Collectivités

Une Cité difficilement lisible par le grand public

Commerce. Un pôle culturel (public) avec expositions et animations, un cinéma, des enseignes gastronomiques gérées par un groupe (Épicure, désormais en liquidation et qui a fait appel), un bar en nom propre et un « Village gastronomique »

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Allées du Village gastronomique, le 7 avril 2026. (Crédit : JDP.)

Un pôle culturel (public) avec expositions et animations, un cinéma (privé, groupe Pathé), des enseignes gastronomiques gérées par un groupe (Épicure, désormais en liquidation et qui a fait appel), un bar en nom propre et un « Village gastronomique », à l’origine ensemble de boutiques de produits de bouche, désormais plutôt tournés vers la restauration, une « Cuisine expérientielle », une boutique culturelle dont le chiffre d’affaires réjouit la mairie… Se pencher sur les différents acteurs de la CIGV donne légèrement le tournis, même si ce type de montage était prévu dès le départ puisque l’investissement est à 90% privé. Mais pour le visiteur qui l’ignore (et ne s’en soucie guère), les enseignes fermées deviennent par synecdoque le premier signal que c’est la Cité, dans son ensemble, qui va mal.

Deuxième signal de vigilance : le changement répété de directeur pour piloter le Village gastronomique. Depuis 2022, quatre hommes ont incarné cette entité majeure de la Cité de 5.000 m2 avec ses boutiques et ses restaurants, dont le positionnement original, jugé trop élitiste et onéreux, perdure dans l’imaginaire dijonnais alors qu’un effort certain a été fait sur les produits et l’offre – à l’image de la Cuisine expérientielle devenue un bouillon. Mi-mars, la société Village gastronomique exploitation postait une offre d’emploi de « responsable opérationnel » chargé de diriger le site et « d’encadrer une quarantaine de salariés ». Une mission stratégique censée « piloter la performance économique » et « déployer la stratégie » du lieu. C’est finalement Pierre Guez (ex-directeur général de Dijon Céréales, ex-patron de Vitagora) qui a été recruté : un signal de réancrage pour une Cité jugée trop parisienne et éloignés des producteurs locaux.

Troisième signal, plus discret, les données financières qui entourent le Village gastronomique. Les documents publiés sur les sites officiels dessinent néanmoins une trajectoire pour qui prend le temps de les lire : il convient de remonter le temps pour comprendre.

-  Janvier 2022, est créée la SAS Village gastronomique exploitation (nom commercial : Village gastronomique) présidé par William Krief, associé unique, au capital de 100.000 € (10.000 actions à 10 €) capital apporté par K Real Estate Investments (K-Rei), également présidé par William Krief, avec pour objet notamment « l’achat, la vente, l’importation, l’exportation, la fabrication, le commerce en gros ou au détail de tous produits et notamment tous produits de bouche. La vente à emporter et la consommation sur place desdits produits, l’organisation de réceptions et d’événements… »

-  30 juin 2024 : une assemblée générale extraordinaire constate un résultat d’exercice à – 1,454 M€ et une diminution des capitaux propres de la société dans les comptes clos au 31/12/2023. Décision est prise par l’associé unique d’une augmentation de capital de 100.000 € à 1,6 M€. La valeur des actions passe de 10 € à 160 €.

-  30 juin 2025 : une AGE constate un résultat d’exercice s’établissant à – 475.892 € et sur la base d’une diminution des capitaux propres de la société dans les comptes clos au 31/12/2024, décide d’une nouvelle augmentation de capital de 1,6 M€ à 3 M€, par l’associé unique. La valeur des actions grimpe à 300 € l’une. Ces apports traduisent un soutien actionnarial fort, mais au niveau comptable, c’est aussi le moyen d’éviter que les capitaux propres ne deviennent inférieurs à la moitié du capital social - ce qui obligerait à se prononcer sur la poursuite de l’activité (avec le délai de deux ans pour reconstituer les capitaux propres) assorti de l’obligation d’une publicité légale.

-  Le 22 septembre 2025, changement de présidence : c’est la Sasu VG Management distribution services, société de « conseil et assistance des entreprises en matière de gestion, d’administration, de management et de services » représentée par K-Rei qui pilote désormais le Village gastronomique. Dans les faits, si la nouvelle entité se substitue juridiquement au dirigeant historique, la gouvernance reste toujours dans les mains du président de K-Rei.

Alors, que signifie ce repositionnement ? Nous avons tenté d’avoir des éclaircissements de la part de William Krief, que nous avons, par écrit, interrogé sur plusieurs points précis : le choix de Pierre Guez, les deux recapitalisations, le changement de présidence. Celui-ci a pris connaissance de notre demande mais à l’heure où nous bouclons ce dossier, n’y a pas apporté de réponses.