Mécénat de proximité : le modèle gagnant de la Fondation du Patrimoine
Patrimoine. Alors que les budgets publics se contractent, le mécénat privé s’impose comme le nouveau pilier de la sauvegarde des territoires. En Bourgogne Franche-Comté, première région de France en volume d’aides redistribuées, reportées au nombre d’habitants, la Fondation du Patrimoine déploie une ingénierie financière unique, sans aucune subvention publique directe. Jean-Christophe Bonnard, délégué régional, détaille ce mécanisme où l’impôt devient un investissement local.
La Fondation du Patrimoine est depuis son origine le partenaire des collectivités pour la préservation du patrimoine vernaculaire français. Églises, lavoirs, four à pain, antique forge… pour les petites communes sans grand budget, la Fondation du Patrimoine est un outil indispensable sans lequel les projets de restauration resteraient à l’état de projet. Pour le grand public, elle est indissociable de la Mission patrimoine lancée par Stéphane Bern puisque la Fondation instruit les dossiers susceptibles d’être mécénés via le Loto du Patrimoine. Or le fonctionnement de cette Fondation d’utilité publique repose exclusivement sur des ressources privées et des mécanismes de redirection fiscale.
Au niveau national, la structure s’appuie sur la responsabilité sociétale de grands groupes : « Les mécènes ce sont par exemple AXA, TotalÉnergies, ou Dassault qui s’engagent, détaille Jean-Christophe Bonnard, délégué régional BFC. On n’a aucune subvention. On a des mécènes nationaux : c’est l’État qui nous donne une partie de la recette du Loto du patrimoine. On a aussi les souscriptions, les successions en déshérence dont une partie nous revient chaque année. » La Fondation doit donc se battre pour que les mécènes flèchent leurs dons en faveur du patrimoine – c’est la santé qui est, de loin, le premier secteur bénéficiaire du mécénat en France. Mais la Fondation a des arguments.
Transformer la fiscalité en levier territorial
Pour les chefs d’entreprise et les particuliers, le mécénat via la Fondation du Patrimoine n’est pas seulement un acte philanthropique, c’est un outil d’optimisation fiscale puissant au service de l’économie locale. Le dispositif permet de flécher son impôt vers des chantiers concrets, souvent situés à quelques kilomètres du siège social ou du domicile. Pour les entreprises, un don permet une déduction d’IS de 60 %. Pour les particuliers : une réduction d’IR de 66 % (et 75 % pour les personnes assujetties à l’IFI). Par ailleurs, estime Jean-Christophe Bonnard, « le patrimoine agit alors comme catalyseur de lien social puisque souvent des évènements sont organisés dans le but de collecter des dons. »
Ce lien social se double d’une efficacité redoutable sur le terrain : la Fondation ne se contente pas de collecter, elle démultiplie l’investissement. « La Fondation du Patrimoine abonde la collecte de deux façons. On apporte nos fonds propres de l’ordre de 20 % en plus de la collecte. Et on bonifie la collecte. » Pour une commune ou un propriétaire privé, le succès d’une souscription change radicalement l’équation budgétaire : « Ça nous permet de contribuer de façon importante au financement, cela peut représenter entre 15 jusqu’à 30 % de l’enveloppe de travaux. »
Un rempart contre la « catastrophe » patrimoniale
Le constat de Jean-Christophe Bonnard est lucide : sans l’apport du mécénat populaire et entrepreneurial, le patrimoine vernaculaire disparaîtrait. « On voit que les pouvoirs publics ont de moins en moins d’argent. Si le privé - c’est-à-dire les populations via la Fondation et d’autres - ne prennent pas le relais, ça sera catastrophique. »
En BFC, ce relais est une réalité tangible. L’an dernier, la Fondation a injecté 9 M€ dans l’économie régionale, dont 3,2 M€ issus directement de la collecte de proximité. Cela fait de la BFC la première région française en termes de sommes redistribuées par rapport au nombre d’habitants !
Retrouvez la suite de notre dossier sur le mécénat :
Le mécénat, moteur invisible de l’économie