Collectivités

Reloger les femmes victimes

Région BFC. L’union sociale pour l’habitat BFC et la Fédération nationale Solidarité Femmes ont renouvelé leur convention de partenariat, initiée en 2022, sur la période 2025-2028, afin de proposer un relogement aux femmes victimes de violences intrafamiliales. En 2025 en BFC, 537 demandes de logement social au motif de violences au sein du couple avaient été enregistrées.

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La possibilité d’avoir accès à un logement sûr est un impératif pour que les femmes victimes de violences intrafamiliales, éventuellement avec des enfants, puissent quitter le foyer dangereux et se reconstruire. (Photo d’illustration : Freepik.)

En 2025, selon les chiffres de l’Areha Est, 537 dossiers de demandes de logement social en BFC avaient pour motif : « Violences au sein du couple ». 261 entrées dans un logement avaient été permises. Or, l’accès à un logement sûr est un des impératifs pour permettre à une femme de quitter un foyer devenu dangereux par la faute d’un conjoint violent. Bien plus qu’un toit, ce relogement revêt un caractère pluriel d’urgence vitale pour échapper à des coups, des humiliations, de la violence psychologique des victimes jusqu’au suicide ; mais il est aussi le point de départ pour espérer à nouveau.

Un partenariat depuis 2022

Localement, les bailleurs sociaux et les associations d’aide aux femmes victimes se mobilisent déjà. Depuis 2022, l’Union sociale pour l’habitat, la fédération des 29 organismes de logement social de BFC et la Fédération nationale solidarité femmes (FNSH) ont signé une convention de partenariat, afin de faciliter le relogement des femmes victimes – cette convention vient d’être prolongée jusqu’en 2028. « Il est dans notre ADN d’être au coeur de ces problématiques, affirme François-Xavier Dugourd, président de l’USH. L’accompagnement des associations et des bailleurs sociaux autour du logement est fondamental, car le logement est une condition pour la mise en sécurité de ces personnes. C’est un refuge, un espace où la peur et les craintes peuvent reculer. C’est aussi un outil d’émancipation et de reconstruction pour les victimes, afin de repartir sur un projet professionnel, retrouver une autonomie financière, protéger les enfants et reprendre le contrôle de leur vie. » Concrètement, outre un accès à des logements du parc, la convention permet aux bailleurs de bénéficier de formations pour les équipes de terrain et de kits de communication afin de favoriser la détection de situations de violences, et aux femmes relogées de profiter d’un accompagnement avec les associations locales.

Simplifier le cadre administratif

Des freins existent à ces dispositifs de relogement, malgré l’implication, avec les bailleurs, des associations locales Solidarité Femmes de BFC à Dijon, Besançon ou Belfort et l’association Pep 71 en Saône-et-Loire. Les représentantes de ces associations relèvent unanimement d’un cadre administratif très lourd et contraignant, voire dangereux pour une femme dont le conjoint est violent : pour bénéficier d’un logement social individuel, il faut produire des documents réglementaires tel que l’avis d’imposition. Or, les revenus sont souvent encore conjugalisés et l’accès au document physique est parfois extrêmement difficile. Autre exemple : actuellement, il faut justifier d’un dépôt de plainte pour que seul le revenu fiscal de la victime soit pris en compte, ce qui est complexe quand la personne cohabite encore avec l’agresseur, n’a pas accès librement à l’ordinateur, à la boîte aux lettres, ou voit ses déplacements surveillés. Une simplification administrative est donc urgemment appelée par les associations.

Un backlash hélas attendu

Au niveau national, la FNSH est à l’origine du numéro d’appel 3919 destiné au signalement des situations de violence, avec un triste record l’an dernier (107.735 appels) et une hausse des actes de torture ou de barbarie.

En BFC, ce sont environ 1.000 cas qui ont été comptabilisés. À noter que ce numéro est, depuis quelques jours, la cible d’hommes malveillants qui saturent les lignes ; un phénomène si grave que même le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez s’en est ému lors d’une séance de questions au gouvernement à l’Assemblée nationale, pointant « la menace masculiniste, organisée, décomplexée » ici à l’oeuvre. Un backlash (retour de bâton) théorisé dès 1991 par l’essayiste américaine Susan Faludi, montrant le retour des idées ultraconservatrices à chaque avancée des droits des femmes, dont #MeToo avait constitué un élément déclencheur.