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93e année

Tourisme dans le Doubs : 100 % sur-mesure

Interview. Béatrix Loizon, conseillère départementale du canton d’Ornans depuis 2014, a été élue présidente de Doubs Tourisme (CDT) le 24 septembre 2021. Elle a accepté de nous recevoir, en compagnie de son directeur Philippe Lebugle, pour nous présenter la stratégie mise en place par le CDT.

Quel est le périmètre de compétence du Comité départemental du tourisme (CDT) Doubs Tourisme ?

DOUBS TOURISME-NICOLAS BEAUPAIN

Béatrix Loizon, présidente de Doubs Tourisme : « La politique touristique est une compétence partagée avec le département du Doubs, où je suis par ailleurs vice-présidente en charge du tourisme. Le CDT est le bras armé du département, il prépare et met en oeuvre la politique touristique définie par celui-ci. À la fois véritable agence de voyage et acteur de proximité, le CDT contribue notamment à assurer l’élaboration, la promotion et la commercialisation de produits touristiques, pour les publics individuels, les groupes et les séminaires, en collaboration avec les professionnels, les organismes et toutes structures locales intéressés à l’échelon départemental et intercommunal. »

« Toutefois, le département gère en propre certaines compétence comme le sport de pleine nature et l’itinérance. Doubs Tourisme se veut également un impulseur et un facilitateur de projets à vocation touristique, tant publics que privés. Ainsi, il accompagne les porteurs de projets dès le premier embryon d’idée. En moyenne, nous accompagnons une centaine de projets par an. C’est une particularité fort de notre département par rapport au reste de la région et un choix politique affirmé qui prend appui sur un service ingénierie riche de cinq personnes. »

Philippe Lebugle, directeur de Doubs Tourisme : « Cet accompagnent vise à orienter les porteurs de projets dans la bonne direction. Cela nécessite parfois de savoir dire à un tel qu’il va droit dans le mur. Nous cherchons à mettre le projet en cohérence avec les réalités économiques. Par la discussion, l’échange, les compromis, nous réorientons, si besoins, le projet pour le faire mûrir. Puis vient le moment d’orienter le porteur de projet vers les financeurs, de qualifier son offre, de la faire monter en gamme, notamment par le biais de labels de qualité nationaux ou co-construits en local. »

DOUBS TOURISME-LAURENT CHEVIET

Comment se caractérise l’offre touristique dans le Doubs et quelles sont ses particularités ?

Béatrix Loizon. « L’offre se décline à travers six sous-destinations : Grand Besançon, Doubs Central, Haut-Doubs, pays Loue-Lison, pays de Montbéliard et Pays horloger. Notre territoire se caractérise par la présence de grands espaces de nature, mais également par la richesse et la diversité de son offre. Nous ne connaissons pas à proprement parler de zones blanches au niveau touristique. Au coeur des montagnes du Jura (40 sites dédiés à la pratique du ski et des activités de neige, mais également à d’autres pratiques de glisse, de randonnées et de VTT, hors de la période hivernale), enlacé par la rivière qui lui a donné son nom et adossé à la Suisse sur 170 kilomètres, le Doubs (amplitude d’altitudes comprise entre 196 et 1.463 mètres) se vit en bleu, en vert ou en blanc selon les saisons. »

« Rivières, lacs, sources monumentales, forêts, vallées, grottes et gouffres côté nature et pas moins de quatre sites classés à l’Unesco (la Citadelle de Besançon, le Parc naturel du Doubs horloger pour ses savoir-faire horloger, la Saline royale d’Arc-et-Senans et la Grande Saline de Salins-les-Bains), côté patrimoine culturel... Un panel de possibilités qui se décline sur l’ensemble des quatre saisons, contrairement à la Bourgogne. De même si le Doubs est une terre de passage comme la Côte-d’Or, il s’en distingue en étant également une destination de séjour. »

Philippe Lebugle. « Nous avons une activités marchande de 30.000 lits avec une structuration géographique des types d’hébergements. La partie basse du département se caractérisant par une majorité d’hébergement hôtelier et la partie haute combinant hébergements individuels et collectifs. »

Quel est la stratégie mise en place pour tirer partie de cette pluralité d’offres touristiques ?

