Un maraîchage bio, solidaire qui cultive la souveraineté alimentaire
Agriculture. François Sauvadet, président du département de la Côte-d’Or, a inauguré, jeudi 21 mai, le Pôle maraîchage biologique, à Perrigny-lès-Dijon. En présence de Jacques de Loisy, président de la Chambre d’Agriculture de Côte-d’Or et des représentants des Restos du Cœur et de la Croix-Rouge Insertion. Sur ce domaine de 20 hectares, la collectivité déploie un modèle unique en France alliant insertion professionnelle, préservation rigoureuse de la ressource en eau et structuration de la filière légumière locale à destination des collèges et des Ehpad.
Pour François Sauvadet, président du département de la Côte-d’Or, l’heure est à la satisfaction du travail accompli. Dix ans de réflexion, d’études techniques et de mise en œuvre ont été nécessaires pour voir sortir de terre ce complexe agricole dont l’ambition dépasse la simple production de légumes. Situé au carrefour de l’innovation environnementale et de l’engagement social, ce pôle se veut une réponse concrète aux défis climatiques et sociétaux actuels. « C’est un concept global, que je pense unique en France et dont je suis très fier du résultat. J’en rêvais, à vrai dire », a confié le président lors de la visite inaugurale du jeudi 21 mai. Ce projet, initié dès 2011 en partenariat avec la Chambre d’Agriculture, concrétisé en 2011 par l’acquisition, avec l’appui de la Safer, de deux parcelles de terrains sur la commune de Perrigny-lès-Dijon, pour une surface totale de 20 hectares, entre désormais dans sa phase opérationnelle. Objectifs affichés, en lien avec le projet alimentaire territorial départemental mis en place en 2021 et labellisé depuis par l’État : soutenir l’agriculture avec le maintien de l’activité maraîchage, promouvoir les circuits-courts, le bien manger mais également l’insertion.
Gestion de l’eau exemplaire pour une agriculture durable
Le point fort de cette exploitation réside dans sa gestion de l’eau, une problématique devenue centrale pour le territoire. Le site de Perrigny-lès-Dijon est situé dans une zone de répartition des eaux où les prélèvements estivaux sont strictement limités pour protéger les nappes phréatiques. Pour pallier à cette contrainte sans nuire à l’environnement, le département a investi dans la construction d’un bassin de rétention achevé en 2021. « Pour sa mise en eau 25.000 m³ ont été pompés dans la nappe, explique François Sauvadet. Depuis, pas un litre n’a été prélevé. Mieux, toute la saison dernière, le bassin a été utilisé pour l’irrigation des cultures, pour autant les précipitations ont permis de maintenir un niveau de stockage optimal, évitant tout nouveau prélèvement dans la nappe. À date, nous avons 27.000 m³ d’eau disponibles ! ». Le bâtiment principal du pôle départemental de maraîchage biologique - dont le coût s’élève à 3,32 M€, financé à 85 % par le département - est également équipé d’une aire de lavage extérieur avec une cuve de récupération d’eau de pluie. Sa toiture est recouverte de 420 m2 de panneaux photovoltaïques. Les 20 ha du site ont été convertis en agriculture biologique, après trois années de transition nécessaires pour purifier ces terres autrefois dédiées aux cultures céréalières. « Les lieux ont également vocation a être un terrain d’expérimentation maraîchère mis à disposition des chercheurs et des professionnels de la filière », défend François Sauvadet.
Insertion et jeunesse : piliers d’un cercle vertueux
Au-delà de la prouesse technique, le pôle de Perrigny-lès-Dijon est avant tout une aventure humaine. Le projet repose sur un partenariat étroit avec des acteurs majeurs de la solidarité : la Croix-Rouge Insertion et les Restos du Cœur 21. Ces structures exploitent 4 ha pour les premières et 3,22 ha pour les secondes des terres déjà en service, offrant ainsi des opportunités de retour à l’emploi pour des publics en difficulté à travers des chantiers d’insertion. Le maraîchage devient alors un levier de dignité et de formation vers des métiers « utiles et porteurs de sens », selon le président Sauvadet, pierre angulaire de l’accès à la souveraineté alimentaire du département. « Je suis tellement touché et heureux que ces entreprises d’insertion soient nos partenaires. On est au carrefour de tout ce qu’on aime voir : la mise en place d’un avenir durable, le fait de tendre la main, d’être solidaire, d’avoir des productions locales a destination à la fois des publics les plus en difficulté, mais aussi de nos jeunes, de nos aînés... Le tout en bio », a-t-il souligné avec émotion.
L’objectif est ainsi de dédier 13 ha à la production de légumes bio à destination des assiettes des collégiens et des Ehpad de la Côte-d’Or. Dans le détail, cette préemption se compose des 4 ha du chantier d’insertion de la Croix-Rouge (la parcelle exploitée par les Restos du Cœur étant intégralement destinée à l’alimentation de leur propres circuits de distribution) et de 9 ha restants où un appel à manifestation d’intérêt vise à installer de jeunes maraîchers. « Avec trois candidatures déjà en cours d’examen, la relève est prête pour faire rayonner le label "Savoir-faire 100% Côte-d’Or" », affirme François Sauvadet.
Pour structurer encore davantage cette filière, la structure de Perrigny-lès-Dijon vient compléter l’offre de la plateforme Agrilocal 21 et alimentera la légumerie départementale à Auxonne, ce qui permettra de traiter environ 200 tonnes de légumes par an. Le projet se définit comme un système d’économie circulaire complet : les déchets organiques des 12 collèges et 4 Ehpad seront collectés pour être transformés (200 tonnes annuelles) sur un site de compostage en « bout de champ » située à l’arrière du bâtiment principal du Pôle. Ce compost retournera ensuite à la terre pour fertiliser les cultures, bouclant ainsi un cycle écologique exemplaire.