en Côte-d’Or.