Logement en région : des besoins divisés par trois
Logement. D’ici 2050, la Bourgogne Franche-Comté aura besoin de 92 000 logements, trois fois moins qu’hier. Entre déprise démographique à l’ouest et vieillissement, le défi bascule vers la rénovation du bâti.
Selon les projections conjointes dévoilées par l’Insee et la Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement (Dreal), la Bourgogne Franche-Comté n’aura besoin que de 92.000 logements supplémentaires d’ici à 2050 pour répondre aux besoins de ses habitants. Entre 2000 et 2020, pas moins de 257.000 constructions avaient été mises en chantier, soit un rythme près de trois fois supérieur. Par ailleurs, selon l’Insee, près des deux tiers des besoins (54.600 logements) seront absorbés avant 2030, et 95 % avant 2040. Passé ce cap, la période 2041-2050 ne nécessitera qu’un apport résiduel estimé à 5.300 unités.
Toutefois, alors même que la population régionale globale enregistre un repli régulier, le nombre de ménages continue d’augmenter au rythme de +0,3 % par an jusqu’à l’orée des années 2030. « Le recul de la population est compensé par une diminution de la taille moyenne des foyers », souligne Patrice Perron, chef de projets de l’action régionale à l’Insee. La multiplication des séparations conjugales, des mises en couple plus tardives et, surtout, le vieillissement marqué des résidents gonflent la part des personnes vivant seules. Ce n’est qu’après 2030 que le tassement démographique l’emportera, entraînant une diminution globale du nombre de ménages de l’ordre de 0,1 % par an.
Cette dynamique globale recouvre par ailleurs une fracture spatiale aiguë. L’Ouest régional subit d’ores et déjà un recul net de ses ménages, un mouvement qui va progressivement s’étendre. À l’inverse, l’attractivité économique et frontalière maintient une pression soutenue sur des poches très ciblées. À terme, 60 % de l’ensemble des besoins régionaux se trouveront strictement concentrés sur Dijon Métropole, Grand Besançon Métropole, leurs couronnes périurbaines immédiates et la bande frontalière avec la Suisse.
Nouveaux équilibres
Face à cette géographie polarisée, les réponses traditionnelles fondées sur l’étalement urbain ne sont plus de mise. Avec l’urgence environnementale qui impose le respect des trajectoires du « Zéro artificialisation nette », la priorité publique se déplace de la construction vers la valorisation du parc existant. La mobilisation ciblée des logements vacants et des résidences secondaires pourra ainsi couvrir respectivement 18 % et 13 % des besoins régionaux entre 2031 et 2040.
Cette reconquête demeure toutefois complexe : la vacance de longue durée explose, en particulier dans les secteurs ruraux isolés, prisonnière d’une triple inadéquation géographique, qualitative et dimensionnelle. Faute d’une rentabilité suffisante au regard des prix de marché locaux, de nombreux biens dégradés ne trouvent plus preneur. Des mesures fiscales incitatives et un encadrement des meublés touristiques sont ainsi préconisés pour réinjecter ces biens dans le circuit classique des résidences principales.
L’autre volet crucial concerne la vocation sociale et la reconfiguration du bâti. La résorption du mal-logement et des situations de privation de toit exige à elle seule 21.600 attributions adaptées d’ici 2050, soit environ 800 logements par an. « La mobilisation du parc social représente un rôle central pour ces ménages prioritaires, dans le cadre du plan Logement d’abord », rappelle François Runge, chef du département connaissance à la Dreal BFC.
Enfin, l’essor des seniors isolés impose de repenser la morphologie de l’habitat : les grandes maisons individuelles, souvent énergivores, devront être transformées ou subdivisées en collectifs à taille humaine, au profit de petites typologies (T2, T3) équipées pour la perte d’autonomie et adaptées aux vagues de chaleur estivales.