Une Cité des Présents pour repenser l’avenir
Nièvre. Alors que, le 10 mai, on commémorait les 45 ans de l’élection de François Mitterrand à la Présidence de la République, Château-Chinon célébrait la réouverture des feux musées du septennat et des costumes, fermés en 2019, désormais réunis sous une même identité : la Cité des Présents, ode aux offrandes protocolaires et à la mode. Dans son fief électoral, que reste-t-il du Président de la République au plus long mandat ?
Bien sûr, le nom est là. Mais ce qui fut jadis un musée à la gloire de l’homme s’est mué en un hommage au protocole. Dans l’espace de 2 000 m², la figure de celui que l’on surnommait « Tonton », locataire de l’Élysée de 1981 à 1995 est présente, mais de manière sporadique : sur une toile intitulée L’homme à la rose, sur un vase du Mémorial de Tamerlan, offert par l’Ouzbékistan, sur une peinture représentant le chef de l’État en dirigeant Baoulé ; 4 800 objets qui reflètent ses échanges avec 86 pays visités mais aussi avec la France par des pièces plus insolites : une paire de chaussettes tricotées ou le dessin d’une classe de primaire.
Car, explique Thibault Richard, responsable de la Cité des Présents : « C’est une collection qui raconte davantage le rôle de l’offrande dans le cadre protocolaire. Une collection que François Mitterrand voulait visible par tous les Français. C’était une évolution nécessaire pour attirer un nouveau public et raconter une autre histoire de ces objets ». Mais l’esprit est là, qui se résume par cette phrase manuscrite dès l’entrée du musée : « Il m’a paru naturel que les cadeaux reçus dans mes fonctions de Président de la République fussent accessibles à tous ».
Si l’on note l’utilisation du subjonctif, il reflète aussi une tradition dont Jacques Chirac fut l’ultime adepte avec le musée du Quai Branly ou celui de Sarran : la trace culturelle laissée par les Hommes d’État. Mais une trace éphémère. Alors que La Boiserie, demeure historique de Charles de Gaulle est à vendre, la fréquentation du Musée du Septennat (ouvert en 1986, agrandi en 1992), était passée de plusieurs dizaines de milliers de visiteurs par an, à moins de 5 000 au moment de sa fermeture.
Quant au feu Musée du Costume, il laisse aujourd’hui place à un Musée de la mode à la scénographie minimaliste mais réussie, qui raconte 350 ans d’histoire vestimentaire – principalement féminine – à travers 150 pièces choisies parmi les 5 000 que compte le musée, pour nombre issues de la collection d’un Château-Chinonais de cœur, issu des Arts-décoratifs, du nom de Jules Dardy. Une collection qui illustre aussi une autre histoire tout aussi passionnante, liée au vêtement : la libération de la femme et son émancipation, par la mode.
Un lieu politique
Pour Fabien Bazin, président du Conseil départemental de la Nièvre, la Cité des Présents est bien plus qu’un musée : « Le modèle des musées doit évoluer. Notre ambition, avec la Cité des Présents, est de proposer un lieu où penser le débat public, un lieu destiné à faire réfléchir, où l’on se rencontre pour tenter de penser le monde. » Derrière cet appel à « ne pas s’enfermer dans le temps court » se dessine également une ambition politique : « Lutter contre le bipartisme à l’américaine, où ne subsistent plus que, d’un côté, les MAGA et, de l’autre, les démocrates. Un tiers des cafés ont fermé et, pourtant, nous n’avons jamais eu autant besoin de débattre et de trouver des compromis. »
Le projet architectural lui-même a été conçu pour briser l’isolement du musée. Le pavillon central est conçu comme un « trait d’union » non seulement entre les deux collections (cadeaux et mode), mais surtout entre le musée et le centre-bourg de Château-Chinon via l’Office de tourisme. Cette volonté d’ouverture vise à réintégrer le musée dans la vie quotidienne des citoyens, et faire de la « maison du Morvan » la nouvelle porte d’entrée de la cité : « Nous devons penser les lieux autrement. François Mitterrand avait dit : "après moi il n’y aura plus que des comptables". Multiplier les lieux d’échange, c’est un héritage de François Mitterrand au-delà de l’histoire et de son enracinement local qui continue de nous guider. Il ne pensait pas le temps court, et les collections nous le montrent. C’est le dernier à avoir érigé la culture en outil de débat public », ajoute Fabien Bazin.
Derrière les expositions, des conférences, visites thématiques et dispositifs pédagogiques destinés aux collégiens accompagnent les collections pour encourager une lecture critique de l’histoire et du monde contemporain. Les objets exposés deviennent ainsi des supports de réflexion politique et sociale : le globe de François Mitterrand où figurent Jarnac et Château-Chinon – effacé par les doigts qui s’y sont frottés – interroge le rapport entre enracinement local et responsabilité internationale, tandis que le parcours consacré à la mode retrace l’évolution de la place des femmes dans la société.
Un lieu qui se veut donc « populaire » et qui vise 40 000 visiteurs par an. Et pour ceux qui se poseraient la question de la cohérence de faire coexister deux musées qui n’ont – a priori – rien en commun, la réponse se trouve en grimpant la colline de Château-Chinon : de Dardy à Mitterrand, deux hommes « indéfectiblement attachés à Château-Chinon et à la Nièvre », comme l’a précisé le président de l’Institut François-Mitterrand et ancien ministre, Jean Glavany, lors de l’inauguration.