Béatrix Loizon. « Face à ce vaste champ des possibles, nous avons définie une stratégie de structuration de l’offre touristique sur les différentes sous-destinations qui s’appuie sur un unique mentra : « le bon produit pour la bonne personne ». L’idée est de répondre à des attentes différentes exprimées par des publics hétérogènes par une segmentation poussée de nos offres afin d’être le plus attractif possible. Ce tourisme personnalisé s’appui sur un important travail de labellisation de nos sites. Aux certifications nationales comme « Accueil vélo » et « Tourisme handicap », nous avons imaginé, dès 2009, en interne et en coconstruction avec les prestataires trois labels spécifiques. »

CG25-LG

« Le premier, « Motards bienvenue ! », a été, comme son nom l’indique, conçu pour chouchouter les motards, pour qui la qualité d’un garage vient bien avant celle du lit, en leur réservant un accueil et des services personnalisés. Parrainé par le doubien Vincent Philippe, décuple champion du monde d’endurance moto, cette certification garantit que les structures touristiques ainsi habilitées possèdent notamment un garage fermé, un local chauffé et ventilé pour le séchage des vêtements, un outillage minimum pour les petites réparations, une liste des concessionnaires ou réparateurs moto présents sur le secteur, ou encore un pot de bienvenue... »

Philippe Lebugle. « Aujourd’hui nous comptons 65 hébergements (hôtels, chambres d’hôtes, gîtes de groupe, meublés de tourisme, campings, centre de vacances, sites touristiques...) qui ont signé cette charte. Cette première avec les motards a été suivie en 2013 deux autres initiatives similaires baptisées : « Relais saint-Pierre » et « Made in chez nous ». Le premier, à destination des pécheurs s’enrichit d’un partenariat avec la Fédération départementale de pêche qui appose également son propre label national « Hébergement pêche ».

« Près d’une vingtaine de sites, à proximité d’un cours d’eau garantissent ainsi aux pêcheurs un local de stockage et de séchage des équipements, un vivier pour conserver les appâts vivants, un kit de petites réparations, un décalage (sur demande) de l’heure de prise des petits-déjeuners pour les lève-tôt, un panier-repas, un en-cas tardif, ainsi que toutes les informations nécessaires sur l’état des rivières et l’obtention de la carte de pêche. Enfin, le label « Made in chez nous » ouvre les portes des entreprises du Doubs, pour vous faire découvrir toute la richesse des savoir-faire industriels, artisanaux et agro-alimentaires locaux. »

DOUBS TOURISME-BRUNO MATHIEU

Béatrix Loizon. « En créant « Made in chez nous » en partenariat avec les CCI, les CMA et les chambres d’agriculture, nous avons souhaité étendre l’offre touristique du territoire, combler les interstices en offrant aux visiteurs une expérience rare d’échanges et de partage avec ceux qui font vivre l’un des départements les plus industrialisés de France. À l’inverse des Alpes où quasiment rien n’existe en dehors de l’activité neige, la dispersion de l’activité économique sur l’ensemble du département fait qu’il y a partout quelque chose à voir ou à faire. Cette logique de sur-mesure vis à vis de nos clientèles se retrouve également sur le volet tourisme d’affaires et de congrès. »

« Activité pour laquelle nous nous sommes doté d’un outil « full web » de centralisation et de réservation en ligne de toutes les prestations liées aux évènements d’entreprises. Par cette démarche, assez rare en France, chacun de nos clients accède à sa page dédiée et bénéficie, tout au long du processus de gestion de son congrès ou séminaire, d’un accompagnement au quotidien, des premiers contacts à la facturation des prestations. Le Doubs se distingue également par son implication dans la densification et la structuration de son réseau cyclable. Le département a fléché un investissement de 32,4 millions d’euros sur six ans pour faire passer ce réseau de 800 à 2.000 kilomètres. »

« Nous allons notamment tester, sur les zones de Frasne/Val de Drugeon et Rougemont/Baume-les-Dames, une offre qui permet de créer son propre itinéraire de cyclo-randonnée grâce à un concept de fléchage baptisé les points noeuds. Inventé par un ingénieur des mines belge, il permet de relier un départ et une arrivée en suivant un circuit matérialisé par des numéros. Si les Pays-Bas ont déjà complètement couvert leur territoire par ce biais, en France, nous saurons le deuxième département après le Nord à proposer ce dispositif ingénieux. »

Frédéric Chevalier